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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Le ouijah, Chantal Lacroix et les biscuits aux chipits

    23 juin 2016 17h28 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio

    Est donc arrivé le Manuel pratique du spiritisme (Exclusif, 2004) de Stéphane Crussol, auteur aussi du Manuel pratique du pendule (incluant 40 planches pendulaires), de celui de la télépathie, d'autohypnose et du Guide d'utilisation des pyramides. Un homme polyvalent dans sa spécialité, quoi.
     


    Un peu comme notre Chantal Lacroix, qui fait carrière de proposer comme sources de bonheur intérieur des palliatifs autres qu'intimes — perte de poids, rénovation de maison ou de visage, tables tournantes où chanteraient comme de vieux disques des morts et des disparus.


    Dans la curiosité morbide qui me pousse, amusée, à feuilleter l'ouvrage, se terre un zeste — 1/16 de cuillère à thé — minime, ridicule et su comme tel, mais bien réel, d'espoir.


    Peut-être y aura-t-il dans ce Manuel la recette qui me fera croire, Alleluia!, à la conscience — donc à la vie — après la mort. Peut-être m'y enseignera-t-on à traduire la mousse de mon cappucino matinal en paroles d'outre-tombe de ma grand-mère; et peut-être pourrai-je enfin! lui demander ce qui m'échappe éternellement dans sa recette de biscuits aux chipits, quand issus de mes bols, cuisine et mains, contrairement aux siens, ils demeurent toujours seulement presque parfaits.
     

      (—L'enfance, ma grande, me répondrait-elle en postillonant des gouttes de précieux jus brun. Il te manque l'enfance, là où j'espère plus facilement combler par une demie cuillère à thé de quoique ce soit d'achetable à l'épicerie ou de préalablement suggéré au petit écran par Mme Lacroix.)


    Adolescentes, à vouloir nous extirper des saveurs sucre et beurre de l'enfance, nous jouâmes Suzie et moi quelques semaines à nous faire peur autour d'un ouijah. Pelotonnées autour d'un alphabet griffoné par segments de treize lettres, sous les gradins du terrain de football vide, à poser des questions inquiètes sur nos avenirs, nous regardions, médusées, les mots se former à la pointe du crayon mine mollement tenus par nos doigts entrelacés.



    Époque parfaite d'identités incertaines — que d'années à se trouver grosses, laides, difformes comme femmes de Picasso, à s'auto-rénover sans cesse avec des produits cheaps de pharmacie!— et de curiosité gothique. Époque où la conscience de quitter l'enfance devenant celle de vieillir invitait la Grande Faucheuse à se profiler dans nos angoisses, et nous rendaient fertiles à la croyance. Nous nous excitions d'être hantées, de cauchemarder sur Zaz, notre esprit vilain, de douter et croire à la fois, de vouloir croire surtout — car qu'il serait doux, et reposant, de croire!


    À voir les vagues de livres religieux et de spiritisme qui font sans cesse ressac dans la p'tite biblio —Nouveau testament, Livre des Mormons, Jeunesses chrétiennes et consorts...— au côté des guides santé et des régimes miracles, je me dis que Chantal Lacroix a encore de beaux jours professionnels devant elle.


    J'ai déchiré notre feuille ouijah à treize ans. Je collectionne plutôt depuis les recettes griffonnées de biscuits imparfaits aux chipits — mon palliatif sucre et beurre, goût pour moi intime, gras et profond de l'enfance — andidote externe, certainement, mais ô combien délicieux, à la peur de mourir.


    La recette des biscuits aux chipits













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