«Vaudeville», «arrogant», «méprisant»
La décision du gouvernement Charest de mettre fin abruptement à la session parlementaire pour faire adopter une loi d’exception aujourd’hui a fait sortir les leaders syndicaux de leurs gonds. «Vaudeville», «arrogant», «méprisant», «coup de force», «effronté»: les chefs syndicaux ont rivalisé de qualificatifs tous plus colorés les uns que les autres pour dénoncer l’attitude du gouvernement.
Tout de noir vêtu, le premier ministre Jean Charest et la présidente du Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget ont annoncé solennellement en soirée que la «négociation a produit ce qu’elle avait à produire», répétant même la phrase à trois reprises.
«Les rapprochements qui pouvaient être faits ont été faits et ils ont été nombreux. En contrepartie, les écarts qui demeurent, essentiellement au chapitre des salaires vont demeurer», a déclaré M. Charest, notant que des ententes de principe sur les clauses normatives ont été conclues avec sept syndicats représentant 150 000 [des quelque 460 000 employés de l’État]. Le gouvernement assure qu’il honorera ces ententes normatives dans sa loi spéciale. On ne pouvait cependant préciser hier si les syndicats qui n’ont pas encore conclu de telles entente se verront imposer de nouvelles conditions ou si on prolongera simplement les clauses déjà existantes.
Sur le plan des hausses salariales, le premier ministre a réitéré la volonté du gouvernement de s’en tenir à son cadre financier de 12,6 % d’augmentations, en incluant l’équité salariale, ce qui représente un débours additionnel de 3,2 milliards sur six ans (2004-2010). Les syndicats exigeaient quant à eux 12,5 %, plus l’équité salariale sur cinq ans.
«Il n’est pas possible pour le gouvernement d’accéder à de telles exigences sans couper dans les services, replonger en déficit ou augmenter les impôts. Ce sont là trois avenues que nous rejetons», a martelé Jean Charest.
Le coup de théâtre est survenu au terme d’une journée marquée par les perturbations syndicales. Des syndiqués ont manifesté aux quatre coins de la province, du matin jusqu’au soir, certains allant même jusqu’à bloquer des autoroutes pendant une vingtaine de minutes.
C’est précisément sur cette mobilisation que le premier ministre s’est appuyé pour justifier la convocation d’une session parlementaire d’urgence. «Cette situation ne fait que des mécontents. Les Québécois attendent de nous que nous mettions fin à ce face à face stérile», a-t-il plaidé.
Indignation syndicale
La colère était vive du côté syndical, d’autant plus que les négociations n’ont pour ainsi dire jamais débuté sur le plan des salaires. Si les tables sectorielles s’affairaient jusqu’à tard hier soir pour tenter d’arracher des règlements sur le normatif, celle sur les salaires n’a même pas été convoquée dans le cas du front commun CSN-FTQ. La CSQ et les syndicats de la fonction publique n’ont quant à eux rencontré leurs vis-à-vis hier matin que pour une petite heure.
«Nous avons non-négocié parce que ces gens-là ne savent pas négocier», a tonné hier soir le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, promettant que les choses n'en resteraient pas là et que tout serait «mis en branle pour mettre au jeu un projet de canalisation des énergies négatives avant les Fêtes, une sorte de geste d’éclat avant Noël». La CSQ tient aujourd'hui un conseil général de négociation qui sera décisif quant au plan de match des prochains jours. Le délai de sept jours nécessaire pour la tenue d'une grève légale est toutefois déjà périmé. «Pour une grève légale oui, mais...», ajoute le président de la CSQ, ouvrant une porte sur la grève illégale. «Je ne dis pas que ce sera ça, mais je dis qu'on ne se laissera pas passer une affaire comme ça sans réagir.»
La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau était elle aussi scandalisée. «[Ils sont] en train de nous faire la démonstration que ce gouvernement n’a jamais eu une once de bonne foi, n’a jamais eu l’intention de négocier les salaires.»
Mme Carbonneau estime que le gouvernement a non seulement «travesti la négociation» mais aussi «utilisé cavalièrement l’Assemblée nationale» comme si c’était un «vulgaire moyen de pression». «Mépriser le petit monde et mépriser la démocratie, c’est beaucoup en même temps», s’est-elle exclamée.
Jointe avant la déclaration du premier ministre, Mme Carbonneau espérait encore que le gouvernement finirait par entendre raison in extremis. «J’espère qu’ils prendront les dernières heures de réflexion pour se rappeler que c’est à peu près tout ce qu’il manquait pour faire la démonstration très claire qu’ils sont indigne de gouverner.»
Le président de la FTQ, Henri Massé, tentait lui aussi de maintenir une lueur d’espoir, bien mince. «Quand je les vois faire un coup de force de même, je suis de plus en plus pessimiste. L’appareil gouvernemental, quand ça vire à la folie, ça vire fou pas à peu près. Je pense que c’est rendu à moitié fou, je ne sais pas si on est capable de revirer cela de bord.»
