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Noël Audet et la langue québécoise

Jean-Pierre Audet - Frère de l'écrivain  13 janvier 2006 
Les journaux ont suffisamment souligné le décès de Noël Audet, le 29 décembre 2005, pour que je ne sente pas le besoin d'y revenir comme événement. Ce que j'aimerais rappeler ici, c'est la lutte pour la reconnaissance de la langue québécoise dont il avait fait une profession.

Il était un homme de conviction comme j'en ai rarement rencontré. Et s'il est une conviction dont il n'a jamais dérogé, c'est bien celle du droit que nous avons au Québec de faire avec la langue française ce que les Latinos ont fait avec les langues espagnole et portugaise: des langues distinctes et reconnues internationalement comme telles.

Dans Le Devoir du 5 décembre 2005, Sébastien Barangé relate sa rencontre avec Alain Rey à l'occasion de la sortie du Dictionnaire culturel en langue française. Ce grand concepteur de dictionnaires n'hésite pas à proclamer que «le Québec a droit à sa propre norme, et ce n'est pas la peine de se raccrocher aux règles de l'Académie française». Il est frappant de voir à quel point Alain Rey, que Le Devoir qualifie de «maître des mots», rejoint ce que Noël Audet a enseigné, vécu et proclamé durant toute sa carrière d'écrivain et de professeur en création littéraire.

Dans son essai Écrire de la fiction au Québec, publié d'abord chez Québec/Amérique en 1990 et réédité chez XYZ en 2005, l'auteur insiste sur l'importance de donner à la langue québécoise, tant parlée qu'écrite, une personnalité propre, distincte de la langue française telle qu'elle est pratiquée en France. Il reconnaît que ce dont il est question ici, c'est «non pas la langue parisienne, ni le joual, mais la langue française du Québec».

Une telle conviction aussi clairement proclamée ne lui a pas facilité l'écriture, si je peux me permettre de nommer ainsi ce qui a été, avec l'amour et l'amitié, ses trois grandes passions. À chaque nouvelle entreprise littéraire, il m'expliquait ses motivations. Comme le disait Alain Rey: «Les mots, ça bouge.» Noël Audet pensait la même chose. Dans chacun de ses romans, il s'appliquait à rendre compte non seulement de l'évolution des mots eux-mêmes mais aussi des diverses façons d'exprimer la vie selon la culture qui porte l'écrivain.

Il était d'abord gaspésien, ensuite québécois, enfin canadien. C'était bien lui: convaincu que la littérature est incarnée dans une nation bien enracinée dans son coin de terre et qui se doit de respecter la diversité culturelle.



Un conteur d'écriture

Les grands thèmes littéraires sont partout les mêmes: la vie, l'amour, la mort, la solitude, l'injustice. Mais Noël Audet savait rendre «de chez nous» ces grands thèmes universels. Non seulement, selon lui, un Québécois ne les exprime pas comme un Français ou un Américain mais, à l'intérieur même du Québec, il était convaincu qu'un Gaspésien ne s'exprime pas comme un Beauceron ou un natif de Chicoutimi ou de Saint-Élie-de-Caxton, bien que l'humour, nous le constatons de plus en plus, soit le grand rassembleur de chacune de nos régions.

Tout comme Fred Pellerin est maintenant un conteur de parole, Noël Audet était un conteur d'écriture dès la publication de son premier roman, Quand la voile faseille. Et la particularité des conteurs, c'est de savoir donner aux mots une épaisseur bien spéciale, celle d'un milieu à taille humaine où les traits de caractère sont grossis, mais toujours dans le but de nous faire pénétrer dans l'intimité de l'âme.

Il n'est pas de plus bel apprentissage pour un romancier que de commencer par être un conteur pour faire apprécier les gens qu'il aime, ceux de son terroir. C'est ce qu'a réalisé Noël Audet, au grand plaisir d'abord des membres de sa famille, ensuite des Gaspésiens, enfin des Québécois, qui retrouvent dans son cheminement leur propre questionnement sur la vie, l'amour et la mort.

Nous le pleurons, mais nous savons qu'il nous est déjà redonné dans son oeuvre.
 
 
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