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Harper et le déséquilibre fiscal

Jean-Robert Sansfaçon   18 janvier 2006 
Avec l'arrivée de Paul Martin au pouvoir, bien des gens ont cru que les rapports entre Ottawa et le Québec s'amélioreraient. À quelques jours d'élire un gouvernement conservateur sous la haute surveillance du Bloc québécois, les électeurs ont raison de souhaiter du changement tout en restant méfiants. Car s'il se dit ouvert à un règlement de l'épineuse question du déséquilibre fiscal, Stephen Harper n'a toujours pas précisé comment il s'y prendra.

Soucieux de se démarquer de son prédécesseur, le premier ministre Paul Martin avait entrepris son mandat rempli de bonnes intentions envers les provinces. Tout en niant l'existence d'un déséquilibre fiscal, M. Martin se disait prêt à discuter des «pressions financières» qui s'exerçaient sur les provinces. Ce qui fut fait dans quelques dossiers, comme la santé et la garde des enfants. Mais il ne fallut pas bien longtemps pour comprendre qu'un gouvernement Martin dirigerait le pays avec la même vision centralisatrice et unitaire que son prédécesseur, excluant tout règlement global de la question du déséquilibre financier avec les provinces.

Quelle déception pour le gouvernement libéral en poste à Québec, qui fondait l'espoir de redéfinir le fédéralisme au jour le jour grâce à la signature d'ententes dites asymétriques négociées avec le grand frère libéral, à Ottawa!

La probabilité de l'élection d'un gouvernement conservateur, lundi prochain, a de quoi réjouir les provinces réunies au sein du Conseil de la fédération. En effet, dans une lettre qu'il leur faisait parvenir il y a quelques jours, le chef Stephen Harper répète qu'il reconnaît l'existence d'un déséquilibre entre Ottawa et les provinces auquel il s'engage à faire face, «notamment [par] l'augmentation des paiements de transfert, la réduction de l'imposition fédérale et le transfert de points d'impôt». Et comme si ce n'était pas assez, M. Harper s'engage à revoir la péréquation et le soutien à l'éducation postsecondaire. En revanche, il ne faudra pas compter sur les sommes promises pour les garderies, les conservateurs ayant leur propre vision du rôle de l'État en la matière.

Après des années de refus obstiné de la part des libéraux, comment ne pas applaudir à autant de bonnes intentions? À croire que les conservateurs seraient vraiment décidés à «établir un nouveau type de fédéralisme d'ouverture»!

L'ennui, c'est qu'entre les mots et l'action, il faudra trouver les milliards nécessaires pour remplir toutes les autres promesses électorales à incidences financières. De surcroît, rien ne dit que la définition conservatrice du déséquilibre fiscal réponde aux aspirations spécifiques et historiques du Québec.

D'ici peu, un groupe consultatif du Conseil de la fédération publiera ses recommandations. Étant donné les divergences qui séparent Ottawa des provinces, mais aussi les provinces entre elles, les plus riches considérant qu'elles contribuent trop et les plus pauvres qu'elles ne reçoivent pas assez, on se demande comment un gouvernement Harper pourrait faire mieux que les libéraux.

Par ailleurs, n'oublions pas que pour Stephen Harper comme pour Paul Martin ou Jean Chrétien, toutes les provinces sont égales entre elles. Or, ce que demande le Québec depuis trente ans, c'est de pouvoir gérer ses propres affaires grâce à la juste part des impôts qui lui revient, sans ingérence de la part d'Ottawa.

Depuis l'échec de Meech, aucun gouvernement à Ottawa n'a voulu s'interdire d'utiliser son immense pouvoir de dépenser pour s'immiscer dans les domaines de compétence provinciale. Advenant l'élection d'un gouvernement conservateur, il apparaît évident que la présence d'une forte délégation du Bloc québécois sera le meilleur moyen de s'assurer que la vision Harper du Canada s'adaptera à celle des Québécois, et non l'inverse.

j-rsansfacon@ledevoir.com






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  • Georges Paquet
    Abonné
    mercredi 18 janvier 2006 04h46
    Harper et le déséquilibre fiscal - 18 janvier 2006
    « Votre éditorial est intéressant. Je trouve cependant que vous trompez vos lecteurs en laissant entendre que le Bloc québecois travaillera dans le sens de la réussite du système fédéral aux yeux des Québecois en appuyant le travail de M. Harper vers des relations plus harmonieuses entre le gouvernement central et les provinces. Est-ce que le Bloc aurait changé de crédo? Est-ce que vous croyez que le règlement du déséquilibre fiscal facilitera le travail de MM Duceppe et Boisclair en marche vers un prochain referendum? J'apprécierais bien un peu d'éclaircissement S.V.P.