S’il espérait jusqu’à hier soir arriver à une entente avant les Fêtes, M. Massé reconnaît néanmoins que la «rigidité» du gouvernement, qui ne démord pas de son cadre financier de 12,6 %, en comptant l’équité salariale, ne laissait pas beaucoup de marge de manoeuvre pour arriver à une entente négociée.
«Pour notre monde qui ne touchera pas d’équité, ce qu’il y a sur la table, c’est une convention de six ans et neuf mois avec 8 % d’augmentation. Ça veut dire une perte de pouvoir d’achat d’au moins 5 %. Avec des petits salaires de même, on est déjà en retard sur les autres provinces, sur le fédéral, sur le privé. Ça n’a pas de sens. Là, on va perdre un autre 5 %», a fait valoir M. Massé.
Reconnaissant que le gouvernement «n’est pas dans le trèfle jusqu’aux genoux» sur le plan des finances publiques, le président de la FTQ pense tout de même qu’une entente «potable» était possible.
Le président du Syndicat de la fonction publique du Québec, Michel Sawyer, estime qu’il faut être «baveux pas peu près» pour ainsi décréter les conditions de travail alors que l’ampleur des moyens de pression ne justifie aucunement, selon lui, le caractère d’urgence d’une telle mesure.
M. Sawyer craint qu’une loi spéciale «mine» sérieusement le climat de travail. Le président du syndicat de fonctionnaires ne donne pas cher de la «notion de loyauté» au sein de l’appareil d’État.
En date d’hier, des ententes sur le plan des conditions de travail (en excluant les salaires) avaient été conclues avec le Syndicat de la fonction publique du Québec, la Fédération des infirmières du Québec, le secteur de la santé de la FTQ, avec la CSD qui représente un millier de membres en santé et avec deux autres syndicats plus petits dans le secteur de la santé.
En soirée, la FTQ a décidé de retirer ses représentants de toutes les tables de négociations encore actives. La CSN et la CSQ étaient cependant encore à pied d’oeuvre, dans l’espoir d’arracher des ententes sur les clauses normatives des conventions avant que ne tombe le couperet de la loi d’exception.
On se préparait à un longue nuit d’échanges du côté des enseignants, du primaire et du secondaire, alors qu’un règlement tenait plutôt du rêve dans les collèges. «Nous discutons sans relâche afin de parvenir à des ententes négociées dans les délais que nous ont fixés la partie syndicale», a indiqué Jean-Pierre Saint-Gelais, porte-parole du comité patronal de négociation des commissions scolaires et des collèges.
Avec la collaboration de Marie-Andrée Chouinard
Tout de noir vêtu, le premier ministre Jean Charest et la présidente du Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget ont annoncé solennellement en soirée que la «négociation a produit ce qu’elle avait à produire», répétant même la phrase à trois reprises.
«Les rapprochements qui pouvaient être faits ont été faits et ils ont été nombreux. En contrepartie, les écarts qui demeurent, essentiellement au chapitre des salaires vont demeurer», a déclaré M. Charest, notant que des ententes de principe sur les clauses normatives ont été conclues avec sept syndicats représentant 150 000 [des quelque 460 000 employés de l’État]. Le gouvernement assure qu’il honorera ces ententes normatives dans sa loi spéciale. On ne pouvait cependant préciser hier si les syndicats qui n’ont pas encore conclu de telles entente se verront imposer de nouvelles conditions ou si on prolongera simplement les clauses déjà existantes.
Sur le plan des hausses salariales, le premier ministre a réitéré la volonté du gouvernement de s’en tenir à son cadre financier de 12,6 % d’augmentations, en incluant l’équité salariale, ce qui représente un débours additionnel de 3,2 milliards sur six ans (2004-2010). Les syndicats exigeaient quant à eux 12,5 %, plus l’équité salariale sur cinq ans.
«Il n’est pas possible pour le gouvernement d’accéder à de telles exigences sans couper dans les services, replonger en déficit ou augmenter les impôts. Ce sont là trois avenues que nous rejetons», a martelé Jean Charest.
Le coup de théâtre est survenu au terme d’une journée marquée par les perturbations syndicales. Des syndiqués ont manifesté aux quatre coins de la province, du matin jusqu’au soir, certains allant même jusqu’à bloquer des autoroutes pendant une vingtaine de minutes.
C’est précisément sur cette mobilisation que le premier ministre s’est appuyé pour justifier la convocation d’une session parlementaire d’urgence. «Cette situation ne fait que des mécontents. Les Québécois attendent de nous que nous mettions fin à ce face à face stérile», a-t-il plaidé.
