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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Veni, vidi, vici, et toutes ces sortes de choses

    16 février 2017 22h02 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio
    Le peu de latin que je sais, c’est à la lecture des Astérix que je le dois ; les albums m’ont inculqué sans que je ne m’en rende trop compte, à force de proverbes, quelques notions dans le crâne. À mon grand dam puisque, à peu près à la même époque, je choisissais volontairement de rayer le collège St-Charles-Garnier de la liste de mes écoles secondaires potentielles parce que trois années de latin y étaient encore obligatoires, et qu’il fallait donc être rétrograde pour imposer encore l’apprentissage d’une langue morte.

    C’était bien mal me connaître moi-même, et je me mords encore les doigts de ne pas avoir réalisé, alors que, déjà, j’étais certainement plus « latin » et potasseuse de thèmes et versions que « cheerleading et football ». Faut-il que jeunesse et mauvaises décisions se passent…

    Ces souvenirs ont réaffleuré à l’arrivée, dans la p’tite biblio, d’un Dico français-latin Quicherat et Châtelain (Hachette). Presque 1600 pages tassées serrées, divisées chacune en trois colonnes. Une grosse affaire.

    « Mais qui se sert encore d’un tel objet ? me demandais-je. Et qui, encore aujourd’hui, n’est pas entièrement “geek” et apprend le latin ? »

    « D’abord, ceux obligés par leur champ d’études : les futurs spécialistes de la Rome antique, du Moyen Âge et de la Renaissance. Beaucoup de textes de ces deux dernières périodes ne sont pas encore traduits [archives et contrats de notaires], répond la professeure à l’UQAM Hélène Leclerc. Des étudiants inscrits en linguistique qui veulent comprendre davantage les origines du français. Des curieux qui ont entendu leurs grands-parents parler de leur cours de latin avec nostalgie. Une étudiante, membre d’une chorale d’église, était contente de comprendre les paroles qu’elle chantait. Des inconscients qui n’ont pas compris que l’apprentissage d’une langue demande des efforts constants. »

    Quand on demande à Alban Baudou, de l’Université Laval, les usages aujourd’hui de cette vieille, vieille langue, il souligne qu'il répond régulièrement à des demandes personnelles « de simples particuliers qui souhaitent rendre hommage à une personne de leur entourage, souvent plus âgée ou au contraire très jeune, en ornant un cadeau d’une formule latine (sur les liens familiaux, le temps qui passe, la force de l’amitié, la pérennité de l’amour…), voire en chantant quelques vers en latin. Les traductions d’aphorismes, de proverbes, de pensées et autres sentences générales sont souvent (en moyenne six ou sept fois par an) destinées à un tatouage… »

    « Indie », le latin ? Ou simplement charnel ?

    « J’ai longtemps rêvé d’élever mes enfants en latin, rigole Ioav Bronchti, violoncelliste. Je disais ça à la blague, mais j’ai toujours pensé que ce serait vraiment cool. Et puis, ça redeviendrait une langue vivante… », qui servirait ainsi autant à rappeler d’acheter du lait (lac bubulum ?) et des œufs (ovum ?) qu’à nous porter les textes de Virgile ou d’Apulée.

    Et ces enfants, grandissants, auraient peut-être, eux, appris le français en lisant Astérix…












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