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    Libre opinion: Le travail de rue: une réponse aux gangs de rue

    4 janvier 2006 |Serge Brochu - Président de la Société de criminologie du Québec et professeur titulaire à l'École de criminologie de l'Université de Montréal
    Depuis quelques années, la présence des gangs de rue se fait sentir sur le territoire québécois. Ce phénomène en inquiète plusieurs car il dérange notre paix sociale et mine la sécurité des citoyens. Une étude récente, intitulée «Jeunes, drogues et violence: des liens à comprendre» et réalisée au Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal, indique que 49 % des élèves qui fréquentent des écoles montréalaises croient que la violence des jeunes est souvent reliée aux gangs. Bien plus, 11 % d'entre eux rapportent avoir déjà participé à une bataille de gang.

    Les gangs deviennent donc une source de préoccupation pour plusieurs spécialistes parce que le niveau d'organisation de ces groupes se précise et parce que leur sphère d'activités criminelles s'avère de plus en plus diversifiée. Les intervenants qui partagent le quotidien des jeunes sont tous touchés de près ou de loin par cette problématique. Dans ce contexte, plusieurs stratégies (intervention, répression, punition) ont été mises en place afin de contrer ce phénomène.

    Cette lettre propose de discuter d'une stratégie qui se veut être une alternative aux interventions traditionnelles effectuées auprès des jeunes de gangs et de ceux à risque d'y adhérer: le travail de rue.

    Un lien qui s'établit

    Il y a plusieurs raisons de s'intéresser à cette pratique encore méconnue du grand public. Mentionnons à ce titre les résultats d'une évaluation menée par la Société de criminologie du Québec (D. Girard et K. Tétreault, Rapport de mi-projet: travail de rue, gang de rue, un lien incontournable?, Montréal, Société de criminologie du Québec pour la Direction de la prévention et de la lutte contre la criminalité, Ministère de la Sécurité publique, 2005*). Ces résultats confirment que ces intervenants réussissent à établir un lien significatif avec plusieurs jeunes engagés à divers niveaux dans un gang de rue.

    Aussi, de par sa nature, le travail de rue constitue une pratique qui s'exerce dans le milieu de vie des jeunes, et cette accessibilité permet de rejoindre des jeunes marginaux qui rejettent l'aide offerte par les milieux institutionnels. Ces jeunes, qui sont réfractaires à l'image autoritaire que représentent pour eux les milieux institutionnels, voient le travailleur de rue comme un aidant et un confident.

    La relation qui s'établit entre un travailleur de rue et un jeune à risque et/ou membre de gang de rue ne se fait toutefois pas sans anicroche. Comme tout autre professionnel, le travailleur de rue se doit de gagner la confiance du jeune et de bien lui expliquer son rôle d'intervenant. De plus, cette approche étant basée sur un rapport volontaire et confidentiel, le travailleur de rue accompagnera seulement les jeunes à risque et/ou membres d'un gang de rue qui en exprimeront le besoin. Son objectif premier sera alors d'aider le jeune à faire des choix éclairés et à améliorer sa situation. Dans le cas contraire, le travailleur de rue se montrera simplement présent et disponible pour les jeunes à risque et membres d'un gang de rue.

    De manière générale, l'incidence de cette pratique auprès de cette clientèle peut être vue sous différents angles. Pour les fins de ce court texte, nous aborderons l'aspect de la prévention de la criminalité et celui des interventions effectuées.

    Jeunes à risque

    Pour ce qui est de la prévention de la criminalité, les résultats de la démarche évaluative menée par la Société de criminologie du Québec (SCQ) auprès de cinq travailleurs de rue rattachés chacun à un organisme communautaire montréalais en travail de rue démontrent que ces derniers entrent en contact majoritairement avec des jeunes «à risque».

    Il arrive que ces jeunes soient utilisés par les membres d'un gang de rue pour faire des commissions ou pour servir d'intermédiaire. Lorsque l'occasion se présente, le travailleur de rue peut amener le jeune «à risque» à prendre conscience de l'impact des actions qu'il pose et des valeurs qu'il véhicule.

    Par exemple, un jeune attiré par un gang de rue peut revêtir une couleur particulière pour ressembler aux membres de ce groupe, mais il ne réalise pas toujours qu'il peut être agressé en s'affichant de cette manière.

    Il revient donc au travailleur de rue de saisir ces moments clés et d'intervenir le plus efficacement possible auprès de ces jeunes «à risque». La portée de ces actions sera alors à caractère préventif puisqu'elle visera à prévenir l'adhésion de certains jeunes à un gang.

    Un maillon

    En ce qui a trait aux interventions effectuées, le rapport de la SCQ Travail de rue, gang de rue, un lien incontournable? nous apprend que les travailleurs de rue du consortium sont en mesure d'effectuer un éventail d'interventions auprès des jeunes à risque et membres d'un gang de rue.

    Les principales étant: la distribution de matériel dans une optique de réduction des méfaits, les accompagnements, les références vers des ressources appropriées, les discussions (sexualité, toxicomanie, ambitions futures, etc.), les communications téléphoniques, la médiation entre jeunes de gangs ennemis et l'organisation d'activités permettant aux jeunes de s'engager dans des activités prosociales.

    Les accompagnements les plus fréquents le sont pour la recherche d'emploi et le raccrochage scolaire. En effet, sur une période de cinq mois, les travailleurs de rue participant au projet mentionné ci-haut ont aidé à 78 reprises des jeunes à risque et/ou membres d'un gang de rue à se trouver un emploi. Il est à souligner que 25 de ces jeunes ont mentionné aux travailleurs de rue avoir trouvé un emploi à la suite de leurs démarches conjointes.

    Sous l'angle d'un principe d'économie sociale, ces résultats sont encourageants puisque le travail permet non seulement à ces jeunes de développer leur autonomie en tant que travailleurs, mais également de retrouver une structure de vie propre à leur intégration sociale.

    Cela ne signifie toutefois pas que les actions des travailleurs de rue constituent nécessairement un gage de succès instantané. Il faut plutôt comprendre l'engagement des travailleurs de rue comme un maillon important dans l'ensemble des services offerts aux jeunes à risque et membres d'un gang de rue.

    En effet, il peut parfois s'avérer délicat de statuer sans équivoque sur l'efficacité de la pratique du travail de rue puisque plusieurs variables diffèrent d'un milieu à l'autre. L'enjeu demeure tout de même, pour les intervenants engagés auprès de la SCQ, de partager une vision cohérente de cette pratique.

    Idéalement, une bonne compréhension de cette philosophie d'intervention et du code d'éthique s'y rattachant permettrait l'établissement durable de partenariats intéressants entre les milieux institutionnels et communautaires. Actuellement, l'une des stratégies qui se présente comme étant porteuse de bons résultats par rapport à ce phénomène est le partenariat. Cela dit, le travail de rue est certainement l'une des réponses possibles aux gangs de rue.

    * Ce rapport est disponible à l'adresse Internet suivante: www.societecrimino.qc.ca












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