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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Le film d’horreur de ma tête

    20 mai 2016 11h36 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio
    Pourquoi ai-je peur de Patrick Bateman?
    Photo: 10/18 Pourquoi ai-je peur de Patrick Bateman?
    American Psycho (10/18), de Brett Easton Ellis, a atterri dans la p’tite biblio comme une bravade. C’est le seul texte, depuis que je pérégrine de bouquin en bouquin, que j’ai peur de lire, au point de ne pas oser en soulever la couverture. Depuis qu’une copine, ravie et secouée par sa lecture (et ravie parce que secouée), a voulu aplanir mes craintes en me dévoilant d’emblée la pire scène : celle où Patrick Bateman viole une de ses victimes, déjà morte, avec une de ses féminines côtes, dépecée pour l’occasion.

    Black-out dans ma tête.

    J’ai l’esprit fragile à l’image d’horreur. Impossible de visionner des films de peur, même ridicules, même so bad it’s good, sans que j’en sois hantée pendant trois à quatre nuits.

    J’ai cauchemardé une semaine de temps, jeune adulte, autour de Scream, alors que l’écoutant, je rigolais bêtement en me tapant sur les cuisses. J’ai réussi, il y a quelque temps, à visionner Shaun of the Dead. De jour, rideaux ouverts, lumières allumées, en prétextant des pipis-minutes afin de diluer l’immersion dans cette jungle zombienne plus comique que terrifiante. Pas de binge de Walking Dead pour moi, pas d’Halloween en rafale à l’automne.

    Certains manquent d’enzymes pour digérer l’alcool. Je n’ai pas ceux pour absorber le moindre gore. Même magnifiée, esthétisée. Antéchrist ? Non merci. Irréversible ? Ce le serait pour ma psyché.

    Alors que je peux lire n’importe quoi. Récits de guerre, mémoires de la Shoah, histoires terribles d’émasculation de garçonnet, viols, meurtres en série (aaaaah ! les polars sur les meurtriers en série !), mutilation, automutilation, si je me retrouve parfois le livre à bout de bras pour éviter d’être éclaboussée par la barbarie qui éclate entre les pages, si j’en suis chamboulée, les mots ne laissent pas d’empreintes chez moi comme les images. Ils ne sont jamais intolérables. Ils coulent, filent ou s’agglutinent, mais je peux les remodeler, les filtrer, les sasser à ma guise – et ne me demandez pas comment j’imagine tel personnage, j’ai oublié, sitôt lu, si c’est un brunet, un noir ou un roux, détails superficiels qui ne m’intéressent pas, au contraire du rythme, du souffle, de la langue, du flot.

    Le texte passe en moi et m’entraîne, et j’y suis fluide et mouvante. Les images s’inscrivent, et peuvent me plomber.

    Pourquoi alors ai-je peur de Patrick Bateman ?

    Les autres arrivages de la semaine

    Book of Writers Talking to Writers. Twenty-One Interviews with Auster, Banville, Didion, Hazzard, Hempel, McEwan, Pamuk, Powers, Wolff & More (The Believer). J’ai parfois l’impression, belle paranoïa, qu’on me laisse des cadeaux personnels dans la p’tite biblio.

    La faille souterraine et autres enquêtes, Henning Mankell (Points). Un Wallander jamais lu ! Avec de la chance, y dort peut-être un bien sadique meurtrier en série…

    En cours d’immersion

    L’amie prodigieuse, Elena Ferrante (Folio). On m’a répété souvent le nom de Ferrante ces derniers mois, et il aura fallu que les libraires s’y mettent aussi, en lui octroyant leur prix du « roman hors Québec » pour que j’y plonge. Et m’y noie avec délices – je ne veux plus faire rien d’autre que lire ce livre, le genre de bouquin que j’aimerais poser en mille exemplaires dans la p’tite biblio.


     












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