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    Débat des chefs en anglais - Coup d’éclat de Martin

    Le premier ministre promet d’abolir la clause dérogatoire incluse dans la Charte

    10 janvier 2006 |Alec Castonguay
    Stephen Harper, Gilles Duceppe, Paul Martin et Jack Layton, détendus, quelques minutes avant le début du débat des chefs, hier soir, à Montréal.
    Photo: Jacques Nadeau Stephen Harper, Gilles Duceppe, Paul Martin et Jack Layton, détendus, quelques minutes avant le début du débat des chefs, hier soir, à Montréal.
    Le chef libéral Paul Martin a créé la surprise, hier soir au débat des chefs en anglais, en promettant, s’il était reporté au pouvoir, de modifier la Constitution canadienne pour abolir la clause dérogatoire incluse dans la Charte des droits et libertés. Ainsi, plus jamais un gouvernement fédéral ne pourrait se soustraire à l’application de cette charte en vertu de laquelle, par exemple, les couples homosexuels peuvent désormais se marier.

    «La première chose que mon gouvernement fera sera de retirer le droit du gouvernement fédéral de suspendre des droits contenus dans la Charte», a lancé Paul Martin au début du débat d’hier.
    Après la confrontation, le chef libéral a précisé que la clause serait abolie seulement pour les compétences fédérales et ne s’appliquerait pas aux provinces.
    La sortie avait été planifiée puisque M. Martin l’a faite alors qu’il devait répondre à une question portant sur la corruption et les scandales. Il en a remis plus tard, lorsque l’animateur a demandé à chacun des chefs s’il serait prêt à utiliser cette fameuse clause pour déroger au récent jugement de la Cour suprême permettant les clubs échangistes. Les autres chefs de parti étaient réticents à le suivre sur cette voie.
    Stephen Harper a indiqué qu’«il y a un danger à dire que les tribunaux auront toujours le dernier mot indépendamment de la volonté du Parlement, tout comme il serait dangereux de dire que le Parlement devrait toujours avoir le dernier mot.» M. Harper y est allé de sa propre promesse concernant la Charte des droits et libertés en indiquant qu’elle était incomplète. «Il devrait y avoir des droits de propriété dans la Charte», a-t-il déclaré.
    Gilles Duceppe n’est pas demeuré en reste, rappelant que les valeurs «évoluaient» et qu’il était donc dangereux de les figer pour toujours. Interrogés après le débat, les trois chefs ont mis en doute la nouvelle conviction de M. Martin, y voyant surtout un moyen de détourner l’attention sur sa mauvaise performance pendant la campagne. «Paul Martin n’a jamais eu cette position dans le passé. C’est difficile de prendre ça au sérieux. Je pense que c’est un peu désespéré quand on crée une politique constitutionnelle au milieu d’un débat national», a soutenu M. Harper.
    Outre ce coup d’éclat qui fera réagir les constitutionnalistes d’un bout à l’autre du pays, tout le Canada anglais avait les yeux rivés sur le chef conservateur, hier soir, à l’occasion de ce dernier débat en anglais à Montréal. En fulgurante progression dans les intentions de vote, flirtant même avec un gouvernement majoritaire, Stephen Harper avait toute la pression sur ses épaules, alors que Paul Martin se devait d’offrir une performance remarquée pour freiner sa chute, ce à quoi devait servir cette sortie sur la Charte.
    Paul Martin était beaucoup plus agressif, cherchant à déstabiliser son adversaire conservateur. Il a soutenu que Stephen Harper ramènerait le pays vers le déficit s’il appliquait son plan et a rappelé qu’il voulait annuler la toute nouvelle entente avec les provinces sur les garderies. «La question de ce débat est: que veut-il couper d’autre? Il doit nous le dire.»
    M. Harper a assené quelques coups en retour, ne permettant pas à Paul Martin de prendre véritablement le dessus dans ce débat. À propos de l’enquête de la GRC qui a été ouverte sur un possible délit d’initié émanant du cabinet du ministre des Finances, M. Harper a soutenu que le problème avec le gouvernement libéral était qu’«il doit toujours y avoir une enquête» avant d’aller au fond des choses. «Combien d’enquêtes criminelles ont cours dans votre gouvernement?», a lancé M. Harper à l’endroit de Paul Martin.
    Victime de cette course électorale serrée, Jack Layton n’a, de son côté, ménagé aucun effort pour attaquer ses deux rivaux nationaux. Il a marqué quelques points sur la question de la responsabilité ministérielle. Il a reproché à M. Martin de ne pas comprendre le concept. «Croyez-vous au concept de responsabilité ministérielle, M. Martin? Parce que c’est un concept fondamental dans notre système.»
    Gilles Duceppe, qui avait peu de points à marquer lors de cette confrontation en anglais, voulait tout de même offrir une bonne performance. Victime lui aussi de la montée des conservateurs au Québec, il a souvent mis MM. Harper et Martin dans le même panier. Sur les questions de la loi anti-briseurs de grève ou des diminutions d’impôts, il a rappelé que les deux partis partageaient la même position. Il a aussi réservé quelques flèches pour Stephen Harper, lui reprochant de favoriser ses intérêts politiques sur le dos de René Lévesque dont il évoque souvent la mémoire pour vanter son plan pour un gouvernement responsable.
    Évidemment, le chef du Bloc a exploité les révélations sur Option Canada pour promouvoir la cause souverainiste. «Si les commandites étaient un scandale libéral, Option Canada est un scandale fédéral.» Il a rappelé que cet orgamisme de promotion du fédéralisme comportait autant des membres libéraux que conservateurs, accusations qualifiées d’«injustes» par le chef conservateur et de «tristes» par M. Layton.
    De manière générale, les trois chefs s’en sont pris à M. Martin et au Parti libéral pour les nombreux scandales affligeant leur gouvernement. Piqué, M. Martin a martelé que cette «campagne de salissage» devait cesser. «Assez, c’est assez. Le juge Gomery a exonéré mon gouvernement.»
    Le chef conservateur a lancé sa meilleure attaque à l’endroit de Paul Martin dans le segment sur les valeurs et les politiques sociales. S’adressant directenment à un chef libéral qui voulait mettre en évidence les différences entre les deux partis, Stephen Harper a répliqué que «les valeurs des Canadiens sont le travail, l’honnêteté et l’intégrité, des valeurs que votre gouvernement ne représente pas.»

