Vancouver: après les émeutes, les réseaux sociaux livrent leur pire côté
«Les crimes anonymes à l'ère du 2.0? C'est fini!», annonce un site Web. Près d'une semaine après les émeutes de Vancouver — pour une vulgaire histoire de hockey et de défaite — la Toile s'est mise en mouvement, à l'appel de la police, pour se transformer en immense espace de délation des émeutiers. Une justice populaire, numérique, instantanée, nominative, faisant fi des cadres légaux en place qui inquiète quelques juristes, protecteurs des droits civiques et pourfendeurs des dérives contemporaines. Alors que la jeunesse branchée qui a accepté d'alimenter ce nouveau travers des réseaux sociaux ne semble pas vraiment s'en formaliser.
La narration sociale induite par les nouveaux outils de communication vient-elle de déraper à Vancouver? C'est la question que pose en tout cas dans les pages numériques de la Harvard Business Review, l'éclairante Alexandra Samuel, directrice du Centre des médias sociaux et interactifs de l'Université Emily Carr. «Je suis profondément dérangé de voir avec quel enthousiasme la communauté des réseaux sociaux a adopté un nouveau rôle, écrit-elle dans une analyse du traumatisme vancouvérois: pas dans l'observation, pas dans le journalisme citoyen, mais plutôt dans la surveillance civique».
On arrête et on remonte un peu. Le 15 juin dernier, Vancouver vibre au temps de la coupe Stanley et de la déprime après le blanchissage des Canucks — son équipe de hockey — en finale face aux Bruins de Boston — les méchants. L'humiliation a deux chiffres: 4 et 0. La suite est alors prévisible: pendant 3 heures, des milliers de fans aigris prennent le contrôle du centre-ville. Il y a de la colère, des larmes, de l'alcool, 150 blessés, des centaines d'arrestations, des commerces, du mobilier urbain et des voitures de police mis à sac. Il y a aussi des milliers humains branchés, carburant au iPhone et au narcissisme 2.0, qui filment le tout et diffusent les images sur les réseaux sociaux.
L'émeute tranche avec le caractère zen et plutôt pacifiste de la métropole de l'Ouest. Elle incite aussi plusieurs internautes à riposter par les codes binaires. «Écoutez: les réseaux sociaux devraient permettre d'arrêter tous ces idiots», écrit un adepte de Twitter. «Eh les émeutiers, les réseaux sociaux n'existaient pas en 94 [où un scénario sportif similaire avait donné le même résultat dans la même ville], ajoute un autre. Vous allez vous faire arrêter et je le souhaite». «La gang, en rentrant chez vous, mettez en ligne vos vidéos, poursuit un énième abonné du site de microclavardage. Idée de site web [à mettre en place]: identifions ces épais». En 140 caractères, l'urgence et la spontanéité ne donnent jamais de la grande poésie.
La police de Vancouver, par l'entremise de son compte Twitter, scelle ce projet social en formation en demandant aux témoins des émeutes de lui transmettre photos et vidéos pour permettre d'identifier les malfaiteurs. La réponse est instantanée comme en témoignent les sites web et pages Facebook créés dans les heures qui ont suivi le drame. La délation entre dans le cyberespace. La Vancouver 2001 Riot criminal List ouverte en ligne par de simples citoyens donne le ton.
Le hockey n'aura jamais été autant source de réflexion. C'est qu'à l'heure des bilans, il est effectivement possible de se questionner sur cette compulsion très contemporaine à vouloir mettre son présent en scène, en photo et en géolocalisation, dans les réseaux sociaux et désormais sur les effets délétères de cette compulsion individuelle sur le collectif.
Un doute? Numérique ou pas, l'identification dans des médias — sociaux ou pas — de présumés criminels entre dans un cadre légal que les anti-émeutiers collaborateurs de la police ont certainement dépassé, surtout en ciblant des vandales mineurs dont l'identité est normalement protégée par le système judiciaire que le Canada s'est doté. Sans compter que ce système croit en l'équité, l'impartialité, la droiture, mais pas en la justice que l'on se rend soi-même et qui représente même un geste illégal.
À ce moment précis du billet, il est également inutile de rappeler qu'à une autre époque, sur un autre continent, la délation — peu importe sa forme — a largement contribué à l'extermination de plus de 6 millions d'humains et à plusieurs règlements de compte odieux.
«C'est une chose de prendre une photo pour raconter une histoire. C'est une autre chose de prendre une photo, de la diffuser avec une intention claire d'identifier une activité illégale (ou potentiellement illégale)», écrit Alexandra Samuel tout en ajoutant: «Je ne crois pas que j'ai envie de vivre dans une société qui transforme les réseaux sociaux en outil de contrôle et de surveillance sociale et collective. Ça me rend d'autant plus inconfortable quand je pense que cela pourrait être repris par le lobby pro-vie pour dénoncer les femmes sur le point d'avorter, des régimes totalitaires ou des patrons homophobes pour traquer les employés qui participent au défilé de la fierté gai».
