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    Les mutations tranquilles CULTURES + SOCIÉTÉ + PARADOXES

    Wikipedia : un regard qui vient surtout de l’ouest

    15 septembre 2015 13h38 |Fabien Deglise | Les mutations tranquilles
    Le plateau d'un jeu de Risk datant de 1975
    Photo: Parker Le plateau d'un jeu de Risk datant de 1975
    C’était un fort soupçon qui aurait pu entrer dans une page dédiée aux «préjugés». C’est désormais un fait établi qui trouverait facilement sa place dans les références d’une page sur l’«hégémonie» : près de la moitié des articles créés ou modifiés dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia l’est à partir d’un groupe très restreint de pays riches qui imposent, par le fait même, une vision forcément uniforme du monde. Ce groupe est composé, dans l’ordre, des États-Unis, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie, indique une étude de l’Université d’Oxford.
     
    Pis, à eux seuls, les Pays-Bas, qui ne sont même pas dans la liste des 10 plus grands contributeurs, ont une influence plus importante sur ce grand livre sur tout que le continent africain au complet, poursuivent les auteurs de cette étude, dont les résultats viennent d'être publiés dans l’Annals of the Association of American Geographers.
     
    Le Canada arrive au 9e rang des pays contributeurs à Wikipedia, devant le Brésil, mais derrière l’Espagne.
     
    Tout en confirmant l’influence séculaire des pays riches, plus à l’aise avec les outils de créations et de partage du savoir, sur la construction de la connaissance universelle, l’étude, orchestrée par Mark Graham, met également en lumière le fait que la réalité d’une grande partie de l’humanité est finalement éclairée, archivée et documentée par des personnes extérieures à cette réalité. C’est le cas entre autres des contenus liés à l’Afrique, aux Caraïbes et au Moyen-Orient et qui, dans une très large proportion, proviennent de contributeurs installés devant un ordinateur en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie, indique l’étude.
     
    «La démocratisation relative de l’Internet [avec aujourd’hui trois milliards de personnes sur terre qui ont un accès régulier au réseau] n’a pas été accompagnée d’une démocratisation de la prise de parole et de la participation», constatent les auteurs dans leur conclusion. Ils déplorent au passage le fait que Wikipedia, symbole par excellence de la philosophie participative qui fonde les univers numériques, peine encore et toujours à surmonter les «réseaux de pouvoir» traditionnels — dixit le sociologue américain David Grewal — et l’organisation contraignante du savoir et du partage de la connaissance à travers le monde.
     
    Un constat qui pourrait sans doute être intégré à une page sur la «mythologie du Web» ou encore sur la «pensée magique» et les «leurres» que ce Web nourrit très bien depuis son avènement.












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