    Unité nationale
    Le débat sur l’unité nationale a donné lieu à des échanges bien sentis. N’ayant visiblement pas encore digéré la tirade de Paul Martin sur sa fierté d’être Québécois du débat d’avant Noël, Gilles Duceppe s’est porté à l’attaque en demandant au chef libéral s’il croyait que le Québec formait une nation. M. Martin a parlé du «peuple» québécois pendant que M. Duceppe lui criait de «répondre» à la question. Agacé, M. Martin a fini par dire: «Je n’ai pas de problème à dire que le Québec est une nation, je l’ai déjà dit avant.»
    Paul Martin a fait valoir que pour être compétitif dans le monde de nos jours, il fallait se regrouper plutôt que de se diviser. Du tac au tac, le chef bloquiste a répliqué: «Si les grands ensembles sont importants, pourquoi le Canada ne se joint-il pas aux États-Unis?» Le chef néo-démocrate, lui, croit que tout n’est pas perdu et qu’il est encore possible de choisir le «chemin de la réconciliation» en créant «les conditions pour que l’Assemblée nationale signe la Constitution».
    Bien qu’il s’agissait du débat anglais, M. Harper s’est fait un devoir de parler de la nécessité de signer une «entente à long terme» avec les provinces pour régler le déséquilibre fiscal. «Ce ne sera pas facile, mais il faut le reconnaître et s’y attaquer.» Il a même rappelé qu’il ne craindrait pas de donner la parole au Québec dans les forums internationaux traitant des enjeux qui le concernent tel l’UNESCO.

    Le PC en tête
    Le dernier sondage de la maison Strategic Council, publié hier dans le Globe and Mail, accordait au Parti conservateur une avance de huit points sur les libéraux (37 % contre 29 %). C’est la première fois que cette maison de sondage place les troupes de Stephen Harper en tête. Son enquête précédente, publiée exactement une semaine plus tôt, accordait 33 % des intentions de vote aux libéraux de Paul Martin et 31 % aux conservateurs.
    La remontée conservatrice était à ce point importante que la firme Ekos, qui publie un sondage quotidiennement dans La Presse et le Toronto Star, a décidé hier de ne pas dévoiler ses résultats craignant une erreur statistique. «Nos données sont si surprenantes qu’il serait irresponsable de les dévoiler à un moment aussi critique que l’aube d’un débat», a fait savoir le président d’Ekos, Frank Graves. Ces résultats, s’ils s’avèrent, permettent d’envisager un gouvernement conservateur majoritaire, a indiqué M. Graves.












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