Irak: les élections ont ravivé la colère sunnite
Photo : Agence Reuters
Des milliers de manifestants sunnites ont défilé dans les rues de Bagdad, hier, pour contester les résultats des élections et réclamer un nouveau scrutin.
Si les législatives du 15 décembre devaient contribuer à la stabilisation de l'Irak, elles n'ont fait que dresser davantage les communautés les unes contre les autres, comme le montrent les manifestations quotidiennes de groupes sunnites qui contestent les résultats et demandent de nouvelles élections. Hier encore, de cinq à dix mille personnes ont manifesté dans les rues de Bagdad tandis que l'armée américaine faisait état de la perte de trois soldats, dont deux dans un accident d'hélicoptère.
Principale accusée: la liste de l'Alliance irakienne unifiée (AIU, qui fédère les partis islamistes chiites). Selon des résultats encore provisoires, elle apparaît comme la grande triomphatrice du scrutin en dépit d'un bilan gouvernemental accablant. Non contente d'avoir fait régner la terreur dans le sud du pays au moment du scrutin — y compris par des assassinats d'opposants —, bourré les urnes et fait pression sur les électeurs, elle aurait eu recours massivement à des fraudes pour s'imposer à Bagdad.
Dans cette ville que se partagent notamment chiites et sunnites, l'AIU obtiendrait quelque 60 % des suffrages, un chiffre supérieur à celui de la communauté chiite. Depuis, les dirigeants sunnites, qui s'étaient engagés pour la première fois dans le processus électoral, enragent. D'autant plus que certains, comme dans le bastion sunnite de Ramadi, avaient même fait protéger les urnes par les insurgés. «Dans les villes du sud, le triomphe chiite peut se comprendre. Pas à Bagdad. Pour les sunnites, c'est une douche froide. Cela veut dire que les dirigeants chiites ont "confessionnalisé" la ville et voulu dresser une communauté contre une autre», souligne le politologue et anthropologue irakien Hosham Dawod.
À ce jour, l'AIU obtiendrait près de 150 députés (sur 275), soit un score supérieur à celui du scrutin intérimaire de janvier 2005 (140 députés). À l'inverse, la liste de l'ancien premier ministre Iyad Allaoui, lui-même chiite mais laïc et pro-américain, soutenue par les communistes et certains sunnites modérés, n'aurait qu'une quinzaine de sièges contre 40 auparavant. Les islamistes chiites pourraient donc avoir la majorité absolue au Parlement, au grand dam des sunnites, des laïcs mais aussi des Américains, qui entendaient former un gouvernement d'union nationale — ce qui leur permettrait un retrait graduel plus facile de leurs forces.
Revanche des marginaux
Un tel résultat est d'autant plus inacceptable pour Washington qu'au sein de l'AIU, ce sont les partisans du trublion Moqtada al-Sadr, radicalement antiaméricain, qui se taillent la part du lion au détriment des autres formations. «Lui et ses alliés représentent aujourd'hui la première force politique en Irak. C'est la revanche des marginaux, des déshérités. Moqtada a mobilisé sa base sur son opposition à un État laïc, laquelle a trouvé un certain écho au sein des radicaux sunnites», ajoute Hosham Dawod.
En fait, ce vote massivement confessionnel, qui se traduit par l'émergence d'un bloc chiite, est un camouflet pour George W. Bush, qui avait parlé de «grand pas en avant dans l'accomplissement de notre objectif»: susciter un Irak démocratique et un allié au Moyen-Orient. En fait, les États-Unis sont plus que jamais sur le qui-vive face à la future majorité parlementaire. Non contente d'être antiaméricaine, celle-ci défend des positions hostiles à celles de Washington: «confessionnalisation» de l'État, dégradation de la situation des femmes, hostilité aux Kurdes, clientélisme acharné... Pour l'affaiblir, les États-Unis ne sont pas hostiles à la dénonciation des fraudes. Cela leur permettrait de faire pression sur les chiites pour qu'ils acceptent un gouvernement d'union nationale où serait présent Allaoui et dont les principaux ministères — Défense, Intérieur, Affaires étrangères — échapperaient à l'AIU.
Les manifestations quotidiennes sont organisées en dépit des mises en garde de la liste des chiites conservateurs contre les risques de porter la contestation dans la rue et d'exercer ainsi des pressions sur la Commission électorale indépendante.
Le chef du principal parti chiite en Irak, Abdel Aziz Hakim, a rejeté hier l'idée d'un nouveau scrutin sous supervision internationale comme le réclament notamment les manifestants sunnites.
«Les résultats des élections ne peuvent pas être invalidés. Les élections ne peuvent être réorganisées et aucune intervention régionale ou internationale n'est acceptable», a déclaré Hakim, tête de liste de l'alliance de chiites conservateurs donnés gagnants des législatives en Irak.
Parallèlement, les partis chiites et kurdes qui ont remporté les législatives sont convenus hier du principe d'un gouvernement d'union nationale comprenant des représentants sunnites.
