Élections référendaires?
Bernard Descôteaux
22 décembre 2005
La première partie de la campagne électorale arrive à son terme. Elle a été plutôt calme, sinon terne. Seule la question de la place du Québec dans la fédération canadienne, sur laquelle Paul Martin et Stephen Harper se sont affrontés, a réussi à mettre un peu d'animation. Un classique de la politique canadienne.
D'entrée de jeu, le chef du Parti libéral avait décrété que ces élections seraient de nature référendaire. L'objectif recherché était facile à décoder. Pour faire oublier le scandale des commandites, les libéraux devaient s'identifier à une cause qui dépasse toutes les autres en importance. Le coup de l'unité nationale ayant été joué plusieurs fois avec succès, Paul Martin a tout naturellement cru qu'il pourrait rallier les fédéralistes de tout le pays en agitant à nouveau le spectre de la séparation du Québec.
Au cours des deux premières semaines de campagne, seuls les journalistes ont remis en question la pertinence de cette stratégie, soulignant que Paul Martin reconnaissait implicitement le retour imminent du Parti québécois au pouvoir à Québec et le caractère inexorable d'un prochain référendum sur la souveraineté. La semaine dernière, le chef conservateur a à son tour relevé l'ambiguïté du discours libéral. Lors du débat des chefs en anglais, vendredi soir, il a rappelé au premier ministre qu'il semblait oublier la présence à la tête du gouvernement québécois d'un premier ministre fédéraliste avec qui il vaudrait peut-être mieux travailler afin de redonner confiance aux Québécois dans le Canada. Joignant le geste à la parole, M. Harper s'est rendu à Québec lundi pour manifester son engagement à mettre en pratique un fédéralisme flexible.
La réaction de Paul Martin aux propos du chef conservateur montre que celui-ci a visé juste. Touché, il a contre-attaqué en disant que le fédéralisme flexible conservateur fait courir tous les dangers au Canada. Ce pays n'aura de sens que s'il dispose d'un gouvernement central fort. L'ouverture manifestée par M. Harper d'accueillir les demandes du Québec à siéger à des organisations internationales, tout particulièrement à l'UNESCO, et à pouvoir y parler en son nom propre affaiblira le gouvernement canadien, a répliqué le premier ministre, oubliant bien sûr que lors de la campagne électorale de 2004, il avait pris ce même engagement qu'il juge aujourd'hui déviationniste.
Ce débat entre libéraux et conservateurs n'est nouveau en rien. Paul Martin adhère tout à fait à la vision d'un fédéralisme centralisateur définie par ses prédécesseurs. Stephen Harper partage quant à lui la volonté de respecter le partage des compétences constitutionnelles entre les provinces et le gouvernement central. Gardons-nous toutefois de prendre pour parole d'évangile tout ce qu'ils nous disent. Il serait faux de croire que les conservateurs, une fois élus, seraient à ce point souples qu'ils donneraient au Québec tout ce qu'il demande. Il suffit de rappeler à cet égard que c'est un gouvernement conservateur, celui de Brian Mulroney, qui s'était fait reprocher par le gouvernement Bourassa de pratiquer un «fédéralisme prédateur».
La tension des derniers jours entre libéraux et conservateurs baissera alors que la campagne fera brièvement relâche pour les fêtes de fin d'année. Il serait toutefois étonnant qu'ils ne reviennent pas à la charge pour demander aux électeurs de trancher entre les visions du fédéralisme que leurs deux partis entretiennent. Peut-être, après tout, que ces élections seront d'une certaine façon référendaires. Au Québec, la réponse à cette question est plutôt prévisible. Dans le reste du Canada, Paul Martin, lors du déclenchement des élections, a fait le pari qu'il l'emporterait. Aujourd'hui, à le voir se défendre et aller jusqu'à prétendre que la défense de l'unité canadienne fait partie de son ADN, on peut penser qu'il en est peut-être un peu moins convaincu.
bdescoteaux@ledevoir.ca
D'entrée de jeu, le chef du Parti libéral avait décrété que ces élections seraient de nature référendaire. L'objectif recherché était facile à décoder. Pour faire oublier le scandale des commandites, les libéraux devaient s'identifier à une cause qui dépasse toutes les autres en importance. Le coup de l'unité nationale ayant été joué plusieurs fois avec succès, Paul Martin a tout naturellement cru qu'il pourrait rallier les fédéralistes de tout le pays en agitant à nouveau le spectre de la séparation du Québec.
Au cours des deux premières semaines de campagne, seuls les journalistes ont remis en question la pertinence de cette stratégie, soulignant que Paul Martin reconnaissait implicitement le retour imminent du Parti québécois au pouvoir à Québec et le caractère inexorable d'un prochain référendum sur la souveraineté. La semaine dernière, le chef conservateur a à son tour relevé l'ambiguïté du discours libéral. Lors du débat des chefs en anglais, vendredi soir, il a rappelé au premier ministre qu'il semblait oublier la présence à la tête du gouvernement québécois d'un premier ministre fédéraliste avec qui il vaudrait peut-être mieux travailler afin de redonner confiance aux Québécois dans le Canada. Joignant le geste à la parole, M. Harper s'est rendu à Québec lundi pour manifester son engagement à mettre en pratique un fédéralisme flexible.
La réaction de Paul Martin aux propos du chef conservateur montre que celui-ci a visé juste. Touché, il a contre-attaqué en disant que le fédéralisme flexible conservateur fait courir tous les dangers au Canada. Ce pays n'aura de sens que s'il dispose d'un gouvernement central fort. L'ouverture manifestée par M. Harper d'accueillir les demandes du Québec à siéger à des organisations internationales, tout particulièrement à l'UNESCO, et à pouvoir y parler en son nom propre affaiblira le gouvernement canadien, a répliqué le premier ministre, oubliant bien sûr que lors de la campagne électorale de 2004, il avait pris ce même engagement qu'il juge aujourd'hui déviationniste.
Ce débat entre libéraux et conservateurs n'est nouveau en rien. Paul Martin adhère tout à fait à la vision d'un fédéralisme centralisateur définie par ses prédécesseurs. Stephen Harper partage quant à lui la volonté de respecter le partage des compétences constitutionnelles entre les provinces et le gouvernement central. Gardons-nous toutefois de prendre pour parole d'évangile tout ce qu'ils nous disent. Il serait faux de croire que les conservateurs, une fois élus, seraient à ce point souples qu'ils donneraient au Québec tout ce qu'il demande. Il suffit de rappeler à cet égard que c'est un gouvernement conservateur, celui de Brian Mulroney, qui s'était fait reprocher par le gouvernement Bourassa de pratiquer un «fédéralisme prédateur».
La tension des derniers jours entre libéraux et conservateurs baissera alors que la campagne fera brièvement relâche pour les fêtes de fin d'année. Il serait toutefois étonnant qu'ils ne reviennent pas à la charge pour demander aux électeurs de trancher entre les visions du fédéralisme que leurs deux partis entretiennent. Peut-être, après tout, que ces élections seront d'une certaine façon référendaires. Au Québec, la réponse à cette question est plutôt prévisible. Dans le reste du Canada, Paul Martin, lors du déclenchement des élections, a fait le pari qu'il l'emporterait. Aujourd'hui, à le voir se défendre et aller jusqu'à prétendre que la défense de l'unité canadienne fait partie de son ADN, on peut penser qu'il en est peut-être un peu moins convaincu.
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