Pied de nez iranien
Serge Truffaut
11 janvier 2006
L'Iran a levé les scellés de ses centres de recherche nucléaire. Le but recherché? Provoquer ou plutôt forcer la communauté internationale à faire son lit sur la question. Le gouvernement de Téhéran ayant franchi le point de non-retour, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) devrait saisir le Conseil de sécurité du dossier.
Si le cadre juridique qui balise l'exercice nucléaire est respecté par les autorités concernées, celles-ci n'auront d'autre choix que de soumettre le cas iranien au Conseil de sécurité afin que soient imposées des sanctions économiques. Mais voilà, comme la somme des intérêts politiques divergents dépasse de loin la logique légale afférente, il est peu vraisemblable que cela arrive. Reprenons à zéro.
Parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, trois devraient normalement être enclins à soumettre des sanctions qui, dans un premier temps, auraient un caractère exclusivement économique. On l'aura deviné, il s'agit de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Dans le cas des deux premiers, on se souviendra qu'avec l'Allemagne ils forment une troïka chargée depuis plus de deux ans de négocier l'abandon par l'Iran de ses ambitions nucléaires à des fins militaires en échange d'une ouverture commerciale et d'un certain soutien en politique internationale. Au vu des résultats obtenus, il serait temps que les acteurs concernés conviennent que le travail accompli s'avère un échec et usent du relais à leur disposition, soit évidemment l'ONU.
Au sein de cette institution, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis feront face à un obstacle de taille: les veto que ne manqueront pas de brandir la Chine et surtout la Russie. La première parce que l'Iran la gave de pétrole, la seconde parce que l'Iran est un partenaire commercial d'une grande importance à qui elle fournit assistance nucléaire, voire construit une centrale, en plus de la doter en missiles à longue portée. Pas plus tard qu'en décembre, Moscou a convenu de vendre près de trente de ces engins capables de parcourir une distance qui inquiète l'Égypte, Israël, l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan. La mansuétude de Moscou à l'endroit de Téhéran a une explication et une seule. Pour les maîtres du Kremlin, l'Iran faisant partie de sa sphère d'influence, il peut être un allié dans les jeux géopolitiques qui secouent la région.
À ce propos, certains faits doivent être soulignés. À la faveur des guerres en Afghanistan et en Irak, l'armée américaine a pris pied non seulement dans ces pays mais également dans certaines républiques d'Asie centrale autrefois dirigées par Moscou. Depuis cette intrusion des Américains un peu partout dans une région longtemps dominée par les Russes, ces derniers sont passablement agacés.
D'où, pour revenir au sujet qui nous occupe aujourd'hui, la proposition formulée l'an dernier par le président Poutine consistant à découpler la production du nucléaire. Plus précisément, il s'agirait d'assister les scientifiques iraniens dans tel nombre de fonctions en territoire iranien mais de laisser aux Russes la responsabilité des activités les plus critiques en territoire russe. Téhéran a dit non à Poutine mais sans jamais fermer la porte afin éventuellement de changer ce non par un oui mais.
Si on a bien compris les méandres des relations russo-iraniennes, ce changement a été effectué ces jours-ci. Simultanément à la levée des scellés, une rencontre entre représentants russes et iraniens a été fixée pour le mois prochain. Désormais, on peut envisager ceci: les membres de la troïka vont se retrouver dans le placard des fiascos, les États-Unis vont grogner, les Russes vont se frotter les mains et, surtout, l'Iran va gagner de ce temps si précieux pour la poursuite de son objectif ultime: la bombe. La bombe entre des mains fascistes et qui plus est fébriles...
Si le cadre juridique qui balise l'exercice nucléaire est respecté par les autorités concernées, celles-ci n'auront d'autre choix que de soumettre le cas iranien au Conseil de sécurité afin que soient imposées des sanctions économiques. Mais voilà, comme la somme des intérêts politiques divergents dépasse de loin la logique légale afférente, il est peu vraisemblable que cela arrive. Reprenons à zéro.
Parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, trois devraient normalement être enclins à soumettre des sanctions qui, dans un premier temps, auraient un caractère exclusivement économique. On l'aura deviné, il s'agit de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Dans le cas des deux premiers, on se souviendra qu'avec l'Allemagne ils forment une troïka chargée depuis plus de deux ans de négocier l'abandon par l'Iran de ses ambitions nucléaires à des fins militaires en échange d'une ouverture commerciale et d'un certain soutien en politique internationale. Au vu des résultats obtenus, il serait temps que les acteurs concernés conviennent que le travail accompli s'avère un échec et usent du relais à leur disposition, soit évidemment l'ONU.
Au sein de cette institution, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis feront face à un obstacle de taille: les veto que ne manqueront pas de brandir la Chine et surtout la Russie. La première parce que l'Iran la gave de pétrole, la seconde parce que l'Iran est un partenaire commercial d'une grande importance à qui elle fournit assistance nucléaire, voire construit une centrale, en plus de la doter en missiles à longue portée. Pas plus tard qu'en décembre, Moscou a convenu de vendre près de trente de ces engins capables de parcourir une distance qui inquiète l'Égypte, Israël, l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan. La mansuétude de Moscou à l'endroit de Téhéran a une explication et une seule. Pour les maîtres du Kremlin, l'Iran faisant partie de sa sphère d'influence, il peut être un allié dans les jeux géopolitiques qui secouent la région.
À ce propos, certains faits doivent être soulignés. À la faveur des guerres en Afghanistan et en Irak, l'armée américaine a pris pied non seulement dans ces pays mais également dans certaines républiques d'Asie centrale autrefois dirigées par Moscou. Depuis cette intrusion des Américains un peu partout dans une région longtemps dominée par les Russes, ces derniers sont passablement agacés.
D'où, pour revenir au sujet qui nous occupe aujourd'hui, la proposition formulée l'an dernier par le président Poutine consistant à découpler la production du nucléaire. Plus précisément, il s'agirait d'assister les scientifiques iraniens dans tel nombre de fonctions en territoire iranien mais de laisser aux Russes la responsabilité des activités les plus critiques en territoire russe. Téhéran a dit non à Poutine mais sans jamais fermer la porte afin éventuellement de changer ce non par un oui mais.
Si on a bien compris les méandres des relations russo-iraniennes, ce changement a été effectué ces jours-ci. Simultanément à la levée des scellés, une rencontre entre représentants russes et iraniens a été fixée pour le mois prochain. Désormais, on peut envisager ceci: les membres de la troïka vont se retrouver dans le placard des fiascos, les États-Unis vont grogner, les Russes vont se frotter les mains et, surtout, l'Iran va gagner de ce temps si précieux pour la poursuite de son objectif ultime: la bombe. La bombe entre des mains fascistes et qui plus est fébriles...
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

