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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?

    The Economist ne veut pas de Modi

    New Delhi - Le magazine The Economist, encore lui, gratifie les Indiens d’un éditorial dans lequel il prend clairement position contre Narendra Modi, le candidat du BJP (Parti du peuple) au poste de premier ministre du pays.

    «Narendra Modi peut-il être stoppé? titre l’influente revue britannique de centre droit. Il va probablement devenir le prochain premier ministre de l’Inde. Cela ne veut pas dire qu’il le devrait.»

    À titre de chef du gouvernement du Gujarat depuis 12 ans, il a certes poussé cet État dans la bonne direction en matière de développement économique, soutient The Economist, «mais, malgré cela, nous ne pouvons pas nous résigner à appuyer la candidature de M. Modi» - parce que l’homme, souligne la revue, est «associé à la haine sectaire» et joue manifestement la carte antimusulmane. Jamais il ne s’est vraiment expliqué – et encore moins excusé – au sujet du pogrom antimusulman de 2002 qu’il est accusé d’avoir laissé faire, sinon encouragé.

    Un tantinet condescendant, The Economist «recommande» donc aux Indiens de donner sa chance à Rahul Gandhi, candidat du Parti du Congrès. Si la perspective d’un autre gouvernement du Congrès «n’est pas inspirante», reconnaît-il, elle constitue malgré tout «le choix le moins dérangeant».

    L’éditorial a inspiré aux lecteurs des centaines de commentaires furieux . Les militants pro-Modi se sont montés aux barricades.

    Dieu le père

    Au-delà, les sondages annoncent tous sans équivoque une vague en faveur de Narendra Modi aux élections qui se déroulent en neuf étapes à partir de lundi. À force, évidemment, ces sondages unanimes et les médias qui les claironnent viennent grossir la vague.

    Le fait est par ailleurs que les sentiments antimusulmans sont latents au sein de la majorité hindouiste (qui forme 80 % de la population), y compris du reste parmi les électeurs du Congrès. Ces sentiments ont de profonds ressorts historiques, évidemment.

    M. Modi, produit du mouvement intégriste hindou, ne se prive pas de les cultiver. Mais il a ceci d’original qu’il a réussi à moderniser le discours classique de la droite indienne, traditionaliste, brahmanique et anti-laïque. «Sa capacité de mélanger le moderne et le traditionnel est frappante», analyse Varghese K. George, dans The Hindu. Sont arrimées, ce qui est nouveau, l’affirmation de l’identité religieuse hindouiste et les promesses de croissance économique pour les classes moyennes.

    Plus encore, écrit M. George, Modi fait la promotion d’un modèle «où l’affirmation de l’hindouisme est présentée comme un préalable au progrès». C’est une «variante du néolibéralisme qui raccorde croissance économique et nationalisme religieux». Qui n’est pas hindou n’est donc pas vraiment indien. Il défend une idée du progrès qui est au demeurant très républicaine, au sens américain du terme : M. Modi, lui-même de basse caste, dénonce les programmes d’aide sociale, qu’il juge parasitaires.

    La jeunesse urbaine s’est entichée en proportions étonnantes de cet homme de 63 ans, disent les sondages. Il incarne pour elle la figure du père qui sait, l’idée qu’elle se fait de la modernisation en marche de la société indienne et cette baliverne de droite qui veut que grimper dans l’échelle sociale soit un sport parfaitement démocratique. Pour cette jeunesse qui s’en va voter pour lui, la question musulmane ne semble pas demander qu’on y réfléchisse trop longtemps. 2002 est très loin.

    Le Devoir

     












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