Selon elle, les émeutes de Vancouver et le traitement citoyen qui en a été fait à l'ère du web participatif placent désormais les adeptes des réseaux sociaux devant un choix crucial pour la bonne marche de la démocratie et pour éviter les dérives totalitaires: Ils «doivent désormais décider si la surveillance doit faire partie de notre mission collective et de notre culture en ligne». Une sacrée bonne question qu'il est impossible de ne pas relayer.
La narration sociale induite par les nouveaux outils de communication vient-elle de déraper à Vancouver? C'est la question que pose en tout cas dans les pages numériques de la Harvard Business Review, l'éclairante Alexandra Samuel, directrice du Centre des médias sociaux et interactifs de l'Université Emily Carr. «Je suis profondément dérangé de voir avec quel enthousiasme la communauté des réseaux sociaux a adopté un nouveau rôle, écrit-elle dans une analyse du traumatisme vancouvérois: pas dans l'observation, pas dans le journalisme citoyen, mais plutôt dans la surveillance civique».
On arrête et on remonte un peu. Le 15 juin dernier, Vancouver vibre au temps de la coupe Stanley et de la déprime après le blanchissage des Canucks — son équipe de hockey — en finale face aux Bruins de Boston — les méchants. L'humiliation a deux chiffres: 4 et 0. La suite est alors prévisible: pendant 3 heures, des milliers de fans aigris prennent le contrôle du centre-ville. Il y a de la colère, des larmes, de l'alcool, 150 blessés, des centaines d'arrestations, des commerces, du mobilier urbain et des voitures de police mis à sac. Il y a aussi des milliers humains branchés, carburant au iPhone et au narcissisme 2.0, qui filment le tout et diffusent les images sur les réseaux sociaux.
L'émeute tranche avec le caractère zen et plutôt pacifiste de la métropole de l'Ouest. Elle incite aussi plusieurs internautes à riposter par les codes binaires. «Écoutez: les réseaux sociaux devraient permettre d'arrêter tous ces idiots», écrit un adepte de Twitter. «Eh les émeutiers, les réseaux sociaux n'existaient pas en 94 [où un scénario sportif similaire avait donné le même résultat dans la même ville], ajoute un autre. Vous allez vous faire arrêter et je le souhaite». «La gang, en rentrant chez vous, mettez en ligne vos vidéos, poursuit un énième abonné du site de microclavardage. Idée de site web [à mettre en place]: identifions ces épais». En 140 caractères, l'urgence et la spontanéité ne donnent jamais de la grande poésie.
La police de Vancouver, par l'entremise de son compte Twitter, scelle ce projet social en formation en demandant aux témoins des émeutes de lui transmettre photos et vidéos pour permettre d'identifier les malfaiteurs. La réponse est instantanée comme en témoignent les sites web et pages Facebook créés dans les heures qui ont suivi le drame. La délation entre dans le cyberespace. La Vancouver 2001 Riot criminal List ouverte en ligne par de simples citoyens donne le ton.
Le hockey n'aura jamais été autant source de réflexion. C'est qu'à l'heure des bilans, il est effectivement possible de se questionner sur cette compulsion très contemporaine à vouloir mettre son présent en scène, en photo et en géolocalisation, dans les réseaux sociaux et désormais sur les effets délétères de cette compulsion individuelle sur le collectif.
Un doute? Numérique ou pas, l'identification dans des médias — sociaux ou pas — de présumés criminels entre dans un cadre légal que les anti-émeutiers collaborateurs de la police ont certainement dépassé, surtout en ciblant des vandales mineurs dont l'identité est normalement protégée par le système judiciaire que le Canada s'est doté. Sans compter que ce système croit en l'équité, l'impartialité, la droiture, mais pas en la justice que l'on se rend soi-même et qui représente même un geste illégal.
À ce moment précis du billet, il est également inutile de rappeler qu'à une autre époque, sur un autre continent, la délation — peu importe sa forme — a largement contribué à l'extermination de plus de 6 millions d'humains et à plusieurs règlements de compte odieux.
«C'est une chose de prendre une photo pour raconter une histoire. C'est une autre chose de prendre une photo, de la diffuser avec une intention claire d'identifier une activité illégale (ou potentiellement illégale)», écrit Alexandra Samuel tout en ajoutant: «Je ne crois pas que j'ai envie de vivre dans une société qui transforme les réseaux sociaux en outil de contrôle et de surveillance sociale et collective. Ça me rend d'autant plus inconfortable quand je pense que cela pourrait être repris par le lobby pro-vie pour dénoncer les femmes sur le point d'avorter, des régimes totalitaires ou des patrons homophobes pour traquer les employés qui participent au défilé de la fierté gai».
Selon elle, les émeutes de Vancouver et le traitement citoyen qui en a été fait à l'ère du web participatif placent désormais les adeptes des réseaux sociaux devant un choix crucial pour la bonne marche de la démocratie et pour éviter les dérives totalitaires: Ils «doivent désormais décider si la surveillance doit faire partie de notre mission collective et de notre culture en ligne». Une sacrée bonne question qu'il est impossible de ne pas relayer.
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