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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?

    ​Sus au doublage

    New Delhi – Une loi non écrite au Karnataka interdit depuis plus de 50 ans de doubler en kannada les films et les séries télévisées produites dans d’autres langues.

    Le kannada? Langue officielle de l’État du Karnataka, parlée par 45 millions de personnes, et l’une des 22 langues nationales reconnues par la Constitution indienne.

    Adoptée officieusement en 1960 pour donner de l’allant à l’industrie cinématographique en kannada, cette mesure protectionniste, qui dans les faits vise surtout le hindi et l’anglais, fait largement consensus dans cet État du sud entre producteurs, distributeurs, cinéastes et auteurs. 

    Mais depuis quelques mois, elle suscite controverse, relève entre autres la revue Outlook, alors que des voix bruyantes se sont lancées dans une attaque en règle contre la mesure en estimant, rien de moins, qu’elle «talibanise le cinéma en kannada». La polémique a éclaté après qu’ait été interdite la diffusion de la version doublée d’un talk-show en hindi animée par le très populaire acteur Aamir Khan. Fin janvier, une imposante manifestation anti-doublage a déferlé sur Bangalore, capitale de l’État et par ailleurs centre nerveux indien des technologies de l’information, au nom de la protection de la langue, de la culture et des milliers d’emplois qui dépendent de cette industrie cinématographique régionale.

    L’opposition à la postsynchronisation n’existe pas seulement au Karnataka. Le doublage crée aussi malaise dans les industries télévisuelles et cinématographiques en télougou (75 millions de locuteurs), en tamoul (77 millions) et en malayalam (40 millions). On s’en plaint au Bengale-Occidental (90 millions d’habitants) où l’industrie cinématographique en bengali, hier partout célébrée pour la grande qualité de sa production, se bat depuis des années pour sa survie. Mais Sandalwood – le nom de l’industrie au Karnataka – est la seule à avoir réussi à bloquer le chemin aux contenus doublés.

    Derrière tout cela, forcément, une histoire de gros sous: il en coûte cinq à dix fois moins d’acheter les droits de doublage d’un film que d’en produire un, ce qui n’est évidemment pas un facteur d’incitation à la production et la diffusion de contenus locaux – d’autant qu’en ce qui concerne la télévision, la plupart des proprios de réseaux sont de l’extérieur de l’État.

    Ce n’est pourtant pas comme si on interdisait la diffusion d’émissions et de films dans leur langue originale ou sous-titrés, plaident les tenants de la mesure de protection culturelle. Qu’ont-ils donc, ceux qui crient à la «talibanisation», à monter sur leurs grands chevaux?

    «Un habitant de Bangalore connaît trois ou quatre langues, objecte dans Outlook le cinéaste P. Sheshadri. Pourquoi ne saurait-il pas regarder un film dans sa forme originale et jouir de cette richesse linguistique?»

    ​L’application de la mesure protectionniste dans les années 1960 avait stimulé l’industrie régionale. On produisait auparavant à peine dix films par année; la production a quadruplé dans les années 1970. «Ce fut l’âge d’or du cinéma en kannada, l’époque où on faisait de bons films basés sur des œuvres littéraires», dit Sheshadri avec nostalgie. Sandlewood produit aujourd’hui environ 150 films par année. Céder à l’invasion de films dont les droits de doublage coûtent deux fois rien, juge-t-on, ne ferait que couvrir les écrans de médiocrité.












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