Gilles Duceppe au Devoir - Miser sur les nouveaux Québécois
Photo : Jacques Nadeau
C’est un Gilles Duceppe extrêmement prudent devant la montée des conservateurs que Le Devoir a rencontré hier.
S'il a remisé le ton triomphaliste qui l'avait amené à évoquer le seuil symbolique de plus de 50 % des voix avant les fêtes, le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe n'est pas peu fier des percées de son parti auprès des Québécois issus de l'immigration.
Depuis le début de la campagne, Gilles Duceppe profite de presque tous ses séjours à Montréal pour courtiser les Québécois issus de l'immigration, mettant en avant ses candidats de différentes origines ethniques. Le Bloc a bon espoir que ses efforts porteront leurs fruits dans l'urne lundi dans certaines circonscriptions montréalaises.
«Cela me tient particulièrement à coeur, parce que, dans le mouvement souverainiste, cela n'a pas toujours été facile de soulever des débats sur l'identité québécoise. J'en ai mangé des maudites. Certains disaient que c'était de l'enculage de mouche», a confié le leader souverainiste, qui rencontrait l'équipe du Devoir hier.
Sa formation présente aujourd'hui plusieurs candidats issus de l'immigration, tels que Vivian Barbot (Papineau), Maria Mourani (Ahuntsic), Maka Kotto (Saint-Lambert), Apraham Niziblian (Bourassa), May Chiu (LaSalle-Émard)... Plusieurs représentants de communautés culturelles ont aussi apporté leur appui au Bloc, notamment au sein des communautés arabe, chinoise et haïtienne. «C'est assez historique. [...]
Cela, c'est drôlement faire oeuvre utile pour le Québec [...] Il y a un mouvement qui se fait. Est-ce que ce sera majoritaire, je ne sais pas», a déclaré M. Duceppe.
«Il y a des gens qui me disent actuellement "on n'est pas encore souverainiste, on n'est pas souverainiste, mais c'est avec vous qu'on va être, le Bloc. On n'est plus avec les libéraux". Ils ne vont pas avec les conservateurs, parce qu'ils ne se reconnaissent pas dans cette orientation très différente des valeurs de solidarité du Québec. C'est une tendance qui se dessine drôlement», observe Gilles Duceppe.
Le chef souverainiste précise qu'il ne voulait pas adopter, avec les Québécois issus de l'immigration, l'attitude d'un «vendeur de chars usagés», mais plutôt s'intéresser à leurs problèmes. Il cite en exemple la communauté kabyle, qu'il rencontrait samedi soir, où le taux de chômage est trois fois plus élevé que dans le reste de la population en dépit du fait que la moitié d'entre eux détiennent un diplôme universitaire.
«Le Québec change, il faut être à l'enseigne du changement. Il ne faut pas créer des problèmes qui fassent que ces gens-là se sentent exclus», croit le chef du Bloc.
Les conservateurs: «un gros risque»
Le Gilles Duceppe du retour des fêtes contraste avec celui de la première phase de la campagne électorale, qui évoquait la possibilité de franchir le seuil symbolique de 50 % plus un, jamais atteint par une formation souverainiste. La prudence semble maintenant de mise alors que des courses à trois se profilent à l'horizon dans plusieurs circonscriptions.
«J'ai toujours dit que je voulais faire mieux [qu'en 2004]. Cela veut dire faire plus que 54 députés et plus que 48,8 %», assure maintenant le chef bloquiste, alors que le Parti conservateur semble en mesure de faire des gains au Québec.
La charge de Stephen Harper qui affirmait en fin de semaine que le Bloc condamnait les Québécois à être «dans les estrades» et «ne pourrait faire avancer aucun dossier» l'a piqué au vif. «La démocratie, si ce n'était que le pouvoir, on ferme les parlements. Ce n'est pas très démocratique», a lancé M. Duceppe. Il cite une panoplie de dossiers où la contribution du Bloc a été significative, comme la loi anti-gang, l'appui à l'industrie aéronautique, les garanties de prêts dans l'industrie forestière, les mesures pour atténuer les effets de la hausse vertigineuse du coût du pétrole...
