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    Les mutations tranquilles CULTURES + SOCIÉTÉ + PARADOXES

    Hashtag ou mot-clic?

    17 février 2011 11h06 |Fabien Deglise | Les mutations tranquilles
    La mutation linguistique n'est pas jouée d'avance. «Mot-clic», la proposition de l'Office québécois de la langue française (OQLF) pour franciser le concept anglophone de «hashtag»,
    inhérent au célèbre site de microclavardage Twitter, a déclenché de vives réactions
    dans le cyberespace. Partout sur la planète francophone.



    Dévoilée par Le Devoir hier — forcément sur Twitter — l'existence d'une version francisée de «hashtag», ce mot cliquable qui permet de faire du référencement dans le site de micro-clavardage, n'a laissé personne indifférent. Ce matin, le sujet est devenu l'un des plus abordé par les internautes sur Twitter, selon l'outil de mesure des tendances TrendsMontreal.

    «J'aime! C'est une belle idée!», résume en moins de 140 caractères Audrée FP de Montréal. «Au moins, on a échappé à "borne de référencement interactive" ou autre horreur du genre», ajoute dans le même format Jérôme Lussier, de Montréal, lui aussi. «C'est parfait! Ça rend l'idée d'un mot-clé cliquable. C'est simple et concis. C'est ce qu'il faut», écrit Valérie Parent, qui se présente en ligne sous le pseudo de RubyFolie.

    Même la France s'y est mise: «
    #motclic est-ce que j'ai une tête de #motclic ? Est-ce que le #motclic est du côté obscur des révolutions?», demande Jeanne Perrier, maître de conférences dans un centre de formation de journaliste. «C'est frais!», ajoute un certain Benoit Darcy, de Paris.

    Dans l'ensemble, l'idée plait. Mais elle a aussi fait apparaitre depuis quelques heures des poches de résistance sur la Toile.
    Morceaux choisis: «Beurk et re-beurk! Je vais me #hastagger moi-même avant de voir #mot-clic utilisé couramment!», dit VeloCité. «J'ai adopté le mot courriel avec plaisir, mais ça, ça manque vraiment de colonne à mon oreille...;) », assure une certaine Lauzon. «Il est prouvé que si l'Office de la langue française ne trouve pas une francisation d'un mot après 1 semaine, c'est trop tard», ajoute, pour sa part, Samuel Larochelle.

    Plus formel: «Chère OQLF, je m’engage à adopter le bizarre, mais poétique "infonuagique" si vous abandonnez le ridicule "mot-clic". Veuillez agréer, etc», dit Le machin à écrire, un internaute qui se dit comique. Quant à plusieurs esprits pratiques, ils font remarquer depuis quelques heures une évidence qui semble avoir échappé aux linguistes de l'OQLF: avec son trait d'union, mot-clic ne peut pas devenir, dans Twitter, un véritable mot-clic sur lequel il est possible de cliquer.

    Dans les coulisses de l'usine à fabriquer de mots, on ne se formalise pas trop de la déferlante de commentaires induits par l'apparition de «mot-clic» que l'institution vient de faire entrer, sans tambour ni trompette, dans son incontournable Grand dictionnaire terminologique (GDT). L'OQLF rappelle que chaque traduction des nouveaux mots du quotidien que le monde anglophone place sur la route de l'humanité finit toujours par être adoptée par un grand nombre, une fois la surprise passée. Cela a été le cas pour le courriel — en remplacement du «e-mail» —, du clavardage — pour le «chat», ces conversations numériques en simultanée. Mais cela n'a pas été le cas pour le gaminet, ce t-shirt qui sémantiquement peine encore et toujours à changer de forme dans les conversations, autour d'une table de cuisine.












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