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    Les mutations tranquilles CULTURES + SOCIÉTÉ + PARADOXES

    Partage en ligne: l'opinion publique se forge surtout sur du vide

    Quelle est la valeur d’une opinion publique numérique, d’une culture du commentaire dans l’excès du «j’aime» et d’une prise de position de plus en plus morale et radicale, qui se nourrit visiblement d’apparence et d’un engagement distant?

    Voilà sans doute la question qui s’impose après la lecture de cette nouvelle étude scientifique qui révèle que dans les univers numériques, six personnes sur dix se font les porteurs de nouvelles qu’elles ne prennent même pas la peine de lire avant de les partager.

    Plus inquiétant encore, les chercheurs en science de l’information et en comportements numériques de l’Université de Columbia aux États-Unis et de l’Institut de recherche en science du numérique (INRIA) de l’Université Côte d’Azur en France, qui signent cette analyse, ont découvert que ces pourvoyeurs d’information dans l’aveuglement et l’urgence du retweet jouent un rôle important dans l’affirmation en ligne des sujets d’intérêt public et dans la disparition d’autres.

    Le doute n’est désormais plus permis : il y a bel et bien une majorité audible dans les réseaux sociaux qui consacre son temps à éteindre la lumière.

    «Les gens sont plus enclins à partager un article plutôt que le lire, explique Arnaud Legout, co-auteur de la recherche dans les pages numériques du Washington Post. C’est typique de la consommation moderne de l’information : les gens se forgent une opinion sur la base d’un résumé, ou le résumé d’un résumé, sans faire l’effort d’aller plus en profondeur».

    Pour arriver à cette conclusion — Dan Zarrella était arrivé à la même en 2012 au terme d’un exercice similaire —, l’équipe de scientifiques a scruté à la loupe les déplacements sur Twitter de plusieurs liens Bit.ly — ces réducteurs d’URL qui visiblement contribuent aussi à rétrécir les esprits. Ces liens étaient liés à des articles de journaux provenant de cinq sources différentes. Le passage au crible s’est joué pendant un mois, l’été dernier.

    Et la cartographie de tous ces partages ne laisse guère de place à l’interprétation : l’information dite virale est massivement partagée, mais elle n’est lu que par quatre internautes sur 10, écrivent les auteurs, donnant ainsi une base scientifique à l’exercice de style troublant que le site satirique The Science Post a mené le 4 juin dernier.

    On résume la proposition : ce site, mis au monde par des professeurs d’université un brin taquins, a réussi à faire partager 47 800 fois sur Facebook et Twitter un article scientifique qui ne contenait rien de plus que du faux texte, le fameux «lorem ipsum», comme on dit dans le milieu de l’imprimerie. Le lorem ipsum incarne la vacuité dans sa forme pragmatique.

    Et le plus drôle, c’est que l’article portait ce titre débordant d’ironie : Étude : 70% des abonnés de Facebook lisent seulement les gros titres avant de commenter.
     












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