Les négociations sur la mise en place d'une grande coalition, qui visent à apaiser les tensions ethniques et religieuses suscitées par le scrutin, se sont ouvertes avec la visite à Erbil, «capitale» du Kurdistan irakien, d'Abdoulaziz al-Hakim.
«Nous nous sommes entendus sur le principe de la formation d'un gouvernement impliquant tous les partis, avec une large base populaire», a déclaré Massoud Barzani, président du gouvernement régional kurde, lors d'une conférence de presse donnée en compagnie d'Hakim.
Ce dernier, dont la formation tient depuis un an les rênes du gouvernement intérimaire aux côtés du bloc kurde, doit rencontrer aujourd'hui le président Djalal Talabani, qui recevra par la suite les représentants sunnites et chiites laïcs, mécontents de l'issue probable du scrutin.
Sur le terrain, l'armée américaine a annoncé qu'un marine avait été tué lundi lors d'une opération à l'ouest de Bagdad, ce qui porte à quatre le nombre de ses militaires morts pendant cette journée.
Auparavant, l'armée a annoncé que deux de ses soldats ont péri dans l'accident, lundi, de leur hélicoptère d'assaut Apache, dans l'ouest de Bagdad.
Lundi soir, elle a annoncé la mort d'un soldat dans une attaque dans la capitale, où deux autres ont été tués dimanche, jour de Noël.
Les pertes de l'armée américaine et de civils assimilés aux militaires ont dépassé les 2160 depuis l'invasion de l'Irak en mars 2003, selon le Pentagone.
À Kerbala, ville sainte chiite à 100 km au sud de Bagdad, des restes de femmes et d'enfants ont été trouvés dans une fosse commune renfermant une vingtaine de corps, découverte lundi, selon un responsable local. La fosse, l'une des nombreuses qui furent découvertes en Irak depuis l'invasion, remonte à la répression du soulèvement chiite de 1991, selon des témoins.
Par ailleurs, des sources de sécurité ont indiqué que neuf Irakiens avaient trouvé la mort dans différentes attaques dans le pays, dont un colonel de l'armée abattu à Kirkouk, dans le nord de l'Irak.
Enfin, le gouvernement conservateur au pouvoir depuis octobre à Varsovie a annoncé hier qu'il maintiendrait la présence militaire polonaise en Irak jusqu'à la fin de l'année 2006, mais qu'il la réduirait en mars. «Le gouvernement a décidé de demander au président de prolonger jusqu'au 31 décembre 2006 le déploiement des forces militaires polonaises dans le cadre des forces internationales en Irak», a déclaré le premier ministre, Kazimierz Marcinkiewicz, lors d'une conférence de presse.
La Pologne, l'un des plus proches alliés de Washington en Europe, compte environ 1500 hommes actuellement dans le centre-sud de l'Irak, soit le cinquième contingent par ordre d'importance, derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud et l'Italie.
Principale accusée: la liste de l'Alliance irakienne unifiée (AIU, qui fédère les partis islamistes chiites). Selon des résultats encore provisoires, elle apparaît comme la grande triomphatrice du scrutin en dépit d'un bilan gouvernemental accablant. Non contente d'avoir fait régner la terreur dans le sud du pays au moment du scrutin — y compris par des assassinats d'opposants —, bourré les urnes et fait pression sur les électeurs, elle aurait eu recours massivement à des fraudes pour s'imposer à Bagdad.
Dans cette ville que se partagent notamment chiites et sunnites, l'AIU obtiendrait quelque 60 % des suffrages, un chiffre supérieur à celui de la communauté chiite. Depuis, les dirigeants sunnites, qui s'étaient engagés pour la première fois dans le processus électoral, enragent. D'autant plus que certains, comme dans le bastion sunnite de Ramadi, avaient même fait protéger les urnes par les insurgés. «Dans les villes du sud, le triomphe chiite peut se comprendre. Pas à Bagdad. Pour les sunnites, c'est une douche froide. Cela veut dire que les dirigeants chiites ont "confessionnalisé" la ville et voulu dresser une communauté contre une autre», souligne le politologue et anthropologue irakien Hosham Dawod.
À ce jour, l'AIU obtiendrait près de 150 députés (sur 275), soit un score supérieur à celui du scrutin intérimaire de janvier 2005 (140 députés). À l'inverse, la liste de l'ancien premier ministre Iyad Allaoui, lui-même chiite mais laïc et pro-américain, soutenue par les communistes et certains sunnites modérés, n'aurait qu'une quinzaine de sièges contre 40 auparavant. Les islamistes chiites pourraient donc avoir la majorité absolue au Parlement, au grand dam des sunnites, des laïcs mais aussi des Américains, qui entendaient former un gouvernement d'union nationale — ce qui leur permettrait un retrait graduel plus facile de leurs forces.
