Bientôt des vélorues à Montréal

Cette petite révolution urbaine commencera sur le Plateau-Mont-Royal, mais la Ville de Montréal compte l'étendre à tous les arrondissements qui en feront la demande.
Photo: François Pesant - Archives Le Devoir Cette petite révolution urbaine commencera sur le Plateau-Mont-Royal, mais la Ville de Montréal compte l'étendre à tous les arrondissements qui en feront la demande.
Les accidents de vélo des dernières semaines ont-ils donné un électrochoc aux élus de Montréal ? Ce qui aurait semblé impensable il y a quelques mois paraît en voie de devenir réalité : l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal doit annoncer ce jeudi l'implantation prochaine de «vélorues» où les bicyclettes auront la priorité sur les véhicules à moteur.

Ce concept de partage de la chaussée, importé d'Europe, doit permettre de désengorger les pistes cyclables, comme celle de la rue de Brébeuf, où des bouchons de circulation se forment aux heures de pointe. Le but est aussi de permettre aux cyclistes de rouler dans une rue en toute sécurité, loin des grandes artères jugées risquées pour les vélos, comme Saint-Denis, par exemple.

Dans ces petites rues résidentielles, les voitures pourront continuer de rouler. Mais les vélos auront la priorité. Cette nouvelle vocation sera clairement affichée, par des panneaux de signalisation et par un réaménagement de la chaussée, entre autres aux intersections.

Cette petite révolution urbaine commencera sur le Plateau-Mont-Royal, mais la Ville de Montréal compte l'étendre à tous les arrondissements qui en feront la demande, confirme Aref Salem, responsable du transport dans l'équipe du maire Denis Coderre.

«Si la demande est là, on sera au rendez-vous, c'est certain, dit-il au Devoir. Nous à la Ville, on croit aux vélorues. La congestion de certaines pistes cyclables commence à se faire sentir. On veut régler ce problème.»

Selon ce qu'on a appris, les rues Saint-André et de Mentana, au coeur du Plateau, ont été identifiées pour accueillir les premières vélorues. Les vélorues pourront éventuellement se rendre jusqu'à d'autres arrondissements. La Ville compte  implanter le concept aussi tôt que l'an prochain, si tout va comme prévu, indique Aref Salem.

Des cyclovia

En attendant les vélorues, le parti Projet Montréal milite pour l'aménagement de «cyclovia» en ville. Une cyclovia, c'est la fermeture d'une grande artère commerciale à la circulation automobile une journée par semaine. Cyclistes, piétons et musiciens de rue s'emparent de la cyclovia et profitent du beau temps.

Ce concept suscite un engouement à Bogota, en Colombie, où 70 kilomètres de rue sont transformés en cyclovia tous les dimanches, de 7 h à 14 h. Les commerçants adorent ça. Des dizaines de villes dans le monde ont repris le concept de cyclovia, dont Halifax, Winnipeg, Vancouver, Calgary, Hamilton et Ottawa.

«Une cyclovia est un happening, un événement, qui a un impact positif chez les villes qui l'ont essayé», dit Marianne Giguère, responsable du transport à Projet Montréal. La conseillère municipale verrait bien une cyclovia sur le boulevard Saint-Laurent les beaux dimanches d'été.
  • Jacques Morissette - Abonné 22 mai 2014 08 h 16

    Soyons optimiste, je souhaite que ça marche.

    Vélorues et cyclovia sont peut-être des bonne sidées, tout dépendant du comment cycliste et automibilismes se conduiront les uns les autres. Il y a aussi, en admettant que ça se passe bien, que ça change les mentalités du tout à moi, pour que chacun puisse mieux comprendre l'autre. Optimiste, ça pourrait augurer, c'est ce que je souhaite, d'un nouveau climat de tolérance.

  • Jean Richard - Abonné 22 mai 2014 09 h 18

    Éduquer certains cyclistes

    C'est réjouissant de voir qu'on avance dans la bonne direction. Une inquiétude pourtant : on se demande si le manque de savoir-vivre de certains cyclistes ne risque pas de créer un esprit de chapelle et de nous faire reculer, en éveillant chez les autres usagers de la route (piétons, motoristes et même autres cyclistes) un certain agacement qui pourrait dégénérer en hostilité.

    Par exemple, circuler sur la piste Boyer, surtout à certaines heures, c'est apprendre à pester contre... les cyclistes, le manque de savoir-vivre et de courtoisie étant la marque de commerce d'un trop grand nombre. Par moments, on se croirait sur l'autoroute de la Capitale en banlieue de Québec...

    • Yannick Cornet - Abonné 23 mai 2014 08 h 40

      Je vois la situation plutôt à l'inverse. Ce qui crée le manque de savoir vivre, c'est le manque d'infrastructure. Les cyclistes sont à tout moment en millieu hostile. Seuls les plus courageux osent s'aventurer sur les routes en vélos, et évidemment, à la longue, ils doivent apprendre à faire leur place, la voiture devient l'ennemie #1, dangereuse, aveugle et anonyme.

      Par contre, si les cyclistes pouvaient se déplacer à leur vitesse, de façon sécuritaire et sans détours, si la ville montrait que le vélo somme toute est plus durable et meilleur pour tout le monde, les cyclistes n'auraient plus à se rebeller.

      Ici à Copenhague, tous sont courtois, puisque les règles sont claires: les trottoirs pour les piétons, les pistes (séparées et protégées) pour les vélos, les voies dédiées pour les bus, et si il reste de la place, la route et les stationnements pour les voitures. Toutes les routes ont leur piste cyclable, de chaque côté de la rue, parfois plus large que l'espace réservé aux voitures, comme c'est les cas sur Nørrebrogade. Il ne reste que quelques carrefours ou les conflits sont possibles, mais en gros, tout le monde est content. Et les cyclistes ne sont plus les jeunes fous qui osent, mais bien les pères et mères de familles avec leur enfants dans leur 'cargo-bike', les grand-mamans et grand-papas sur leurs vélos électriques, les touristes sur les vélos de la ville, des jolies filles en jupe et décoletés (ces Danoises quand même) toutes droites sur leurs beaux vélos style Hollandais, et même - incroyable mais vrai - des hommes en veston cravate qui ont abandonné leur char.

      Il suffisait d'y penser

  • JP Theberge - Inscrit 22 mai 2014 09 h 34

    Éduquer certains automobilistes aussi?

    Et le manque de savoir-vivre de certains automobilistes lui, il n'est pas grave?

  • Yannick Cornet - Abonné 22 mai 2014 10 h 30

    Une solution complémentaire

    180% de taxes sur l'achat de nouvelles voitures au Danemark (105% pour les plus petites). Non seulement ça paierait pour le changement d'infrastructures, mais ça paierait aussi pour les garderies.

    Fallait y penser.

    Ref.: http://www.skat.dk/SKAT.aspx?oId=1817284

  • antoine bouchard - Inscrit 22 mai 2014 12 h 37

    Vrai

    Vous avez raison, monsieur Richard. Le manque de courtoisie est un gros défaut en général à Montréal. Et pas seulement sur les pistes cyclables. La comparaison avec le boulevard de la Capitale à Québec me fait sourire, car selon moi rien n'arrive à la cheville du manque de courtoisie des Montréalais sur la route. Mais ça, c'est un autre débat.