Cartographie du racisme ordinaire après l'élection d'Obama

C'était tristement à prévoir. La réélection de Barack Obama cette semaine, à la tête des États-Unis, a nourri le racisme ordinaire là où il se trouve sur le territoire américain, mais aussi sur le réseau de microclavardage Twitter. Où exactement? Principalement, en Alabama, au Mississippi, en Georgie, au Dakota du Nord, mais très peu à New York et en Arizona (étrangement), révèle une étude sur la géolocalisation des propos haineux tenus en ligne au lendemain de la victoire démocrate.

C'est le site britannique Floating Sheep — la brebis volante, quoi! — qui a eu cette idée. Depuis le 1er novembre et jusqu'au lendemain du scrutin, cet espace en ligne dédié au décryptage du présent a passé au crible l'ensemble des tweets portant sur Obama et contenant des remarques racistes afin de voir de quel coin des États-Unis ces commentaires provenaient. Il en résulte une cartographie pas très étonnante, mais quand même, de ce racisme ordinaire, dont le site Jezebel donne par ailleurs ici quelques fragments. Navrant.


  • Franklin Bernard - Inscrit 9 novembre 2012 22 h 42

    Racisme pas mort

    Rarement aura-t-on vu une telle hargne, et même une telle haine, s'abattre sur un président américain, durant son premier mandat et durant la récente campagne. Cela montre que le racisme est loin d'être éteint aux USA. Si les Américains en ont si peu parlé, c'est pour ne pas devoir avouer cette honteuse réalité.

  • Jacques Pruneau - Inscrit 10 novembre 2012 09 h 15

    Racisme aux Etats-Unis?

    C'est pareil ici au Canada et au Québec. On le voit moins peut-être parce que les gens sont plus hypocrites, mais ça existe aussi en masse.
    Le racisme est un résultat d'un manque d'ouverture, de peur crasse de tout ce qui est différent, d'insignifiance transmis comme un gène indécrottable de parents tarés à enfants-réservoirs.
    Surtout, ne jamais parler, encore moins fréquenter, un "étrange", quelqu'un qui ne vient pas du village, d'une couleur et d'une culture différentes. Et la religion ne va pas arranger les choses.
    Triste réalité, le racisme existe partout et ce n'est pas encourageant.

  • Marc Provencher - Inscrit 10 novembre 2012 13 h 18

    Le professeur Croce contre le délire anti-humain de la "race"

    La meilleure définition du racisme que je connaisse fut énoncée en 1938 par le penseur libéral Benedetto Croce, antifasciste à compter de 1925 mais antiraciste de toujours (car il eut très tôt dans son collimateur le scientisme positiviste).

    «Le racisme», écrit Croce, «traite les groupements géographiques ou linguistiques de peuples en les transformant par une imagination fantaisiste en "races" pures, constantes en leur être propre et permanentes ; puis il distingue des races supérieures et inférieures.»

    Croce est un antiraciste irremplaçable parce qu'il va chercher le racisme à sa racine même: le délire de la race, conséquence de la fatale transposition à la diversité humaine, à partir de la fin du 18e siècle, d'un concept zoologique conçu pour penser la diversité du règne animal. À partir de là essaimeront les pseudosciences biologisantes de l'époque, comme l'anthropologie physique et son immonde corollaire, le polygénisme. C'est à ce délire naturaliste négateur de l'humanité que carburaient les organisateurs des zoos humains - anthropologues, ethnologues - qui, vers 1870, firent tant pour faire passer le racisme scientifique dans la population. Ils prenaient dur comme fer les peuples et nationalités pour des races. Croce:

    «La nationalité est un concept spirituel et historique, en devenir donc, et non pas un concept naturaliste et immobile comme celui de race.»

    Si M. Croce était de retour parmi nous, certes il prendrait pour cible les racistes ordinaires, mais je crois aussi l'antiracisme profondément défectueux généré depuis la fin des années 80 par l'imprégnation "politically correct", qui se manifeste par des aberrations comme un organisme chargé de lutter contre le racisme et qui pourtant s'appelle Institut de recherche-action sur les relations... raciales.

    Il n'y a que pour le racisme que les relations sont raciales.

    Benedetto Crocei: «En tant qu'historien, je constate à quel point arbitraires, fantastiques et improbables sont les théories de la race.»

