Le bain et le train
Mumbai – Avait lieu dimanche le principal «holy dip» de la Mahakumbh Mela, ce rassemblement hindou plus grand que nature qui dure deux mois et qui n’a lieu qu’une fois tous les douze ans. Le soleil, la lune et Jupiter étant orientés de façon particulièrement propice à la rédemption des péchés, 30 millions d’hindouistes ont donc pris un bain là où, à Allahabad, en Uttar Pradesh, se rencontrent le Gange, la Yamuna et la – mythique – rivière Saraswati. Le troisième et dernier grand «bain sacré» a lieu vendredi prochain. Après quoi, les sadhus reprennent la route. On s’attend que la Mahakumbh, qui s’étire jusqu’en mars, attire au total 100 millions de personnes.
Pour autant, toutes les manchettes de la grande presse anglophone indienne de ce matin tournaient essentiellement autour de la quarantaine de fidèles morts dans une ruée qui s’est produite dimanche soir à la gare de trains d’Allahabad, alors que les gens inondaient les quais par dizaines de milliers pour rentrer à la maison. La police est montrée du doigt pour avoir tenté de contrôler la foule à coups de bâton…
Bref, la nouvelle «chaude» a complètement pris le dessus sur le méga-bain de purification.
Mark Tully, vieux journaliste indo-britannique, a écrit, en 1992, un livre intitulé No Full Stops in India, dans lequel il raconte le succès qu’avait eu la Melakumbh tenue en 1977 – il y a 36 ans – et parle du «mépris» que la presse anglophone toute à la défense de l’Inde laïque avait affiché face à l’événement. «Le journal le plus influent du pays, The Times of India, avait écrit un long papier rempli d’expressions, rappelle Tully, comme «obscurantisme», «dogmatisme religieux», «spectacle sans substance»… mais sans faire l’effort d’analyser ou même de décrire la piété de ces millions de personnes.»
Qu’est-ce qui a changé? En tout cas, Times of India publie justement ce matin, sur un ton complètement différent, une analyse au sujet du pèlerinage sous la plume très sérieuse de son blogueur Gautam Siddharth. La Mahakumbh, se pâme ce monsieur, est une célébration de l’«hindouisme éclectique», d’un hindouisme ouvert à la diversité des «croyances religieuses et sociétales» et situé «aux antipodes du monde monochrome et matérialiste»… Propos autrement moins condescendant, en effet. Il reste que, sauf erreur, la Mahakumbh 2013 n’a pas fait l’objet, malgré toute l’ampleur du phénomène, d’une couverture indienne particulièrement exhaustive.
Pour autant, toutes les manchettes de la grande presse anglophone indienne de ce matin tournaient essentiellement autour de la quarantaine de fidèles morts dans une ruée qui s’est produite dimanche soir à la gare de trains d’Allahabad, alors que les gens inondaient les quais par dizaines de milliers pour rentrer à la maison. La police est montrée du doigt pour avoir tenté de contrôler la foule à coups de bâton…
Bref, la nouvelle «chaude» a complètement pris le dessus sur le méga-bain de purification.
Mark Tully, vieux journaliste indo-britannique, a écrit, en 1992, un livre intitulé No Full Stops in India, dans lequel il raconte le succès qu’avait eu la Melakumbh tenue en 1977 – il y a 36 ans – et parle du «mépris» que la presse anglophone toute à la défense de l’Inde laïque avait affiché face à l’événement. «Le journal le plus influent du pays, The Times of India, avait écrit un long papier rempli d’expressions, rappelle Tully, comme «obscurantisme», «dogmatisme religieux», «spectacle sans substance»… mais sans faire l’effort d’analyser ou même de décrire la piété de ces millions de personnes.»
Qu’est-ce qui a changé? En tout cas, Times of India publie justement ce matin, sur un ton complètement différent, une analyse au sujet du pèlerinage sous la plume très sérieuse de son blogueur Gautam Siddharth. La Mahakumbh, se pâme ce monsieur, est une célébration de l’«hindouisme éclectique», d’un hindouisme ouvert à la diversité des «croyances religieuses et sociétales» et situé «aux antipodes du monde monochrome et matérialiste»… Propos autrement moins condescendant, en effet. Il reste que, sauf erreur, la Mahakumbh 2013 n’a pas fait l’objet, malgré toute l’ampleur du phénomène, d’une couverture indienne particulièrement exhaustive.