Revanche des marginaux
Un tel résultat est d'autant plus inacceptable pour Washington qu'au sein de l'AIU, ce sont les partisans du trublion Moqtada al-Sadr, radicalement antiaméricain, qui se taillent la part du lion au détriment des autres formations. «Lui et ses alliés représentent aujourd'hui la première force politique en Irak. C'est la revanche des marginaux, des déshérités. Moqtada a mobilisé sa base sur son opposition à un État laïc, laquelle a trouvé un certain écho au sein des radicaux sunnites», ajoute Hosham Dawod.
En fait, ce vote massivement confessionnel, qui se traduit par l'émergence d'un bloc chiite, est un camouflet pour George W. Bush, qui avait parlé de «grand pas en avant dans l'accomplissement de notre objectif»: susciter un Irak démocratique et un allié au Moyen-Orient. En fait, les États-Unis sont plus que jamais sur le qui-vive face à la future majorité parlementaire. Non contente d'être antiaméricaine, celle-ci défend des positions hostiles à celles de Washington: «confessionnalisation» de l'État, dégradation de la situation des femmes, hostilité aux Kurdes, clientélisme acharné... Pour l'affaiblir, les États-Unis ne sont pas hostiles à la dénonciation des fraudes. Cela leur permettrait de faire pression sur les chiites pour qu'ils acceptent un gouvernement d'union nationale où serait présent Allaoui et dont les principaux ministères — Défense, Intérieur, Affaires étrangères — échapperaient à l'AIU.
Les manifestations quotidiennes sont organisées en dépit des mises en garde de la liste des chiites conservateurs contre les risques de porter la contestation dans la rue et d'exercer ainsi des pressions sur la Commission électorale indépendante.
Le chef du principal parti chiite en Irak, Abdel Aziz Hakim, a rejeté hier l'idée d'un nouveau scrutin sous supervision internationale comme le réclament notamment les manifestants sunnites.
«Les résultats des élections ne peuvent pas être invalidés. Les élections ne peuvent être réorganisées et aucune intervention régionale ou internationale n'est acceptable», a déclaré Hakim, tête de liste de l'alliance de chiites conservateurs donnés gagnants des législatives en Irak.
Parallèlement, les partis chiites et kurdes qui ont remporté les législatives sont convenus hier du principe d'un gouvernement d'union nationale comprenant des représentants sunnites.
Les négociations sur la mise en place d'une grande coalition, qui visent à apaiser les tensions ethniques et religieuses suscitées par le scrutin, se sont ouvertes avec la visite à Erbil, «capitale» du Kurdistan irakien, d'Abdoulaziz al-Hakim.
«Nous nous sommes entendus sur le principe de la formation d'un gouvernement impliquant tous les partis, avec une large base populaire», a déclaré Massoud Barzani, président du gouvernement régional kurde, lors d'une conférence de presse donnée en compagnie d'Hakim.
Ce dernier, dont la formation tient depuis un an les rênes du gouvernement intérimaire aux côtés du bloc kurde, doit rencontrer aujourd'hui le président Djalal Talabani, qui recevra par la suite les représentants sunnites et chiites laïcs, mécontents de l'issue probable du scrutin.
Sur le terrain, l'armée américaine a annoncé qu'un marine avait été tué lundi lors d'une opération à l'ouest de Bagdad, ce qui porte à quatre le nombre de ses militaires morts pendant cette journée.
Auparavant, l'armée a annoncé que deux de ses soldats ont péri dans l'accident, lundi, de leur hélicoptère d'assaut Apache, dans l'ouest de Bagdad.
Lundi soir, elle a annoncé la mort d'un soldat dans une attaque dans la capitale, où deux autres ont été tués dimanche, jour de Noël.
Les pertes de l'armée américaine et de civils assimilés aux militaires ont dépassé les 2160 depuis l'invasion de l'Irak en mars 2003, selon le Pentagone.
À Kerbala, ville sainte chiite à 100 km au sud de Bagdad, des restes de femmes et d'enfants ont été trouvés dans une fosse commune renfermant une vingtaine de corps, découverte lundi, selon un responsable local. La fosse, l'une des nombreuses qui furent découvertes en Irak depuis l'invasion, remonte à la répression du soulèvement chiite de 1991, selon des témoins.
Par ailleurs, des sources de sécurité ont indiqué que neuf Irakiens avaient trouvé la mort dans différentes attaques dans le pays, dont un colonel de l'armée abattu à Kirkouk, dans le nord de l'Irak.
Enfin, le gouvernement conservateur au pouvoir depuis octobre à Varsovie a annoncé hier qu'il maintiendrait la présence militaire polonaise en Irak jusqu'à la fin de l'année 2006, mais qu'il la réduirait en mars. «Le gouvernement a décidé de demander au président de prolonger jusqu'au 31 décembre 2006 le déploiement des forces militaires polonaises dans le cadre des forces internationales en Irak», a déclaré le premier ministre, Kazimierz Marcinkiewicz, lors d'une conférence de presse.
La Pologne, l'un des plus proches alliés de Washington en Europe, compte environ 1500 hommes actuellement dans le centre-sud de l'Irak, soit le cinquième contingent par ordre d'importance, derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Corée du Sud et l'Italie.
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