Vie privée en ligne: les internautes devraient-ils être poursuivis pour négligence?
C'est un paradoxe amusant. Hier, dans un sondage dévoilé par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, les Canadiens ont réclamé en grand nombre que des amendes et des poursuites judiciaires soient servies aux organismes qui «ne protégeraient pas de manière adéquate la vie privée des personnes» dans les espaces numériques de communication. Or, en suivant cette logique, c'est une grande partie des répondants à cette enquête d'opinion qui méritent d'être exposés à de telles mesures coercitives puisqu'ils reconnaissent négliger eux-mêmes la sécurité de leurs renseignements personnels, tout en indiquant que cela les inquiète.
Poursuite pour protection défiante des données personnelles? 60 % des Canadiens risqueraient la chose en raison d'un manquement évident à la sécurité de leurs propres données numériques. C'est en tout cas ce que laisse ressortir le sondage commandé à Harris/Decima par le Commissariat et qui indique qu'à peine 40 % des répondants disent avoir verrouillés avec un mot de passe les outils de communication mobile en leur possession. Une mesure de sécurité pourtant de base pour mettre son intimité à l'abri des regards indiscrets et/ou malveillants.
Dans la foulée, du tiers des personnes passées à la question qui ont dit fréquenter les réseaux sans fil publics, 85 % indiquent en effet craindre pour la sécurité des données qu'elles font passer par ces tuyaux (accessibles dans les parcs, les chaînes de restauration, les cafés, les halls d'aéroports, les autobus, les trains...). Sans doute avec raison: «de 20 à 30 % de ces réseaux ne sont pas correctement sécurisés, a indiqué au Devoir le spécialiste en sécurité de l'information — et conservateur du musée de l'informatique — Marc-André Léger qui enseigne à l'Université de Sherbrooke. Mais ces réseaux sont devenus importants dans le quotidien des gens. On ne peut plus s'en passer».
La numérisation des rapports humains se poursuit et les craintes de violation de la vie privée pourraient aussi croitre au même rythme si l'on se fie à l'insouciance, mais également à la résignation, qui se dégagent des données du sondage dévoilé par le gardien fédéral de la vie privée.
Un doute? Aujourd'hui, la moitié des Canadiens socialisent, en partie, par l'entremise des réseaux sociaux — choisissez vous même le nom, il est aussi valable qu'un autre! Or, là-dessus, près de 85 % disent avoir activé les paramètres de protection de la vie privée offerts par les multinationales du Moi en format binaire, mais ils restent malgré tout «préoccupés par les risques que posent ces sites pour leur vie privée» (45%), sans se douter qu'ils sont peut-être la source du problème.
«La protection de la vie privée relève avant tout d'une démarche personnelle», a indiqué dans nos pages cette semaine Julie Horn, consultante en sécurité humaine sur les réseaux sociaux et spécialiste du cyberterrorisme, qui reconnait que la méconnaissance des enjeux de ces réseaux, des infrastructures sur lesquelles ils reposent et une petite dose de naïveté font aujourd'hui commettre bien des erreurs aux internautes qui, en format 2.0, auraient tendance à se jeter eux-mêmes dans la gueule du loup (ou de l'hippopotame) tout en se plaignant que cela leur arrive.
Comment? En croyant à tort que leur anonymat va être préservé par des réseaux qui toutefois sont des lieux numériques publics gérés par des multinationales privées, en se dévoilant avec une confiance aveugle à des «amis» virtuels hautement bigarrés dont l'identité réelle n'est pas toujours validée, en étant persuadé que les sites qu'ils fréquentent sont indépendants les uns des autres et surtout en utilisant les mêmes pseudonymes un peu partout, ce qui facilite la collecte de données personnelles sur un individu, expose Mme Horn.
À cela, on pourrait aussi ajouter: l'utilisation collective des mêmes mots de passe, facile à découvrir, pour bloquer l'accès à sa vie, comme l'a révélé en juin dernier Daniel Amitay, un développeur américain, au terme d'une étude pour le moins étonnante: À l'aide d'une ligne de code dans un programme, il a découvert que les propriétaires de iPhone se servaient en grande majorité des 10 mêmes combinaisons de chiffres pour verrouiller leur appareil. Là-dedans, il y a bien sûr le célèbre 1234, le sublime 0000, les très chics 1111 et 5555 mais aussi, le moins évident, à première vue, 5683: Il s'agit du mot «Love» chiffré.
