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Goodale reste, dit Martin

Alexandre Shields   30 décembre 2005 
Tandis qu’il rencontrait des membres de la communauté arabe dans un restaurant de Montréal hier, le premier ministre Paul Martin a réaffirmé sa confiance envers son ministre des Finances, Ralph Goodale, dont les partis d’opposition réclament la
Photo : Agence Reuters
Tandis qu’il rencontrait des membres de la communauté arabe dans un restaurant de Montréal hier, le premier ministre Paul Martin a réaffirmé sa confiance envers son ministre des Finances, Ralph Goodale, dont les partis d’opposition réclament la
Le premier ministre Paul Martin s'est porté hier à la défense de son ministre des Finances, Ralph Goodale, martelant que celui-ci ne démissionnera pas malgré l'enquête criminelle ouverte par la Gendarmerie royale du Canada sur de possibles fuites en provenance du gouvernement libéral tout juste avant l'annonce d'une nouvelle politique fiscale qui portait notamment sur les fiducies de revenu et l'impôt sur les dividendes des sociétés.

«La GRC a dit qu'il n'y a aucune preuve qui porte à croire que le ministre, ses employés ou le ministère ont agi de manière inappropriée», a expliqué M. Martin, brisant ainsi son mutisme des derniers jours. Forcé de répondre aux attaques des partis d'opposition, qui réclament tous la tête du ministre des Finances, il en a profité pour réaffirmer sa pleine confiance en son ministre. «Je connais très bien Ralph Goodale. C'est une personne d'une grande intégrité et il ne démissionnera pas», a-t-il insisté, confiant que les démarches entreprises contribueront à faire toute la lumière sur cette affaire. Le principal intéressé, lui, n'a pas fait de déclaration publique.

Les propos tenus par le premier ministre libéral n'ont pas calmé les ardeurs de l'opposition. Le Bloc québécois, le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique ont parlé d'une même voix hier pour réclamer la démission immédiate de celui qui est à la tête des Finances depuis décembre 2003 afin de laisser le temps à l'enquête de suivre son cours.

Pour le porte-parole du Bloc québécois en matière de finances, Yvan Loubier, Ralph Goodale «ne peut plus demeurer en poste» alors que planent sur lui et son entourage des allégations de délit d'initié relatif aux fiducies de revenu. «Il doit se retirer le temps qu'on fasse toute la lumière sur cette question-là», a-t-il ajouté. Peu impressionné par la volonté de Paul Martin de le garder à son poste, le porte-parole du Bloc a fait valoir que «lorsque la GRC entreprend une enquête, c'est qu'il y a des allégations suffisamment graves pour lui permettre de progresser». Selon lui, les forces de l'ordre doivent chercher à savoir d'où provenaient les fuites mais aussi qui a transmis l'information et qui en a profité.

«Il y a quelques semaines, nous avons fait tomber ce gouvernement parce que nous disions qu'il n'était pas digne de confiance et, maintenant, nous voyons un autre scandale», a affirmé Yvan Loubier en entrevue au Devoir, ajoutant que, selon lui, cette enquête «ressemble au scandale des commandites». Il a rappelé qu'à l'époque de l'enquête sur les commandites, le premier ministre Jean Chrétien avait «nié pendant des mois le scandale».

Pour l'instant, aucun échéancier n'a été fixé pour la conclusion de l'enquête. D'ailleurs, en annonçant l'ouverture d'une enquête qui pourrait donner du fil à retordre aux libéraux au cours des prochaines semaines, la GRC a précisé par voie de communiqué «qu'elle ne possède en ce moment aucune preuve d'actes illégaux ou répréhensibles de la part de quiconque, y compris le ministre des Finances, Ralph Goodale».

Mais pour M. Loubier, l'enjeu central est d'ores et déjà la réputation du Canada sur les marchés internationaux. En tant que ministre des Finances, M. Goodale est le «véritable premier fiduciaire de la confiance des marchés financiers», a-t-il soutenu. Il a dit craindre que de telles allégations n'ébranlent la confiance des investisseurs mais aussi la stabilité économique du pays, «deux ingrédients indispensables» à une bonne santé financière.

Les conservateurs de Stephen Harper ont eux aussi été prompts à réagir après que la GRC a annoncé mercredi qu'elle déclenchait une enquête criminelle sur un possible délit d'initié résultant de fuites en provenance du Parti libéral. Leur chef en a remis hier, répétant que les libéraux n'ont plus droit au bénéfice du doute. Il a aussi soutenu, par voie de communiqué, que M. Goodale s'est vigoureusement opposé à toute enquête au cours des dernières semaines, malgré les demandes répétées de l'opposition. Celle-ci n'a pas manqué de souligner à plusieurs reprises le volume anormalement élevé des transactions favorisant des sociétés qui versent des dividendes substantiels, et ce, peu de temps avant l'annonce d'une nouvelle politique fiscale, le 23 novembre dernier.

«Nonobstant ce qu'a dit le premier ministre, il est évident, en se basant sur de nombreux précédents, que lorsqu'un ministre fait l'objet d'une enquête criminelle, il devrait abandonner ses fonctions jusqu'à ce que l'enquête soit terminée, même s'il est libéral», a souligné le chef néo-démocrate Jack Layton, réagissant aux propos tenus plus tôt par M. Martin dans un restaurant montréalais où il rencontrait des membres de la communauté arabe. Il s'est aussi dit déçu de l'attitude de celui qui dirige les Finances fédérales: «Je m'attendais à mieux de M. Goodale et je souhaite qu'il reconsidère sa décision.» Il a d'ailleurs rappelé que, selon lui, occuper ce poste est carrément un «privilège». Et d'après le leader du Nouveau Parti démocratique, «les explications qu'offre aujourd'hui M. Goodale devraient être données à la police» pour qu'elle seule fasse la lumière sur ce qui s'est véritablement produit.

L'ancienne ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, n'est pas étonnée de constater qu'une telle information a pu filtrer du ministère des Finances. «Souvent, le [ministère] des Finances fait des fuites pour en tirer des avantages politiques», a-t-elle déclaré sur les ondes de LCN. «Je pense que M. Martin va changer d'opinion dans les prochains jours», a-t-elle ajouté à propos du maintien en poste de M. Goodale: en effet, «tant qu'il reste, la campagne va demeurer sur l'intégrité du ministre».

Homme de confiance de Paul Martin, Ralph Goodale est actif dans le domaine politique depuis le début des années 70. Député de la circonscription de Wascana, en Saskatchewan, depuis 1993, il a notamment dirigé le ministère des Travaux publics, où il a mis fin au programme des commandites. Politicien populaire dans son comté, il a devancé son rival conservateur par près de 12 000 voix aux élections de juin 2004.






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