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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?

    ​Dérapages électoraux

    New Delhi — Et comment se déroule la campagne électorale indienne, maintenant entrée dans sa troisième semaine? Amorcée sous des auspices qui semblaient annoncer un débat politique d’une certaine qualité autour du développement socio-économique de l’Inde, la campagne a vite perdu de la hauteur, virant aux attaques personnelles et haineuses. 

    Il y a eu, entre autres, ce candidat du Parti du Congrès, Imran Masood, lequel a été poursuivi devant les tribunaux, arrêté et condamné à deux semaines de prison, fin mars, pour avoir menacé de «couper en morceaux» le leader du BJP, Narendra Modi. 

    Mais les dérapages se sont surtout multipliés du côté du BJP, grand parti de la droite hindouiste, au discours marqué d’irrépressibles réflexes antimusulmans — malgré tous ses efforts pour essayer de les mettre sous le boisseau. Dans une remarque manifestement sectaire, un proche conseiller de M. Modi a invité les électeurs de l’Uttar Pradesh à prendre leur «revanche» dans les urnes pour les émeutes religieuses qui ont fait une quarantaine de morts à la fin de l’année dernière à Muzaffarnagar. Samedi dernier, un autre politicien du BJP, de l’État du Bihar, dans une allusion évidente à la minorité musulmane, a estimé que tous ceux qui s’opposent à M. Modi devraient être renvoyés au Pakistan. Un mandat d’arrestation a été lancé contre lui aujourd’hui. 

    «Au cours des dernières semaines, écrit The Hindu en éditorial, le pays a été sujet au venin et au vitriol, alors que les différents partis ont réduit leurs stratégies électorales à des diatribes contre leurs adversaires.»

    Il est fréquent que des plaintes soient déposées en cour en vertu des dispositions du Code pénal indien interdisant les discours haineux et les propos qui heurtent les sentiments religieux. Si bien qu’en ces matières, l’Inde a ceci de singulier que ses batailles électorales se déroulent aussi devant les tribunaux.  

    Craignant que tout cela ne nuise à l’image de sauveur de l’économie indienne qu’il a bâtie autour de sa personne, Narendra Modi, lui-même souvent critiqué au cours de sa carrière pour ses propos et allusions antimusulmans, a jugé utile mardi d’intervenir par Twitter pour demander à ses troupes de mesurer leurs paroles et pour exprimer sa «désapprobation» à l’égard des «déclarations irresponsables». Il avait jusque-là laissé faire.

    La Commission électorale (CE) dénonce et punit bravement depuis le début de la campagne les propos incendiaires des uns et des autres. En revanche, elle semble plus désarmée face à cet autre fléau électoral que sont les «cadeaux» en argent et en alcool distribués aux amis et électeurs pour acheter leur vote. 

    Il n’existe pas en Inde de système public de financement électoral. Viennent d’être saisis par la CE 40 millions de dollars d’argent noir dans quatre États, «ne représentant vraisemblablement qu’une minuscule fraction des sommes distribuées partout dans le pays» à des fins électorales, écrit The Hindu. À Chennai, capitale du Tamil Nadu, la CE a par exemple eu vent du fait que deux partis locaux glissaient un montant de 2000 roupies (environ 40 $) dans des boîtes à lunch qu’ils allaient le matin distribuer aux électeurs. Niant tout, les deux partis se sont mutuellement accusés devant les tribunaux de pratique électorale illicite.

    Les Indiens franchissent demain la sixième des neuf étapes de leur processus électoral. Les votes seront comptés le 16 mai. M. Modi demeure de loin le favori des sondages pour former le prochain gouvernement.












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