Des chiffres prévisibles, de l'insouciance et une dépendance en phase ascendante: l'écologie est donc parfaite pour attiser la peur de la violation de la vie privée, pour commencer, et des libertés individuelles par la suite, expose le Commissariat dans sa mesure de l'opinion. Une peur partagée par 65 % des répondants au sondage qui indiquent que cette question sécurité et numérique va être «un des enjeux les plus importants auxquels les Canadiens vont être confrontés au cours de la prochaine décennie», peut-on lire. Un peu à cause d'eux, finalement.
Poursuite pour protection défiante des données personnelles? 60 % des Canadiens risqueraient la chose en raison d'un manquement évident à la sécurité de leurs propres données numériques. C'est en tout cas ce que laisse ressortir le sondage commandé à Harris/Decima par le Commissariat et qui indique qu'à peine 40 % des répondants disent avoir verrouillés avec un mot de passe les outils de communication mobile en leur possession. Une mesure de sécurité pourtant de base pour mettre son intimité à l'abri des regards indiscrets et/ou malveillants.
Dans la foulée, du tiers des personnes passées à la question qui ont dit fréquenter les réseaux sans fil publics, 85 % indiquent en effet craindre pour la sécurité des données qu'elles font passer par ces tuyaux (accessibles dans les parcs, les chaînes de restauration, les cafés, les halls d'aéroports, les autobus, les trains...). Sans doute avec raison: «de 20 à 30 % de ces réseaux ne sont pas correctement sécurisés, a indiqué au Devoir le spécialiste en sécurité de l'information — et conservateur du musée de l'informatique — Marc-André Léger qui enseigne à l'Université de Sherbrooke. Mais ces réseaux sont devenus importants dans le quotidien des gens. On ne peut plus s'en passer».
La numérisation des rapports humains se poursuit et les craintes de violation de la vie privée pourraient aussi croitre au même rythme si l'on se fie à l'insouciance, mais également à la résignation, qui se dégagent des données du sondage dévoilé par le gardien fédéral de la vie privée.
Un doute? Aujourd'hui, la moitié des Canadiens socialisent, en partie, par l'entremise des réseaux sociaux — choisissez vous même le nom, il est aussi valable qu'un autre! Or, là-dessus, près de 85 % disent avoir activé les paramètres de protection de la vie privée offerts par les multinationales du Moi en format binaire, mais ils restent malgré tout «préoccupés par les risques que posent ces sites pour leur vie privée» (45%), sans se douter qu'ils sont peut-être la source du problème.
«La protection de la vie privée relève avant tout d'une démarche personnelle», a indiqué dans nos pages cette semaine Julie Horn, consultante en sécurité humaine sur les réseaux sociaux et spécialiste du cyberterrorisme, qui reconnait que la méconnaissance des enjeux de ces réseaux, des infrastructures sur lesquelles ils reposent et une petite dose de naïveté font aujourd'hui commettre bien des erreurs aux internautes qui, en format 2.0, auraient tendance à se jeter eux-mêmes dans la gueule du loup (ou de l'hippopotame) tout en se plaignant que cela leur arrive.
Comment? En croyant à tort que leur anonymat va être préservé par des réseaux qui toutefois sont des lieux numériques publics gérés par des multinationales privées, en se dévoilant avec une confiance aveugle à des «amis» virtuels hautement bigarrés dont l'identité réelle n'est pas toujours validée, en étant persuadé que les sites qu'ils fréquentent sont indépendants les uns des autres et surtout en utilisant les mêmes pseudonymes un peu partout, ce qui facilite la collecte de données personnelles sur un individu, expose Mme Horn.
À cela, on pourrait aussi ajouter: l'utilisation collective des mêmes mots de passe, facile à découvrir, pour bloquer l'accès à sa vie, comme l'a révélé en juin dernier Daniel Amitay, un développeur américain, au terme d'une étude pour le moins étonnante: À l'aide d'une ligne de code dans un programme, il a découvert que les propriétaires de iPhone se servaient en grande majorité des 10 mêmes combinaisons de chiffres pour verrouiller leur appareil. Là-dedans, il y a bien sûr le célèbre 1234, le sublime 0000, les très chics 1111 et 5555 mais aussi, le moins évident, à première vue, 5683: Il s'agit du mot «Love» chiffré.
Des chiffres prévisibles, de l'insouciance et une dépendance en phase ascendante: l'écologie est donc parfaite pour attiser la peur de la violation de la vie privée, pour commencer, et des libertés individuelles par la suite, expose le Commissariat dans sa mesure de l'opinion. Une peur partagée par 65 % des répondants au sondage qui indiquent que cette question sécurité et numérique va être «un des enjeux les plus importants auxquels les Canadiens vont être confrontés au cours de la prochaine décennie», peut-on lire. Un peu à cause d'eux, finalement.
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