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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?


    Incitation à la violence religieuse

    19 septembre 2013 14h14 | Guy Taillefer | L'Inde dans tous ses états
    Près de 50 morts et plus de 40 000 déplacés. Les affrontements entre hindous et musulmans qui ont secoué la région de Muzaffarnagar, au nord de Delhi, depuis le début du mois de septembre, seraient les plus graves qu’ait connus le pays en dix ans. Mercredi, des mandats d’arrestations ont été lancés contre 16 leaders communautaires et politiciens – appartenant au Parti du Congrès, au pouvoir, au BJP, principal parti d’opposition, et à des partis régionaux – pour incitation à la violence religieuse.

    Ces violences ont obéi à un scénario trop familier dans un pays où les sensibilités de caste et de religion demeurent extrêmement vives et où nombre de politiciens jugent utile à leurs intérêts de jeter de l’huile sur le feu. Les troubles ont éclaté à la fin du mois d’août, alors qu’une femme hindouiste du village de Dawal aurait été victime de harcèlement sexuel de la part d’un groupe de jeunes musulmans. La situation a rapidement dégénéré. En représailles, un jeune musulman a été tué par deux des frères de la jeune femme. Après quoi, les deux frères ont été lynchés par un groupe de musulmans… Les affrontements se sont étendus au cours des dernières semaines à tout le district de Muzaffarnagar, situé dans l’immense État de 200 millions d’habitants qu’est l’Uttar Pradesh. L’armée a déployé un millier de soldats pour contenir les émeutes.

    The Hindu s’est fendu d’un éditorial à ce sujet la semaine dernière, estimant qu’il s’agissait à l’évidence d’un «exemple classique de violence organisée», résultat de l’inaction policière et des manipulations politiciennes. On mesure avec inquiétude en Inde le risque que des explosions sanguines comme celle-là se multiplient au cours des prochains mois, comme le pays s’achemine vers les élections générales prévues pour le printemps 2014. «Alors que 2014 approche, constate le journal comme allant de soi, les partis politiques rivaux vont sûrement s’employer à exploiter le plus possible l’insécurité et les peurs des hindous et des musulmans.»

    Arrive Modi

    Horizon d’autant plus préoccupant que la direction du BJP (droite nationaliste) a officiellement décidé vendredi dernier de faire de Narendra Modi, figure politique très controversée, son candidat au poste de premier ministre en vue du prochain scrutin national. Une nomination qui était, du reste, tout sauf imprévisible. Modi, chef du gouvernement de l’État du Gujarat depuis 2002, est encensé à droite pour les succès de ses politiques néolibérales et pour son efficacité autoritaire dans un pays qui a incontestablement besoin qu’on y remette un peu d’ordre. Mais il est également très contesté, y compris même au sein du BJP, pour son implication documentée, mais jamais sanctionnée par la justice, dans les pogroms antimusulmans qui avaient fait un millier de morts en 2002 au Gujarat et dans sa capitale, Ahmedabad.

    Le Parti du Congrès ne se prive évidemment pas, ni ne se privera de l’attaquer sur ce flanc. En outre, les milieux intellectuels ont fait des sorties sans équivoque ces derniers temps contre un Modi dont ils exècrent l’absence de convictions laïques et d’esprit de tolérance. En juillet dernier, Amartya Sen, Nobel d’économie et commentateur volubile de la vie sociale indienne, a fait du bruit en déclarant qu’il ne voulait pas de Narendra Modi comme premier ministre parce que les minorités ne se sentiraient pas en sécurité sous sa gouverne et parce que son modèle économique était inadéquat, s’agissant d’améliorer l’accès aux soins de santé et à l’éducation. Aujourd’hui encore, rapporte l’agence Press Trust of India, U.R Ananthamurthy, un écrivain indien réputé qui écrit en kannada, a dénoncé Modi à son tour, déclarant qu’il «alimenterait la peur parmi les gens» s’il devenait premier ministre. «Je ne voudrais pas vivre, a-t-il déclaré, dans un pays dont Modi serait le premier ministre.»
     
     
     
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