Le chef bloquiste se montre très circonspect quand vient le temps de commenter la montée conservatrice au Québec, précisant que les sondages doivent s'analyser circonscription par circonscription. Les Québécois ont «le choix entre une valeur sûre et un parti qui me semble dépassé — les libéraux —, puis un autre qui représente un gros risque et non pas un beau risque», a-t-il résumé en paraphrasant l'expression de René Lévesque lorsqu'il qualifiait en 1984 l'alliance entre les nationalistes québécois et les conservateurs.
Le volonté d'ouverture de Stephen Harper à l'égard du Québec, notamment quant au déséquilibre fiscal et à la représentation au sein des instances internationales, ne relève encore que du discours aux yeux de Gilles Duceppe. Il rappelle que le Parti conservateur s'était opposé, il y a quelques semaines, à une motion accordant davantage de place dans la négociation de traités internationaux dans les champs de compétence du Québec.
«C'est une chose de dire qu'on va régler le déséquilibre fiscal, c'en est une autre d'avancer des mesures. Nous sommes le seul parti qui, dans son cadre financier, avance des mesures concrètes sur cela», a ajouté M. Duceppe.
S'il évite de discuter de l'issue du vote dans le reste du Canada, M. Duceppe reconnaît néanmoins qu'un gouvernement minoritaire rendrait «le rôle du Bloc d'autant plus important». «Les gens disent qu'on est inutiles. Eh bien, avec un gouvernement minoritaire, c'est drôle, ils doivent en tenir compte un peu plus dans la mesure où ils veulent rester», a-t-il déclaré.
Le déséquilibre fiscal figurerait alors en tête de liste des priorités du Bloc québécois dans la négociation des lignes du discours du trône, avec la hausse des paiements de transferts en éducation post-secondaire et l'amélioration des prestation d'assurance-emploi. Il reconnaît cependant que le déséquilibre fiscal ne peut se régler «automatiquement d'un coup de baguette». «Il faut prendre le temps. Mais il faut poser des gestes dès le départ», a affirmé M. Duceppe en évoquant une éventuelle hausse des paiements de transfert en éducation post-secondaire dans le premier budget et une proposition de «négociations sérieuses» avec les provinces.
D'ici au jour encore hypothétique où il négocierait avec un gouvernement conservateur, le chef bloquiste se révèle un fervent partisan du joueur de baseball Yogi Berra — qu'il cite souvent — et de sa célèbre maxime: «Ce n'est pas fini, tant que ce n'est pas fini.»
Depuis le début de la campagne, Gilles Duceppe profite de presque tous ses séjours à Montréal pour courtiser les Québécois issus de l'immigration, mettant en avant ses candidats de différentes origines ethniques. Le Bloc a bon espoir que ses efforts porteront leurs fruits dans l'urne lundi dans certaines circonscriptions montréalaises.
«Cela me tient particulièrement à coeur, parce que, dans le mouvement souverainiste, cela n'a pas toujours été facile de soulever des débats sur l'identité québécoise. J'en ai mangé des maudites. Certains disaient que c'était de l'enculage de mouche», a confié le leader souverainiste, qui rencontrait l'équipe du Devoir hier.
Sa formation présente aujourd'hui plusieurs candidats issus de l'immigration, tels que Vivian Barbot (Papineau), Maria Mourani (Ahuntsic), Maka Kotto (Saint-Lambert), Apraham Niziblian (Bourassa), May Chiu (LaSalle-Émard)... Plusieurs représentants de communautés culturelles ont aussi apporté leur appui au Bloc, notamment au sein des communautés arabe, chinoise et haïtienne. «C'est assez historique. [...]
Cela, c'est drôlement faire oeuvre utile pour le Québec [...] Il y a un mouvement qui se fait. Est-ce que ce sera majoritaire, je ne sais pas», a déclaré M. Duceppe.
«Il y a des gens qui me disent actuellement "on n'est pas encore souverainiste, on n'est pas souverainiste, mais c'est avec vous qu'on va être, le Bloc. On n'est plus avec les libéraux". Ils ne vont pas avec les conservateurs, parce qu'ils ne se reconnaissent pas dans cette orientation très différente des valeurs de solidarité du Québec. C'est une tendance qui se dessine drôlement», observe Gilles Duceppe.
