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    Le blogue électoral La campagne électorale d'avril 2011 a été scrutée à la loupe par nos journalistes Hélène Buzzetti, Guillaume Bourgault-Côté, Alec Castonguay, Manon Cornellier et François Desjardins. Maintenant que les élections sont terminées, ce blogue a cessé ses activités mais les textes sont conservés ici en archives.

    Harper attaque Layton pour nuire à Ignatieff

    22 avril 2011 17h40 |Alec Castonguay | Le blogue électoral
    La politique peut être un sport subtil, notamment dans l'utilisation de la publicité. L'objectif recherché est parfois moins évident qu'au premier coup d'oeil. C'est le cas de la dernière publicité des conservateurs contre le NPD de Jack Layton.

    La nouvelle publicité négative lancée par le Parti conservateur aujourd'hui, vendredi, vise uniquement le NPD. C'est une première. On souligne à gros traits, avec des images peu flatteuses en noir et blanc, que le NPD était en faveur de la coalition qui a échoué en 2008. Un vote pour Jack Layton, l'allié du Bloc qui veut détruire le pays, est un vote pour le retour d'une coalition, dit la pub.

    Le premier objectif de cette attaque n'est pas de nuire à Jack Layton, mais au Parti libéral du Canada. Étrange? Pas tant que ça.

    D'abord, le choix du thème est révélateur. Ceux qui votent pour le NPD sont généralement moins effrayés par l'idée d'une coalition que les autres. Ils veulent que leur parti soit en mesure de livrer la marchandise et ils savent qu'il ne sera pas au pouvoir. Quoi de mieux qu'une coalition!

    Si le Parti conservateur souhaitait vraiment ébranler les électeurs néodémocrates, un autre thème aurait été plus porteur, notamment les hausses de taxes, les finances publiques, etc. Mais on a choisi la coalition, un thème que Layton aborde sans gêne depuis le début de la campagne! (Contrairement à Ignatieff) Au passage, ça rappelle aux électeurs que le Parti libéral est aussi dans cette histoire de coalition.

    De l'aveu même des stratèges conservateurs, la montée du NPD est un avantage inespéré pour eux. La majorité tant convoitée, illusoire jusqu'à récemment, est de nouveau possible. La division du vote de gauche, entre le NPD et le PLC, est plus probable que jamais. En Ontario et dans les provinces atlantiques, ça pourrait vouloir dire plusieurs précieux sièges pour le Parti conservateur.

    Au début et au milieu de la campagne, la polarisation du vote entre les conservateurs et les libéraux nuisait à Harper. Ce n'est plus le cas depuis que le NPD remonte. Une situation qui se reflète dans la projection des sièges, notamment de ThreeHundredEight.com. En quatre jours, le PC est passé de 147 à 150 sièges. Et ça pourrait se poursuivre.

    Or, cette attaque contre Jack Layton vise justement à montrer à la population que le NPD monte. Qu'il est un adversaire sérieux. Le PC va rappeler aux gens que le NPD existe, à grand renfort de publicités négatives. Le Parti conservateur va faire en sorte qu'on n'oublie pas Layton d'ici la fin de la campagne. Les gens qui ne souhaitent pas un gouvernement conservateur majoritaire vont décoder que le NPD est le véritable adversaire de Harper... et pourraient donc migrer du PLC vers le NPD. Et accentuer la division du vote progressiste dans des circonscriptions clés.

    Mis à part une poignée de comtés à travers le pays, le NPD n'est pas le véritable adversaire du Parti conservateur. Un électeur conservateur ne devient pas soudainement un néodémocrate (sauf en Colombie-Britannique). En Ontario et au Manitoba, notamment, où beaucoup de sièges sont en jeu, c'est le Parti libéral le véritable adversaire de Harper. Mais la pub va semer la confusion chez ceux qui veulent barrer la route aux conservateurs.

    Le spécialiste des sondages et des projections Éric Grenier, du site ThreeHundredEight.com, le dit sans broncher: «Un résultat historique pour le NPD pourrait livrer un gouvernement majoritaire aux mains de Stephen Harper.»

    Les stratèges néodémocrates détestent qu'on parle ainsi, mais il s'agit de la froide réalité mathématique dans notre système uninominal à un tour. La division du vote aide un seul parti: celui de Stephen Harper, qui a un bloc de partisans très stable.

    Plus le NPD sera présent et perçu comme l'adversaire principal des conservateurs, plus il pourrait attirer des votes et nuire au Parti libéral. Assez pour que Harper se faufile dans une douzaine de comtés, notamment en Ontario. Combien Harper a-t-il besoin de comtés pour atteindre la majorité? 12.

    Voilà pour la réalité sur le terrain.

    Ce qui n'empêche pas de noter au passage que si le Parti libéral ne parvient pas à s'imposer comme la seule alternative crédible à Stephen Harper et le seul parti qui peut barrer la route aux conservateurs, ce n'est pas la faute au NPD de Jack Layton, qui a le droit et le devoir de mener la meilleure campagne possible. Il n'est pas responsable de la faiblesse de ses adversaires.

    Le NPD devra d'ailleurs, pour maintenir sa progression et réaliser un résultat historique le 2 mai, combattre ce discours - réaliste - voulant que la division du vote avantage Harper. En 2008, ses appuis se sont effrités dans les derniers jours pour cette raison. Les électeurs néodémocrates ont alors voté stratégique et se sont repliés sur le PLC dans plusieurs comtés. On verra si ce sera le cas. Ça promet d'ici le 2 mai.













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