    Georges Paquet »

  • Claude Gendron
    Abonné
    mercredi 18 janvier 2006 08h13
    Déséquilibre fiscal et dette permanente!?!
    « N'étant ni économiste, ni financier, comme la majorité de la population, j'ai du mal à comprendre les questions de finance, mais, citoyen moyen, je demeure quand même parmi les contribuables et électeurs qui ploient sous les impôts et les taxes.

    Quand on parle de dette, privée ou publique, on pense aussi aux bailleurs de fonds : ceux qui disposent de l'argent, le leur ou celui des autres, pour s'enrichir, notamment les banquiers, les chefs d'entreprises financières ou d'affaires, etc. Sans doute, ces sbires rendent « service » à la société (s'entend la société en générale mais surtout leurs propres sociétés).

    J'essaie cependant de comprendre l'attitude de ces gens et de leurs fidèles serviteurs, les politiciens : « Combien de fois faut-il remettre à ces sbires, sous forme d'intérêts payés ou accumulés - l'intérêt devenant en ce cas principal -, la valeur des sommes empruntées pour que, finalement, la dette originale soit considérée entièrement remboursée ? Deux, trois, quatre, cinq, dix fois, ou jamais ? Sommes-nous toujours à l'époque de Séraphin ou, pire encore, est-ce un effet du néolibéralisme ? Qu'est-ce que l'honnêteté en affaires ? À quoi servent les talents que chacun reçoit ? À s'enrichir personnellement ou en petits groupes, ou à contribuer d'abord, dans la mesure des talents reçus, au bien-être de la société, notamment des moins biens nantis, dans un esprit de solidarité humaine ? Cela vaut également pour les pays riches qui exploitent systématiquement les pays pauvres, dits « en voie de développement » (ça donne bonne conscience!). Suis-je trop obtus ou trop généreux ? À moins que ce ne soit de l'innocence ? Où se situe l'équilibre ? »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 18 janvier 2006 12h49
    Illusions?
    « Il est difficile de souscrire sans plus à la conclusion de l'article de Jean-Robert Sansfaçon «Advenant l'élection d'un gouvernement conservateur, il apparaît évident que la présence d'une forte délégation du Bloc québécois sera le meilleur moyen de s'assurer que la vision Harper du Canada s'adaptera à celle des Québécois, et non l'inverse.» En effet, quel que soit le nombre de ses représentants, le Bloc ne sera qu'un parti d'opposition qui ne pourra contrer les décisions d'un gouvernement conservateur majoritaire qu'en poussant des hauts cris. Et l'expérience des gouvernements antérieurs a montré que cela ne suffit pas à changer le cours des choses, lorsqu'un gouvernement majoritaire est résolu à aller de l'avant.

    Le seul cas de figure où le Bloc pourrait réellement influer sur les décisions de S. Harper, c'est celui où le gouvernement conservateur serait minoritaire et serait appuyé par le Bloc, en dépit des attaques que G. Duceppe a récemment portées contre ce parti.
    Il serait bon aussi de relire l'article de Jean-François Caron, dans Le Devoir du 12 janvier dernier, intitulé « Stephen Harper et la négation de la nation québécoise ». Les convictions de S. Harper y sont clairement exprimées dans les citations de plusieurs de ses discours. On voit mal comment le Bloc, grandement ou petitement représenté, pourrait le faire changer d'avis, si ce n'est dans l'hypothèse d'un gouvernement minoritaire ayant son appui.

    Et l'on peut citer aussi ces quelques lignes de l'article de J.-F. Sansfaçon, dans l'édition du 13 janvier, intitulé «Happer et votre argent » : «L'ennui, c'est qu'entre les mots et l'action, il faudra trouver les milliards nécessaires pour remplir toutes les autres promesses électorales à incidences financières. De surcroît, rien ne dit que la définition conservatrice du déséquilibre fiscal réponde aux aspirations spécifiques et historiques du Québec.» Alors, le déséquilibre fiscal.

    Il vaudrait mieux ne pas se faire trop d'illusions sur les politiques de S, Harper relatives au Québec et sur le poids d'un Bloc, massif ou non. »

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