La vie des autres
Shashi Tharoor, ministre d’État au Développement des ressources humaines et ancien haut diplomate onusien, twittait récemment avoir rencontré le président islandais Olafur Grimsson à Delhi pour un déjeuner de travail. « Il est rare, écrivait-il, de voir un chef d’État étranger si intéressé et s’y connaissant aussi bien au sujet de l’Inde. »
Et toc !
Ce qu’ils sont nombreux, se trouve à poliment signaler M. Tharoor, les politiciens étrangers qui rentrent chez eux d’une visite en Inde en faisant auprès de leur opinion publique comme s’ils s’y connaissaient tout à coup. Au royaume des aveugles, comme tout le monde sait, les borgnes sont rois.
Le commun des Indiens entretient une image fortement idéalisée de l’Occident. Ça s’explique, évidemment. Le Canada, en particulier, est sur un piédestal. Dites à cet Indien qu’il y a des mendiants dans les rues de Montréal et de Toronto, qu’au Québec, comme en Inde, éclatent des scandales de corruption, et il tombe carrément des nues, arrive à peine à vous croire.
À l’inverse, le commun des Occidentaux, à commencer par celui qui n’y a jamais mis les pieds, continue d’avoir tendance à cultiver au sujet de l’Inde une opinion pétrie de préjugés défavorables. À beaucoup, les Indiens « font peur ». Il y a là-dedans une part de complexe de supériorité qui se prend pour du jugement éclairé.
Les médias étrangers jouent leur rôle dans cette méconnaissance. Désinforment autant qu’ils informent.
Le viol collectif de décembre dernier, pour ne pas le nommer… A-t-on jamais autant parlé de l’Inde dans nos médias que depuis cet événement ? Le problème n’est pas qu’on en parle, c’est qu’on ne parle que de ça – résumant tout un pays à sa violence sexuelle, alors qu’il n’en a pas le monopole, qu’on se le dise. Ce qu’il en reste ? Une couverture qui se trouve finalement à alimenter les réflexes indophobes – l’Inde mal dégrossie, réduite à son insalubrité, ses fanatismes religieux, son système de caste, sa foule démesurée.


