Le meilleur et le pire
Bernard Descôteaux
14 janvier 2006
Stephen Harper a repris la méthode qui avait fait le succès de Jean Chrétien lors de la campagne électorale de 1993. Comme les libéraux, qui avaient alors consigné leurs engagements dans un «livre rouge», le chef conservateur a depuis hier son «livre bleu», qui renferme l'ensemble de ses promesses électorales. Le programme est ambitieux et, s'il devait être appliqué intégralement, pourrait transformer radicalement la politique canadienne.
Comme l'avait fait à l'époque Jean Chrétien — qui, ô ironie, s'était reposé sur Paul Martin pour rédiger son «livre rouge» —, Stephen Harper cherche à nous montrer que son parti a fait ses classes au cours de ses années d'opposition. C'est une façon de dire: «On est prêt». En lisant les 48 pages de ce document, on se convainc que le slogan «Changeons pour vrai» n'est pas creux. Il n'y a pas une pierre qu'on ne cherchera pas à retourner.
La première de ces pierres est celle de l'imputabilité. Le ménage que Stephen Harper se propose de faire sera rigoureux, dans tous les sens du mot. Pas une seule politique n'échappera à l'examen d'un gouvernement conservateur, qui adoptera par ailleurs des correctifs d'une rare sévérité. Quelques exemples: les dons aux partis politiques seront réservés strictement aux individus pour un montant maximum de 1000 $; ministres, attachés politiques et hauts fonctionnaires ne pourront pas exercer de lobbyisme auprès du gouvernement au cours des cinq années qui suivront la fin de leurs fonctions; l'attribution des contrats de publicité et de sondages sera soumise à un processus d'adjudication; un poste de vérificateur de la passation des marchés sera créé; les pouvoirs du vérificateur général seront renforcés.
Les engagements conservateurs en matière d'imputabilité sont évidemment une réponse au scandale des commandites. Ici, Stephen Harper se démarque nettement de Paul Martin qui, en cette matière, a choisi d'attendre les recommandations que lui fera le juge John Gomery dans la deuxième partie de son rapport, qui sera déposée en février. À cet égard, il faut accorder une bonne note au chef conservateur, d'autant plus qu'avec un tel programme, on peut être à peu près certain que ses députés ne se précipiteront pas vers l'assiette au beurre s'ils l'emportent le 23 janvier.
On retrouve par ailleurs dans ce document l'engagement des conservateurs à ne pas adopter de loi pour interdire l'avortement et une profession de foi à l'égard de la Loi sur les langues officielles. Les ambiguïtés qu'entretenait le Parti conservateur sur ces deux sujets avaient contribué à sa défaite aux élections de 2004. Il faut prendre acte de ces clarifications, qui font partie de celles qui viennent adoucir l'image de ce parti.
En rédigeant ce compendium des politiques de son éventuel gouvernement, Stephen Harper a cherché à présenter un spectre de politiques qui rejoindront les intérêts du plus grand nombre. Il cherche à répondre aux préoccupations de la majorité des gens avec des mesures qui lui attireront des votes, mais force est d'observer que les principes qui les inspirent demeurent ancrés à droite. C'est le cas sur le plan de la fiscalité et dans le domaine social, comme l'illustre bien l'abandon du programme national de garderies au profit d'un soutien direct aux parents. Il en est de même pour les mesures en matière de sécurité, tant intérieure qu'extérieure. Il y aura plus de policiers dans les rues, plus de gens en prison, plus de gardes aux frontières, plus d'espions et plus de militaires.
Le meilleur et le pire se retrouvent dans ce «livre bleu» que Stephen Harper présentera comme une référence rassurante en ce qui concerne ses intentions. Tout est là, dira-t-il, mais il ne faudra pas le croire sans réserve. En effet, sur au moins deux sujets qui préoccupent au plus haut point les Canadiens, soit la participation au bouclier spatial américain et la mise en oeuvre du protocole de Kyoto, ce document est silencieux. Il y a des choses qu'on n'apprendra que plus tard, après les élections.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Comme l'avait fait à l'époque Jean Chrétien — qui, ô ironie, s'était reposé sur Paul Martin pour rédiger son «livre rouge» —, Stephen Harper cherche à nous montrer que son parti a fait ses classes au cours de ses années d'opposition. C'est une façon de dire: «On est prêt». En lisant les 48 pages de ce document, on se convainc que le slogan «Changeons pour vrai» n'est pas creux. Il n'y a pas une pierre qu'on ne cherchera pas à retourner.
La première de ces pierres est celle de l'imputabilité. Le ménage que Stephen Harper se propose de faire sera rigoureux, dans tous les sens du mot. Pas une seule politique n'échappera à l'examen d'un gouvernement conservateur, qui adoptera par ailleurs des correctifs d'une rare sévérité. Quelques exemples: les dons aux partis politiques seront réservés strictement aux individus pour un montant maximum de 1000 $; ministres, attachés politiques et hauts fonctionnaires ne pourront pas exercer de lobbyisme auprès du gouvernement au cours des cinq années qui suivront la fin de leurs fonctions; l'attribution des contrats de publicité et de sondages sera soumise à un processus d'adjudication; un poste de vérificateur de la passation des marchés sera créé; les pouvoirs du vérificateur général seront renforcés.
Les engagements conservateurs en matière d'imputabilité sont évidemment une réponse au scandale des commandites. Ici, Stephen Harper se démarque nettement de Paul Martin qui, en cette matière, a choisi d'attendre les recommandations que lui fera le juge John Gomery dans la deuxième partie de son rapport, qui sera déposée en février. À cet égard, il faut accorder une bonne note au chef conservateur, d'autant plus qu'avec un tel programme, on peut être à peu près certain que ses députés ne se précipiteront pas vers l'assiette au beurre s'ils l'emportent le 23 janvier.
On retrouve par ailleurs dans ce document l'engagement des conservateurs à ne pas adopter de loi pour interdire l'avortement et une profession de foi à l'égard de la Loi sur les langues officielles. Les ambiguïtés qu'entretenait le Parti conservateur sur ces deux sujets avaient contribué à sa défaite aux élections de 2004. Il faut prendre acte de ces clarifications, qui font partie de celles qui viennent adoucir l'image de ce parti.
En rédigeant ce compendium des politiques de son éventuel gouvernement, Stephen Harper a cherché à présenter un spectre de politiques qui rejoindront les intérêts du plus grand nombre. Il cherche à répondre aux préoccupations de la majorité des gens avec des mesures qui lui attireront des votes, mais force est d'observer que les principes qui les inspirent demeurent ancrés à droite. C'est le cas sur le plan de la fiscalité et dans le domaine social, comme l'illustre bien l'abandon du programme national de garderies au profit d'un soutien direct aux parents. Il en est de même pour les mesures en matière de sécurité, tant intérieure qu'extérieure. Il y aura plus de policiers dans les rues, plus de gens en prison, plus de gardes aux frontières, plus d'espions et plus de militaires.
Le meilleur et le pire se retrouvent dans ce «livre bleu» que Stephen Harper présentera comme une référence rassurante en ce qui concerne ses intentions. Tout est là, dira-t-il, mais il ne faudra pas le croire sans réserve. En effet, sur au moins deux sujets qui préoccupent au plus haut point les Canadiens, soit la participation au bouclier spatial américain et la mise en oeuvre du protocole de Kyoto, ce document est silencieux. Il y a des choses qu'on n'apprendra que plus tard, après les élections.
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