Indignation syndicale
La colère était vive du côté syndical, d’autant plus que les négociations n’ont pour ainsi dire jamais débuté sur le plan des salaires. Si les tables sectorielles s’affairaient jusqu’à tard hier soir pour tenter d’arracher des règlements sur le normatif, celle sur les salaires n’a même pas été convoquée dans le cas du front commun CSN-FTQ. La CSQ et les syndicats de la fonction publique n’ont quant à eux rencontré leurs vis-à-vis hier matin que pour une petite heure.
«Nous avons non-négocié parce que ces gens-là ne savent pas négocier», a tonné hier soir le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, promettant que les choses n'en resteraient pas là et que tout serait «mis en branle pour mettre au jeu un projet de canalisation des énergies négatives avant les Fêtes, une sorte de geste d’éclat avant Noël». La CSQ tient aujourd'hui un conseil général de négociation qui sera décisif quant au plan de match des prochains jours. Le délai de sept jours nécessaire pour la tenue d'une grève légale est toutefois déjà périmé. «Pour une grève légale oui, mais...», ajoute le président de la CSQ, ouvrant une porte sur la grève illégale. «Je ne dis pas que ce sera ça, mais je dis qu'on ne se laissera pas passer une affaire comme ça sans réagir.»
La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau était elle aussi scandalisée. «[Ils sont] en train de nous faire la démonstration que ce gouvernement n’a jamais eu une once de bonne foi, n’a jamais eu l’intention de négocier les salaires.»
Mme Carbonneau estime que le gouvernement a non seulement «travesti la négociation» mais aussi «utilisé cavalièrement l’Assemblée nationale» comme si c’était un «vulgaire moyen de pression». «Mépriser le petit monde et mépriser la démocratie, c’est beaucoup en même temps», s’est-elle exclamée.
Jointe avant la déclaration du premier ministre, Mme Carbonneau espérait encore que le gouvernement finirait par entendre raison in extremis. «J’espère qu’ils prendront les dernières heures de réflexion pour se rappeler que c’est à peu près tout ce qu’il manquait pour faire la démonstration très claire qu’ils sont indigne de gouverner.»
Le président de la FTQ, Henri Massé, tentait lui aussi de maintenir une lueur d’espoir, bien mince. «Quand je les vois faire un coup de force de même, je suis de plus en plus pessimiste. L’appareil gouvernemental, quand ça vire à la folie, ça vire fou pas à peu près. Je pense que c’est rendu à moitié fou, je ne sais pas si on est capable de revirer cela de bord.»
S’il espérait jusqu’à hier soir arriver à une entente avant les Fêtes, M. Massé reconnaît néanmoins que la «rigidité» du gouvernement, qui ne démord pas de son cadre financier de 12,6 %, en comptant l’équité salariale, ne laissait pas beaucoup de marge de manoeuvre pour arriver à une entente négociée.
«Pour notre monde qui ne touchera pas d’équité, ce qu’il y a sur la table, c’est une convention de six ans et neuf mois avec 8 % d’augmentation. Ça veut dire une perte de pouvoir d’achat d’au moins 5 %. Avec des petits salaires de même, on est déjà en retard sur les autres provinces, sur le fédéral, sur le privé. Ça n’a pas de sens. Là, on va perdre un autre 5 %», a fait valoir M. Massé.
Reconnaissant que le gouvernement «n’est pas dans le trèfle jusqu’aux genoux» sur le plan des finances publiques, le président de la FTQ pense tout de même qu’une entente «potable» était possible.
Le président du Syndicat de la fonction publique du Québec, Michel Sawyer, estime qu’il faut être «baveux pas peu près» pour ainsi décréter les conditions de travail alors que l’ampleur des moyens de pression ne justifie aucunement, selon lui, le caractère d’urgence d’une telle mesure.
M. Sawyer craint qu’une loi spéciale «mine» sérieusement le climat de travail. Le président du syndicat de fonctionnaires ne donne pas cher de la «notion de loyauté» au sein de l’appareil d’État.
En date d’hier, des ententes sur le plan des conditions de travail (en excluant les salaires) avaient été conclues avec le Syndicat de la fonction publique du Québec, la Fédération des infirmières du Québec, le secteur de la santé de la FTQ, avec la CSD qui représente un millier de membres en santé et avec deux autres syndicats plus petits dans le secteur de la santé.
En soirée, la FTQ a décidé de retirer ses représentants de toutes les tables de négociations encore actives. La CSN et la CSQ étaient cependant encore à pied d’oeuvre, dans l’espoir d’arracher des ententes sur les clauses normatives des conventions avant que ne tombe le couperet de la loi d’exception.
On se préparait à un longue nuit d’échanges du côté des enseignants, du primaire et du secondaire, alors qu’un règlement tenait plutôt du rêve dans les collèges. «Nous discutons sans relâche afin de parvenir à des ententes négociées dans les délais que nous ont fixés la partie syndicale», a indiqué Jean-Pierre Saint-Gelais, porte-parole du comité patronal de négociation des commissions scolaires et des collèges.
Avec la collaboration de Marie-Andrée Chouinard
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