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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?

    Élections indiennes - Les sondages de sortie des urnes couronnent Modi

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    New Delhi – Le rideau tombant lundi sur les élections parlementaires indiennes, les yeux étaient tous tournés vers Varanasi, ville sainte où s’affrontaient le David et le Goliath de ce scrutin national : Arvind Kejriwal, leader de l’AAP (Parti du simple citoyen, gauche laïque) et Narendra Modi, chef du BJP (Parti du peuple indien, droite nationale hindoue). L’un est tout ce que l’autre n’est pas.

    Étaient appelés aux urnes les électeurs des 41 dernières circonscriptions du pays – en Uttar Pradesh, au Bihar et au Bengale-Occidental — à ne pas encore avoir voté dans le cadre de ces élections nationales géantes tenues en neuf étapes au cours des cinq dernières semaines.

    Les résultats de ces élections générales ne seront comptabilisés et rendus publics que vendredi prochain mais, peu après la fermeture des bureaux de scrutin lundi à 18 heures, les principaux réseaux d’informations ont fait pleuvoir pendant toute la soirée leurs sondages de sortie des urnes, annonçant comme prévu que la National Democratic Alliance (NDA), la coalition de partis dirigée par le BJP, allait clairement sortir gagnante du scrutin, loin devant le Parti du Congrès de Rahul Gandhi, l’autre grand parti national.

    Modi dans les États clés

    CNN-INB, Times Now et Headlines Today donnent tous au BJP de M. Modi, au bas mot, une quasi-majorité des 543 sièges à la législature fédérale, grâce à des gains particulièrement importants dans des États clé comme l’Uttar Pradesh et du Bihar, qui font partie de ce qu’on appelle la « hindi belt ». La victoire de M. Modi n’exclut pas toutefois le fait qu’il lui faudra composer avec une forte représentation de partis régionaux, notamment du Tamil Nadu et du Bengale-Occidental. La fragmentation de la scène politique indienne demeure bien réelle.

    L’élection aura été d’autant plus résonnante que les Indiens ont voté dans une proportion supérieure à 66 %, battant le record de 1984 (64 %).

    Sainte et insalubre

    Dans Varanasi, où la campagne aura été particulièrement âpre, la peur d’attentats et de dérapages partisans a donné lieu dans la journée au déploiement massif de quelque 45 000 policiers et troupes paramilitaires fédérales pour assurer la sécurité des électeurs dans les 1652 bureaux de vote. Ville sainte transformée en forteresse, écrit The Times of India.

    Varanasi est en même temps que la Mecque de l’hindouisme une ville en état de décrépitude urbaine avancée, avec sa pollution de l’air, ses égouts qui débordent, son haut taux de criminalité et, par-dessus tout, l’épouvantable insalubrité de son fleuve « sacré », le Gange, dans lequel les Indiens viennent par millions chaque année faire leurs ablutions et disperser les cendres de leurs morts.

    Que ces 16es élections nationales à se tenir en Inde depuis l’indépendance (1947) soient venues expirées sur les ghats (ces grands escaliers qui descendent dans le fleuve) de Varanasi présentait en fait un éloquent condensé de la double campagne menée par le BJP.

    Idéologie pro hindouiste

    Varanasi aura été une terre fertile pour M. Modi et ses grandes promesses de modernisation des infrastructures et de développement économique ordonné, en même temps que, pour s’être présenté là plutôt qu’ailleurs, il s’est trouvé à mettre en avant son idéologie pro hindouiste. Ce qui n’a eu rien de rassurant pour la minorité musulmane, qui craint M. Modi comme la peste, ou pour les esprits plus progressistes qui redoutent que son élection comme premier ministre n’érode le principe de laïcité – déjà fragile — sur lequel est fondée la Constitution de l’Inde.

    « Bien que la question du développement ait été un thème de la campagne, cela n’a pas déplacé, sur le terrain, les considérations de castes et de religion », a fait valoir dans une entrevue le politologue Ashutosh Varshney.

    Droits cédés

    On ne s’attend guère à voir M. Kejriwal l’emporter dans Varanasi ni à ce que son petit AAP n’enlève plus de quelques sièges à l’échelle nationale. L’AAP aura toutefois réussi à s’ériger, en lieu et place du gouvernement sortant et discrédité du Parti du Congrès, en défenseur des pauvres et des valeurs social-démocrates. D’abord mouvement anticorruption, il a articulé pendant la campagne une critique sévère de la démocratie électorale.

    « La conception qu’a M. Modi de la démocratie consiste à demander aux Indiens d’hypothéquer leurs droits pour cinq ans en faveur d’un seul homme – qui est lui-même, disait dimanche soir l’un des leaders de l’AAP, l’avocat Prashant Bhushan, dans une émission d’affaires publiques. Ce " modèle " ne respecte pas les droits démocratiques des gens. Il présume que ces droits se résument à voter une fois tous les cinq ans. L’AAP a été créé pour changer la nature même de notre démocratie, au-delà de ses problèmes de corruption. Nous disons que notre démocratie a besoin d’être approfondie, qu’elle a besoin d’une révolution fondamentale dans son fonctionnement. Tout notre système électoral, notre police et notre système de justice ont besoin d’être réformés de façon drastique. »

    Si c’est M. Modi que les pronostiqueurs voient devenir prochain premier ministre du pays, il reste que dans Varanasi, l’opposition est pourtant loin d’être secondaire. Il y a l’AAP, mais il y a aussi ces deux puissants partis régionaux de l’Uttar Pradesh que sont le SP (Socialist Party) de Mulayam Singh Yadav et le BSP (Majority People’s Party) de Mayawati Kumari, l’icône dalit. Même discrédité, le Congrès y représente encore tout de même un facteur de division du vote. Si M. Modi l’emporte dans cette circonscription, il est plausible de penser qu’il se sera faufilé.

    Le Devoir












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