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    Le blogue urbain Le blogue urbain explore la ville comme espace de vie, autour de différents thèmes: transports, vélo, architecture, aménagement, étalement urbain, patrimoine. Un blogue collectif, écrit par des journalistes du Devoir passionnés de vie urbaine.

    Promenade dans les entrailles de la ville

    26 novembre 2013 17h29 |Marco Fortier | Le blogue urbain
    Photo: Andrew Emond
    Andrew Emond voulait «mieux connaître Montréal». Il ne fait pas les choses à moitié: ce photographe d'origine torontoise est descendu une centaine de fois dans les égouts pluviaux de la ville, à une dizaine de mètres sous terre, pour acquérir une connaissance approfondie, intime, de la géographie de l'île.

    Il a ramené une série de photos fascinantes du réseau de tunnels long de 1410 kilomètres qui recueille l'eau de pluie et les rejets d'eau domestique (provenant des douches et des éviers) dans toute la ville.

    Avant de voir ces clichés étonnants, on imagine les égouts pluviaux comme un univers glauque, sordide, mais il n'en est rien: il s'agit plutôt de tunnels de grand format, généralement assez hauts pour accueillir un marcheur. Les parois sont faites de briques brunes, de béton ou creusées dans le roc.

    Franchement, c'est plutôt joli. On dirait les couloirs d'un vieux bâtiment industriel. C'est bien simple: en voyant les photos d'Emond, on a quasiment envie d'aller prendre une marche dans ces tunnels, construits pour la plupart au siècle dernier. On ne peut s'empêcher de penser qu'une agence de voyages offrira un jour des visites guidées des égouts aux touristes aventuriers.

    «Pour moi, c'est la meilleure façon d'explorer la ville», dit Andrew Emond, qui est retourné dans sa ville natale de Toronto, l'an dernier, après avoir vécu six ans à Montréal. «D'un point de vue photographique, la rue me paraissait plutôt banale. Je me suis dit que je pourrais faire des découvertes en descendant sous terre.»

    Des bouts rapiécés

    Il faut être un peu fou pour s'aventurer ainsi dans les entrailles de la ville: la première étape consiste à trouver un regard (puits d'accès) accessible, loin des voitures et des piétons. Puis il faut soulever le (très lourd) couvercle. Et descendre. Dans la noirceur.

    Andrew Emond y allait généralement en équipe, mais il est parfois descendu seul. Ses promenades variaient entre une heure et cinq heures. Il a vu quelques rats inoffensifs, à l'occasion. Il marchait dans l'eau, qui lui montait aux chevilles. L'eau est relativement peu polluée: «Ça sent le savon à vaisselle. On voit aussi parfois des produits chimiques rejetés illégalement.»

    Ces centaines de kilomètres d'égouts pluviaux suivent des ruisseaux et des rivières naturels qui ont été remblayés, au fil des ans. Il est question de ce réseau de tunnels dans le documentaire Rivières perdues, auquel Emond a contribué en 2012.

    «Ces tunnels sont vieux d'un siècle. C'est un mélange de bouts de tuyaux rapiécés. Mais ça fonctionne encore, ils continuent de jouer leur rôle.»

    C'est un peu ça, Montréal: des morceaux tout éparpillés qui, mis ensemble, forment une sorte de tout vaguement cohérent. Mais qui a une âme...












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