Le chef souverainiste précise qu'il ne voulait pas adopter, avec les Québécois issus de l'immigration, l'attitude d'un «vendeur de chars usagés», mais plutôt s'intéresser à leurs problèmes. Il cite en exemple la communauté kabyle, qu'il rencontrait samedi soir, où le taux de chômage est trois fois plus élevé que dans le reste de la population en dépit du fait que la moitié d'entre eux détiennent un diplôme universitaire.
«Le Québec change, il faut être à l'enseigne du changement. Il ne faut pas créer des problèmes qui fassent que ces gens-là se sentent exclus», croit le chef du Bloc.
Les conservateurs: «un gros risque»
Le Gilles Duceppe du retour des fêtes contraste avec celui de la première phase de la campagne électorale, qui évoquait la possibilité de franchir le seuil symbolique de 50 % plus un, jamais atteint par une formation souverainiste. La prudence semble maintenant de mise alors que des courses à trois se profilent à l'horizon dans plusieurs circonscriptions.
«J'ai toujours dit que je voulais faire mieux [qu'en 2004]. Cela veut dire faire plus que 54 députés et plus que 48,8 %», assure maintenant le chef bloquiste, alors que le Parti conservateur semble en mesure de faire des gains au Québec.
La charge de Stephen Harper qui affirmait en fin de semaine que le Bloc condamnait les Québécois à être «dans les estrades» et «ne pourrait faire avancer aucun dossier» l'a piqué au vif. «La démocratie, si ce n'était que le pouvoir, on ferme les parlements. Ce n'est pas très démocratique», a lancé M. Duceppe. Il cite une panoplie de dossiers où la contribution du Bloc a été significative, comme la loi anti-gang, l'appui à l'industrie aéronautique, les garanties de prêts dans l'industrie forestière, les mesures pour atténuer les effets de la hausse vertigineuse du coût du pétrole...
Le chef bloquiste se montre très circonspect quand vient le temps de commenter la montée conservatrice au Québec, précisant que les sondages doivent s'analyser circonscription par circonscription. Les Québécois ont «le choix entre une valeur sûre et un parti qui me semble dépassé — les libéraux —, puis un autre qui représente un gros risque et non pas un beau risque», a-t-il résumé en paraphrasant l'expression de René Lévesque lorsqu'il qualifiait en 1984 l'alliance entre les nationalistes québécois et les conservateurs.
Le volonté d'ouverture de Stephen Harper à l'égard du Québec, notamment quant au déséquilibre fiscal et à la représentation au sein des instances internationales, ne relève encore que du discours aux yeux de Gilles Duceppe. Il rappelle que le Parti conservateur s'était opposé, il y a quelques semaines, à une motion accordant davantage de place dans la négociation de traités internationaux dans les champs de compétence du Québec.
«C'est une chose de dire qu'on va régler le déséquilibre fiscal, c'en est une autre d'avancer des mesures. Nous sommes le seul parti qui, dans son cadre financier, avance des mesures concrètes sur cela», a ajouté M. Duceppe.
S'il évite de discuter de l'issue du vote dans le reste du Canada, M. Duceppe reconnaît néanmoins qu'un gouvernement minoritaire rendrait «le rôle du Bloc d'autant plus important». «Les gens disent qu'on est inutiles. Eh bien, avec un gouvernement minoritaire, c'est drôle, ils doivent en tenir compte un peu plus dans la mesure où ils veulent rester», a-t-il déclaré.
Le déséquilibre fiscal figurerait alors en tête de liste des priorités du Bloc québécois dans la négociation des lignes du discours du trône, avec la hausse des paiements de transferts en éducation post-secondaire et l'amélioration des prestation d'assurance-emploi. Il reconnaît cependant que le déséquilibre fiscal ne peut se régler «automatiquement d'un coup de baguette». «Il faut prendre le temps. Mais il faut poser des gestes dès le départ», a affirmé M. Duceppe en évoquant une éventuelle hausse des paiements de transfert en éducation post-secondaire dans le premier budget et une proposition de «négociations sérieuses» avec les provinces.
D'ici au jour encore hypothétique où il négocierait avec un gouvernement conservateur, le chef bloquiste se révèle un fervent partisan du joueur de baseball Yogi Berra — qu'il cite souvent — et de sa célèbre maxime: «Ce n'est pas fini, tant que ce n'est pas fini.»
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