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Les mutations tranquilles CULTURES + SOCIÉTÉ + PARADOXES

Art intrusif: à New York, le portrait numérique du quidam dressé par son code génétique

Source: http://deweyhagborg.com/strangervisions<br />
Photo : Source: http://deweyhagborg.com/strangervisions
C'est une idée un peu folle, mais tellement de son temps. À New York, l'artiste Heather Dewey-Hagborg a décidé de tirer le portrait d'inconnus dans la ville, sans leur consentement, en passant par l'ADN qu'ils laissent trainer sur un cheveu, sur un bout de gomme à mâcher, un mégot de cigarette abandonné dans la rue. Un projet qui allie enquête génétique, modélisation et imprimante 3D, tout en cultivant cette idée très contemporaine d'intrusions dans l'intimité du présent.


Baptisé «Stranger Visions» — traduction libre: «Apparitions d'étrangers» —, cette mise à nu de l'urbain se dévoile depuis quelques jours sur le Web. La trentenaire créative y expose sa démarche tout comme les résultats troublants que cela donne et qui n'ont pas laissé le très éclairé Smithsonian indifférent: «effrayant ou sympathique», se demande la publication dans un de ses billets de blogue? En effet...

Pour Mme Dewey-Hagbord, il n'est toutefois pas étonnant que ce projet ait vu le jour à New York, une ville où les gens sont réputés «pour faire des choses décalées», dit-elle. C'est d'ailleurs cet esprit qui l'a poussée un jour à récolter sur le sol quelques détritus porteurs de salive humaine ou ces cheveux dont les cellules permettent de traquer l'ADN, le code génétique quoi, de leur propriétaire.

Pause technique: on utilise la technique du PCR en temps réel pour cela. PCR pour «polymerase chain reaction», la réaction en chaîne par polymérase en temps réel.

Par la suite, cette étudiante en arts électroniques au Rensselaer Polytechnic Institute de Troy à New York retrace les contours des visages, sur la base de cette information génétique, en décodant les caractéristiques physiques et la morphologie faciale induite par cet ADN, support matériel à l'hérédité, structure a double hélices constituante des chromosomes qui en connait plus sur nous que l'on en sait nous-même.

L'utilisation d'une imprimante en 3D lui permet enfin de créer, sur la base de cette première modélisation, des masques humains portant les traits de tous ces inconnus qui ont eu la mauvaise idée de laisser trainer de l'ADN derrière eux, ce que tout un chacun fait en permanence dans sa vie quotidienne, qu'il soit à New York ou Montréal. Revoir le film Gattaca permet d'ailleurs, par un divertissement lucide, de prendre conscience de la chose.

Au croisement de l'art, de la technologie et de la génétique, cette drôle d'application de la recherche cherche d'ailleurs à mettre en relief cette idée que l'humain, malgré lui, peut être facilement identifié sur la base des informations génétiques qui naturellement restent dans son sillage, tout comme dans le drain d'une douche, sur un clavier d'ordinateur, sur un combiné de téléphone... Heather Dewey-Hagbord estime d'ailleurs que cette identification par l'ADN, qui relevait de la science-fiction jusqu'à très récemment, entre désormais dans le registre des possibles pour tous, et plus seulement pour les forces policières ou les scénaristes de la série télévisée CSI.

Elle se questionne aussi: «Qu'allons-nous faire collectivement avec tout ça»? Et bien sûr, tout comme les visages désincarnés que son expérience artistique vient de faire apparaitre, la réponse à cette question, elle aussi, fait un peu peur.

 
 
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