  • Paul Sven - Inscrit 11 novembre 2012 12 h 01

    Relativisons

    Environ 350 tweets pour un pays de 330 millions, oui c'est navrant, mais n'essayons pas de faire de l'antiaméricanisme à partir de cas isolés en voulant dénoncer le racisme. Il y a des imbéciles partout; combien de tweets navrants aurions-nous avec disons un Algonquin comme premier ministre ?

    • Marc Provencher - Inscrit 11 novembre 2012 14 h 23

      Critiquer quelque chose qui se passe aux États-Unis n'est pas de l'antiaméricanisme, même si de toute évidence vous le soupçonnez.

      Par ailleurs, le déterminisme biologique (aka croyance aux races) est fort répandu dans ce pays comme dans bien d'autres. On semble être persuadé que les peuples, les nationalités, les civilisations sont pour ainsi dire vissés dans un fait physique, un fait naturel-biologique. Or la zoulouità - si vous excusez mon italien - est un fait de civilisation et non un fait de sang, un fait culturel et non un fait racial, ce pourquoi un Zoulou peut tout à fait être blanc ou un canadien-français tout à fait être noir. Tout dépend de ce que chacun devient de son vivant. De même, on peut bien avoir une soi-disant "hispanic complexion" et ne pas être de culture latine du tout. Idem à l'inverse : ainsi ma maman - qui jusqu'à récemment enseignait le français langue seconde - a eu des étudiants dont les parents sont chinois mais qui, eux, sont surtout des latins, car (par décision de leurs parents qui avaient émigré dans un pays d'Amérique du Sud) leur langue maternelle se trouve à être l'espagnol, et pas du tout le cantonais ou le mandarin, et de même pour les influences culturelles au milieu desquelles ils ont grandi. Des éléments de culture chinoise sont bien sûr forcément passés quand même via leurs parents - même si ceux-ci avaient décidé d'hispaniser leurs enfants à vitesse "grand v". Cela dit, cette influence culturelle n'est pas prédominante vis-à-vis du poids de l'école, des livres, des médias, de la société argentine en général. Alors, mes amis ne sont guère "Asian", voyez-vous, quoi qu'en dise une certaine vulgate qui se prend pour un antiracisme mais n'en est pas un.

      La croyance que les peuples seraient séparés les uns des autres par de soi-disant "frontières du sang" et unis par de soi-disant "liens du sang" ("bloodlines") EST le racisme. Alors il y a beaucoup de pâte à dents à rentrer dans le tube, ici comme ailleurs.

    • Michel Deshaies - Inscrit 13 novembre 2012 08 h 24

      On a pas à chercher bien loin, juste à regarder ce qui s'est passé le soir de l'élection de Pauliine Marois et tout ce que les médias anglophones ont dit sur le sujet pour se rendre compte, que même majoritaire chez nous, les francophones ont passé un sale quart d'heure un certain soir de septembre 2012!!

  • Gilles St-Pierre - Abonné 12 novembre 2012 19 h 55

    Et si c'était ...

    le choc culturel et non pas du "racisme" comme tel.
    Les références de chacun dans une société organisée demeurent un fondement important et aujourd'hui le monde connaît une vague incroyable de l'immigration; le clocher du village ne représente plus les frontières sécurisantes d'autrefois. La religion avec son curé rassembleur contribuait aussi à se sentir confortable dans ce petit monde fermé et hermétique dans lequel tout se ressemblait.
    Ce monde à bien changé et les télécommunications y ont contribué grandement jumelées aux moyens de transport évolués; nous voilà bien loin du cheval et de sa charrette.
    L'esprit n' évolue pas toujours aussi rapidement que les choses changent dans la réalité et pour plusieurs le pas est difficile à franchir; de là peut découler des attitudes négatives que l'on peut certainement qualifier de racisme mais que reflète en fait la peur de l'étranger et de l'inconnu.
    Il n'y a que l'échange et la franche communication qui peuvent guérir de ces peurs et rétablir l'harmonie entre les humains dans un respect mutuel et une sincère compassion.
    Nous les pays qui subissons fortement l'immigration nous avons beaucoup de travail sur la planche car le phénomène ne fait que commencer.