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    L'Inde dans tous ses états

    L'Inde est en effervescence, se libéralise, sort de sa coquille. Mais encore? Au delà des indices de croissance, comment les Indiens vivent-ils cette mue - aux plans culturel, politique, environnemental?


    L’attentat d’Hyderabad, la suite

    23 février 2013 10h00 | Guy Taillefer | L'Inde dans tous ses états
    Mumbai – Le gouvernement indien a mis le doigt dans un engrenage dangereux, se sont inquiétés la plupart des observateurs, en donnant son feu vert à l’exécution, le 9 février dernier, du Cachemiri Afzal Guru, condamné à mort il y a dix ans pour son implication dans l’attaque spectaculaire du Parlement de Delhi, survenue en décembre 2001.

    Derrière cette attaque se trouvait le LeT, impénitente organisation extrémiste pakistanaise tenue responsable de nombre d’attentats commis en Inde. Suivant la pendaison de Guru, le chef du LeT, Hafiz Saeed, a juré de venger sa mort. La vengeance s’est accomplie vers 19 heures jeudi soir à Hyderabad dans le quartier de Dilsukhnagar, où deux bombes attachées à des bicyclettes ont fait 15 morts et plus de cent blessés. L’attentat porte la signature, disent les autorités, des Moudjahidines indiens (MI), «filiale» du LeT.

    Ici, tout le monde s’attend à d’autres vengeances. D’autant que des doutes sont exprimés sur la capacité des services de renseignements et de la police à savoir se coordonner pour les empêcher. À Delhi, le ministère de l’Intérieur a indiqué dans la foulée de l’attentat que ses services avaient eu vent des projets terroristes et qu’ils en avaient fait part aux autorités d’Hyderabad. Mais la surveillance policière n’a pas été renforcée sur le terrain.

    Dilsukhnagar est pourtant un quartier commercial et résidentiel, à prédominance hindoue, plusieurs fois ciblé par les organisations islamistes radicales depuis 1999. S’y manifestent depuis longtemps  des tensions communautaires, comme, au demeurant, Hyderabad abrite une importante minorité musulmane. En août 2007, plus de quarante personnes sont mortes dans l’explosion de deux bombes dans la capitale de l’Andhra Pradesh. Une bombe avait également été placée dans un lieu public de Dilsukhnagar, mais elle n’avait pas explosé.

    Procès inique?

    Il ne faut pas grand excuses au LeT, une organisation qui se bat pour le rattachement du Cachemire indien au Pakistan, pour commettre des attentats en Inde. Mais en l’occurrence, le gouvernement du premier ministre Manmohan Singh lui en a servi une sur un plateau.

    L’exécution d’Afzal Guru à Delhi a enragé les Cachemiris, beaucoup considérant qu’il n’a pas eu un procès juste. En 2005, la Cour suprême confirmait sa condamnation en estimant que seule une sentence de mort allait «satisfaire la conscience collective (indienne)». Sa pendaison est venue renforcer le sentiment au sein de la majorité musulmane dans la vallée du Cachemire, qui vit sous étroit contrôle militaire, qu’il est absolument vain d’attendre quelque justice que ce soit de la part de Delhi.

    Suivant son exécution, le Cachemire a été placé sous couvre-feu, la cinquantaine de journaux qui paraissent à Srinagar ont été interdits de publication pendant une semaine, alors qu’Internet et les réseaux de téléphonie cellulaire ont été bloqués.

    L’essayiste Arundhati Roy, jamais à court de superlatifs, avait estimé avant l’attentat de jeudi que cette pendaison créait «des retombées radioactives politiques dangereuses». Son papier dans l’édition d’Outlook de la semaine dernière est apocalyptique. Dans la revue Tehelka, en allusion à l’intifada cachemirienne de l’été 2010, un commentateur a écrit que Delhi s’exposait à «devoir écouter les pierres encore une fois».

    Politique communautariste

    Delhi sait évidemment qu’il joue avec le feu. En rejetant sa demande de clémence et en refusant de commuer la condamnation au gibet en prison à vie, le président de la République ne pouvait pas ne pas savoir que le gouvernement dont il relève allait s’aliéner un peu plus encore les Cachemiris. Aussi, beaucoup sont convaincus, et pas qu’au Cachemire, que le gouvernement Singh a agi par pur opportunisme électoral, question de se mettre en valeur auprès des électeurs de droite, à l’approche des élections générales du printemps 2014, face au BJP (le Parti du peuple indien) et de son populaire candidat présumé au poste de premier ministre, Narendra Modi. «Tout le monde sait qu’il a été pendu pour faire échec au BJP, écrit S.N.M. Abdi, éditeur adjoint chez Outlook. C’est la politique communautariste qui a coûté la vie à ce pauvre homme». Omar Abdullah, chef du gouvernement cachemirien, a mis en garde le «Centre» contre la tentation de la «pendaison sélective».

    Non moins dérangeant est le fait qu’il s’agissait de la deuxième exécution à se produire en Inde en moins de trois mois, signalant la fin du moratoire qu’observe le gouvernement sur l’application de la peine de mort depuis 2004. En novembre dernier, un autre musulman, le Pakistanais Ajmal Kasab, le seul survivant du commando qui a commis les attentats de Mumbai en 2008 (166 morts), a été conduit à la potence. Et on s’attend sous peu à d’autres exécutions.

    Si bien que pour la façon dont il a, ces dernières semaines, verrouillé les communications et renoué avec la pendaison, l’Inde fait un peu trop penser à la Chine.
     
     
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