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    Le blogue urbain Le blogue urbain explore la ville comme espace de vie, autour de différents thèmes: transports, vélo, architecture, aménagement, étalement urbain, patrimoine. Un blogue collectif, écrit par des journalistes du Devoir passionnés de vie urbaine.

    «​Le Fridge»: le frigo de la faim du monde dans Rosemont

    22 avril 2015 18h09 |Isabelle Paré | Le blogue urbain
    Emilie et Jessica, les deux instigatrices de «Le Fridge» dans Rosemont–La Petite-Patrie
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Emilie et Jessica, les deux instigatrices de «Le Fridge» dans Rosemont–La Petite-Patrie
    Dans quelques jours, un drôle de frigo fera irruption dans un parc du quartier Rosemont, né d’un élan citoyen pour combattre le gaspillage alimentaire et aider à contrer la faim chez les résidents de ce quartier central de la métropole.

    Le Fridge, une idée portée par deux résidentes du quartier, sera le tout premier frigo communautaire en libre-service à Montréal, voué à détourner de la poubelle légumes, fruits et bouffe de tout acabit en surplus ou sur le point d’être jetés aux ordures, le plus souvent pour de mauvaises raisons. Ce projet de récolte urbaine vise à combattre l’insécurité alimentaire vécue par plusieurs itinérants et résidents démunis du quartier.

    Inspirées par un projet semblable lancé il y a quelques années à Berlin, ce service de «bouffe en partage», copie carbone du site allemand Foodsharing, sera inauguré lors d’un 5 à 7, le mardi 28 avril, dans le local de l’organisme communautaire de La Place, un organisme qui a élu domicile au parc Montcalm, à l’angle des rues Papineau et Bélanger.

    « Nous avons bon espoir que les gens embarquent et viennent porter des aliments. En fait ce qu’on craint le plus, c’est que les gens qui en ont vraiment besoin n’osent pas venir chercher les aliments. C’est pour cela qu’on doit faire connaître le frigo », explique Émilie Papineau, l’une des instigatrices de ce projet sans but lucratif.

    Frigo pour tous

    Séduites par l’idée, plus de 1200 personnes ont déjà donné leur appui sur Facebook au Fridge, et une centaine de personnes se sont déjà montrées intéressées à devenir bénévoles pour ce frigo de l’espoir. Une petite équipée a sillonné ce secteur de Rosemont cette semaine pour distribuer aux résidents et aux commerçants des dépliants explicatifs sur le projet.

    « On a sollicité les commerces avoisinants, les épiceries, les boulangeries, les cafés. Pour les utilisateurs éventuels, l’horaire sera inscrit sur la porte et plusieurs bénévoles passeront pour faire le tri des aliments et le ménage du Fridge plusieurs fois par semaine », assure Émilie Papineau.

    Le principe est simple : Le Fridge accueillera tous les dons comestibles. Des étiquettes seront apposées sur les aliments offerts pour indiquer leur date de péremption ainsi que la totalité de leurs ingrédients, histoire de montrer patte blanche en cas d’allergies alimentaires.

    « Je ne suis pas du quartier, mais l’idée est géniale et je viendrai apporter des trucs aussi », dit une admiratrice, sur la page Facebook de l’organisme.

    Effet boule de neige à Berlin

    Démarrés en catimini, les frigos libre-service ont fait boule de neige à Berlin, depuis leur lancement en 2012. La métropole la plus branchée d’Allemagne compterait une vingtaine de ces frigos amicaux, installés parfois en plein air dans des cours d’immeubles, parfois près de cafés ou d’abris à vélo.

    Le concept est promu par le site Foodsharing, lui-même opéré par une association de lutte contre le gaspillage alimentaire nommée Lebensmittelretter, qui signifie « Les sauveurs de nourriture ».

    Depuis 2012, l’organisme a réussi à convaincre plus de 1000 supermarchés à travers l’Allemagne d’endosser le projet. Fruits et légumes moches, petits plats invendus et pain du jour prennent ainsi le chemin de ces frigos du coeur, dont deux sont accessibles 24 heures par jour au coeur de Berlin.

    Une seule règle prévaut : ne jamais déposer dans ces réfrigérateurs ce l’on ne consommerait pas volontiers soi-même. Haro donc sur les laitues flétries ou les fruits sur le point de rendre l’âme. Que les aliments encore sains et comestibles ont droit de cité sur les tablettes, à l’exception des viandes et des poissons, plus à risque de contamination alimentaire.

    Le côté bouffe de l’économie du partage

    Les particuliers détournent dans ces frigos solidaires leur pied de céleri en trop, les restes d’un repas trop copieux, ou les aliments voués à l’oubli sur le fond d’une tablette, pour cause d’absence. Dans une économie du partage qui a le vent dans les voiles, le concept se décline désormais jusque dans l’assiette, et l’on troque la bouffe comme d’autres les services ou les objets sur Facebook ou d’autres sites d’échanges.

    L’organisme berlinois compte sur une armée de 1700 bénévoles, qui ratisse cafés et commerces pour renflouer ces frigos offerts aux ventres vides.

    « On peut y déposer les aliments, mais aussi les prendre, c’est donc une sorte de supermarché, ouvert 24 heures par jour, qui offre un effet de surprise : on ne sait jamais ce qu’on y trouvera. Les appareils sont remplis jusqu’à trois jours par jour par des Berlinois de tous âges, et même par des touristes », affirme une bénévole interviewée par le quotidien berlinois Tagesspiegel.

    On n’a rapporté jusqu’à présent aucun problème sanitaire relié à ce réseau collectif de frigos, utilisés à souhait.

    La cofondatrice du projet à Montréal affirme que des aliments pourront être livrés à vélo si jamais la gêne ou la honte font en sorte que des gens ou des familles hésitent à se pointer au parc Montcalm pour utiliser Le Fridge. Au Canada, le gaspillage alimentaire atteindrait l’équivalent de 27 milliards par année. Environ le tiers de la nourriture produite dans le monde serait perdue ou gaspillée à diverses étapes de la chaîne d’approvisionnement.

    Un frigo solidaire à Québec aussi

    Des lecteurs avertis nous ont avisé hier soir qu’un frigo collectif surnommé Libérez la bouffe venait aussi de voir le jour à Québec, sur le parvis de l’Église Saint-Roch. 

    D’abord académique, le projet lancé par six étudiantes en anthropologie de l’Université Laval ne devait durer qu’une semaine. Mais devant le succès retentissant remportée par cette armoire destinée au troc, la ville, la fondation Saint-Roch et le curé de la paroisse ont consenti à donner le feu vert au projet de façon permanente. Un frigo viendra tenir compagnie à cette armoire solidaire pour préserver les denrées plus fragiles par temps chaud.

    En une semaine, beaucoup d’aliments ont été déposés dans l’armoire de Libérez la bouffe, y compris des aliments achetés par des citoyens touchés par ce geste. À en croire la vitesse à laquelle la nourriture transite dans cette toute nouvelle armoire communautaire, d’abord pensée pour lutter contre le gaspillage alimentaire, Libérer la bouffe répond finalement à une autre réalité bien réelle, celle de l’insécurité alimentaire qui frappe plusieurs résidents du quartier Saint-Roch.
    Emilie et Jessica, les deux instigatrices de «Le Fridge» dans Rosemont–La Petite-Patrie Le logo de Charlotte Lemieux et Sam Houde












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