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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Passer le témoin : de Morane à Eco

    9 septembre 2016 09h01 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio

    Des extraits du Cycle du temps de Bob Morane (Henri Vernes, Marabout), publiés préalablement dans ce blogue, sont devenus, malgré l’à-plat, machine à voyager dans le passé et dans les souvenirs.
     

    « Je crois que c’était l’été avant d’entrer au secondaire, nous écrit un lecteur, à qui je cède avec joie un instant le témoin. Je passais mes étés dans Lanaudière avec ma grand-mère et ses sœurs. Si j’avais eu à développer une passion pour les jeux de cartes, ça se serait développé pas mal à ce moment-là. À défaut, je lisais pas mal tout ce qui me tombait sous la main : Jules Vernes, Alexandre Dumas, les vieilles bandes dessinées franco-belges, quelques comics… »
     

    « Tombé sur une boîte de romans à 50 sous « À vendre » à la bibliothèque du village, j’ai jeté mon dévolu et mon argent de poche sur cette trâlée de Bob Morane déjà vintage – dont celui que vous avez ressorti. Bien entendu, les trames narratives sont convenues, les personnages n’évoluent à peu près pas, les descriptions sont bourrées de répétition (les yeux " gris acier " du commandant, qui de plus est nyctalope ; les poings de Bill " gros comme une tête de bébé " ; etc.). Mais tout auteur qui réussit à pondre plus de 200 romans d’une même série n’a pas vraiment le choix : il doit faire pas mal de recherches pour s’en sortir, entre les redites. »
     

    « Tout ça a bien marqué mon imaginaire, et semé des pistes qui m’ont permis de me retrouver en pays de connaissance quand j’ai croisé Le pendule de Foucault (Umberto Eco, Grasset, 1990) dans la bibliothèque maternelle, vers 13 ou 14 ans. Coup de foudre immédiat. C’est à ce jour le seul livre que j’ai lu trois fois. »
     

    « Je ne sais pas si Eco, en observateur et amateur de la littérature populaire, a déjà exprimé une opinion sur Henri Vernes, mais ils ont visiblement exploité des filons communs. Les Templiers (Les captifs de l’Ombre Jaune, Une rose pour l’Ombre Jaune), le comte de Saint-Germain, l’histoire mystique juive (L’arbre de la vie), le royaume souterrain d’Agartha, le tellurisme (Les 1001 vies de l’Ombre Jaune)… »
     

    « Au-delà des exergues rébarbatifs (ou intrigants, c’est selon…) d’Eco en langues mortes placées en début de chapitres, et au-delà de l’avis de tous ceux et celles à qui j’ai essayé de refiler ce titre et qui n’ont pas passé le cap des 50 pages, ça reste un roman. Dense, mais lisible. Le génie d'Eco est de déboulonner les grandes mystifications de l’histoire en emmenant son lecteur observer l’envers du décor, tout en pastichant tantôt le polar, la geste, le roman d’espionnage. Un travail littéraire qui gagne à avoir un lecteur conscient du jeu et des codes. Alors que Vernes, lui, s’approche des mêmes thèmes pour leur soutirer juste ce qu’il faut de mystérieux afin de lui donner du gaz pour tirer ses 150 pages de rebondissements, conclure et recommencer plus loin, en Amazonie ou à Manic-2, le mois suivant. Je caricature peut-être : ça fait environ 20 ans que je n’ai pas fréquenté l’ami Bob. Reste que je n’en garde que de bons souvenirs et que je lui dois de m’avoir équipé pour franchir ce pont vers un de mes auteurs favoris, Umberto Eco. »

     

     













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