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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Des plans de nègre à se cogner le petit juif

    27 mai 2016 18h50 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio
    Photo: istock
    Nous étions trois, penchés sur une maquette de page de journal, à chercher comment y faire entrer articles, photos, illustrations sans devoir couper dans le contenu et sans que le texte déborde comme une inondation graphique dans les marges, quand la chef des livres, d’un mouvement trop vif, s’est cogné le coude sur le bureau. Devant l’électrique danse de Saint-Guy qui s’ensuivit, le directeur artistique et moi grimaçâmes, sourires douloureux aux lèvres. Afin d’effacer le zeste d’amusement cruel qui faisait naître le mien sous une empathie affichée, je lâchai un « Tu viens de te cogner solide le p’tit juif, pauvre toi. »

    Stupeur du d.a. : « Le p’tit juif ? Mais qu’est-ce que c’est que cette expression ? »

    C’est la façon Anatomie pour les nuls de nommer le nerf ulnaire, ce petit torrieu si mal enterré entre l’humérus et le cubitus. Et une manière de colporter à même le langage une discrimination, comme on le fait quand on parle de « plan de nègre » ou de « ruse de Sioux ». Pendant que la collègue tentait, en se secouant, d’évacuer la pétillante douleur, nous nous fîmes rappeler que l’expression est née à l’époque où plusieurs juifs faisaient tailleurs et mesuraient les tissus littéralement à la coudée, à l’aune quoi, enroulant une corde autour de leur avant-bras. Geste qui, par sa répétition et la vitesse, devait vraiment inciter à se cogner le p’tit juif.

    Racisme inconscient à éliminer ou sel historique du langage ? La question me taraude depuis une semaine. Et me pousse à prendre conscience que je lis, sans même y penser, une large majorité d’auteurs blancs. Je suis Dany Laferrière, Kim Thuy, Rodney St-Éloi, Joséphine Bacon, Stanley Péan, Joël des Rosiers, Natasha Kanapé Fontaine et consorts parce qu’ils sont québécois. Mais au-delà ? Toni Morrison. Jacques Roumain. Haruki Murakami. Yoko Ogawa. Je sais que j’en oublie, et à ma défense parce que je ne pense pas aux couleurs de peau quand je cherche à prédire si un livre va m’enchanter ou non.

    Mais ne suis-je pas à me forger une tête carrée en me javellisant autant, sans même m’en rendre compte, l’imaginaire ?

    Failli

    à gérer l’abondance de dons et l’excès d’arrivage dans la p’tite biblio, qui correspond toujours aux journées de beau temps. Il a fallu entasser à l’intérieur La belle bête de Blais, Dressée pour être une star de Michèle Richard, des King, Rowling, Hugo et Musso déposés au pied de la cabane à mots, en attendant que la place s’y libère.

    Saisi

    The Geography of Thought. How Asians and Westerners Think Differently… and Why, de Nisbett, qui aidera peut-être à déjouer une part de mon daltonisme littéraire.












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