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    Les mutations tranquilles CULTURES + SOCIÉTÉ + PARADOXES

    Le père du courriel ne répondra plus

    Le message qui vous annonce que votre compte en banque a été piraté ou qu’un riche homme d’affaires nigérien vous a choisi comme héritier, c’est un peu de sa faute. La saute d’humeur envoyée trop vite à son patron, le malaise créé par l’absence d’une virgule, mais également des centaines de milliards de communications très pratiques passant désormais, chaque jour, par un courriel, c’est également lui : Ray Tomlinson, inventeur de ce mode d’échange numérique il y a 45 ans, s’est éteint aux États-Unis le 5 mars dernier. Il avait 74 ans. Il a marqué son passage sur terre d’un symbole qui s’est imposé dans la vie d’une bonne partie de l’humanité connectée : le @.

    Sur cette page, Ray Tomlinson a un jour expliqué la banalité de son geste alors qu’il travaillait en 1971 à la création d’un système informatique de temps partagé baptisé Tenex. L’idée du courriel avait germé dans la tête d’un certain Dick Watson en juillet de cette année. Tomlinson lui a donné corps en façonnant ce mode d’échange d’information, transitant par le réseau Arpanet — l’ancêtre du Web — et ce, en proposant un système d’adresse dans laquelle le nom de l’usager était séparé de son adresse numérique par le symbole «@».

    «On m’a souvent demandé pourquoi j’avais choisi ce signe, a-t-il expliqué un jour. Pour moi, c’est ce qui était le plus sensé. Le signe «arobas» (prononcé «at», en anglais) était utilisé pour marquer un prix unitaire (par exemple : 10 produits @ 1.95 $). J’ai donc pris ce symbole pour préciser que l’usager était sur un autre serveur plutôt que sur l’ordinateur local».

    De l’aveu même de son créateur, le premier courriel n’avait rien de très prosaïque puisqu’il ne faisait qu’annoncer la disponibilité du premier service de courriel. Il a été envoyé entre deux ordinateurs se faisant dos dans la même pièce. Il n’en reste aucune trace. Ce message avait été précédé d’un test dans lequel il était possible de lire un énigmatique «QWERTYUIOP» ou quelque chose du genre, avait résumé Tomlinson pour parler de la genèse de ce service.

    En 45 ans, l’usage du courriel n’a pas changé, selon le géniteur de la chose qui, avec le temps, n’a été témoin que d’un seul grand changement : «Au début, il n’y avait pas de pourriels», a-t-il dit.

    Ray Tomlinson n’a jamais reçu de prix particulier pour cette invention. Le jour de sa mort, il était toujours employé de la Raytheon co., une compagnie de New York spécialisée dans les systèmes de défense et d’électronique pour l’aérospatiale. L’histoire retiendra également de lui qu’il n’a jamais développé cette obsession consistant à relever ses courriels plusieurs dizaines de fois chaque jour.
     












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