L'Ouest s’intéresse aux trottoirs chauffés

La neige ne dure pas sur les trottoirs de Holland, Michigan, ville des trottoirs chauffés.
Photo: Daniel Morrison, Wikimedia La neige ne dure pas sur les trottoirs de Holland, Michigan, ville des trottoirs chauffés.
Dans son édition de mardi, Le Devoir faisait l'inventaire d'une pléthore de petits aménagements urbains pouvant être réalisés pour rendre les centres-villes plus agréables l'hiver. Mobilier résistant à l'assaut des déneigeuses, trottoirs et abribus chauffés, design urbain limitant le facteur vent: les solutions, parfois très simples, sont nombreuses. Mais pour des raisons obscures, sinon un acharnement à nier notre condition nordique en ce pays de glace et de blizzard, très peu sont appliquées. 

Pourtant, dans l'Ouest du pays, là où le mercure plonge souvent sous la barre des - 30 degrés Celcius, le débat sur le chauffage des trottoirs fait rage depuis que la ville de Saskatoon a annoncé en décembre son intention d'étudier sérieusement cette possibilité.

Les villes d'Edmonton et même de Toronto regardent avec attention la direction que prendra Saskatoon, elles aussi attirées par le chant des sirènes et le rêve de trottoirs sans glace. Ailleurs, les critiques ont vite fusé de la part des environnementalistes, qui crient au gaspillage des ressources.

Mais le directeur de l'aménagement et de la planification urbaine de la ville de Saskatoon, Alan Wallace, affirme que les quantités phénoménales d'eau chaude, déjà rejetées dans la rivière, notamment par la centrale électrique locale Queen Élizabeth, pourraient être récupérées pour chauffer à faible coût les trottoirs les plus fréquentés de la ville. Depuis 2002, l'édifice du Conseil national de recherches, installé sur le campus de l'Université de Saskatchewan, affiche d'ailleurs une chaussée bien sèche en plein coeur de l'hiver, grâce à un système de chauffage intégré au béton.

L’exemple européen

Si le projet semble tiré par les cheveux, l'idée des trottoirs chauffants n'a pourtant rien de futuriste ou d'antiécologique pour les habitants d'Oslo en Norvège, de Lulea en Suède ou de Reykjavik en Islande, où les grand-mères et les poussettes ne se privent plus de sortir l'hiver depuis que les allées piétonnes sont déneigées en tout temps grâce à la géothermie ou la chaleur récupérée d'usines voisines. 

D'ailleurs, le chef de la Reykjavik Energy, interviewé par CBC à Saskatoon, a récemment soutenu que depuis 10 ans, les économies en déblaiement de la neige, en réfection des dommages causés aux voies publiques par la glace et la neige et en accidents évités compensaient largement les coûts d'installation de ce système de chauffage. 

«Depuis 10 ans, les tuyaux ont été installés sur les rues et trottoirs au moment où ils devaient être refaits. Ça se fait petit à petit, trottoir après trottoir», dit-il.

Depuis peu, la ville déneige certaines pistes cyclables pour faciliter les déplacements en vélo d'hiver. Une idée qui aurait été jugée complètement farfelue il n'y a pas si longtemps. L'idée des trottoirs chauffés restera-t-elle de la science-fiction longtemps? 

La ville de Montréal a bien investi 9 millions$ dans le Quartier des spectacles pour intégrer un controversé système pneumatique souterrain d'aspirateur à déchets, resté inutilisé depuis. La facture du déneigement dans la métropole oscille autour 145 millions$ par année. Un argument de poids pour minimalement garder l'oeil sur ce qui adviendra de l'expérience « futuriste » testée à Saskatoon...
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 27 février 2014 08 h 10

    Bon sens

    Des Québécois ingénieux ont inventé la motoneige et la souffleuse à neige, des machines adaptées à notre climat. Mais, chose étonnante, nos villes, elles, sont aménagées comme si l'hiver n'existait pas, on dirait que nos édliles et nos urbanistes viennent du Texas. Montréal (et Longueuil et bien d'autre villes) sont dégueulasses en hiver, les trottoirs mal déblayés, encombrés de gadoue et de glace sale parce que des obstacles comme les poteaux d'Hydro bloquent le passage des chenillettes, les pelouses arrachées par ces mêmes chenillettes et en plus brûlées par le sel de déglaçage. Pas de quoi être fier.

    • Gaston Lemoine - Inscrit 28 février 2014 09 h 28

      Bien d'accord avec vous M. Terreault.
      À Québec c'est la même chose, elle qui se proclame pourtant "capitale de l'hiver"!

  • Véronique Lévis - Inscrite 28 février 2014 16 h 02

    anti-écologique?

    A part le fait que le coût d'installation pourrait être couteux, j'aimerais bien arriver à comprendre où est l'anti-écologique dans ce projet là... Mettre du sel sur les trottoirs et envoyer des machines à essence pour les déneiger, est-ce que c'est plus écologique?

    Mais je pense qu'on pourra en parler encore 20 ans avant qu'un tel projet puisse être commencé ici... En attendant, on doit faire avec nos trottoirs mal grattés qui occasionnent bien des désagréments. De plus, la ville ne les gratte même pas tous... (danger pour les enfants qui marchent dans la rue!!!)