Dis-moi d'où vient l'argent
25 septembre 2002
Lorsque j'ai appris le nom du président de la campagne de financement de l'ADQ, avant-hier, je me suis rappelé le référendum de 1995. Tandis que Mario Dumont se préparait à parcourir le Québec pour promouvoir la souveraineté, le président de Canam Manac, Marcel Dutil, participait au premier grand rassemblement fédéraliste de la campagne. Je suis allé fouiller dans les archives du Devoir pour y retrouver le compte rendu que j'avais fait de cette assemblée particulièrement réussie qui s'était déroulée à la mi-septembre.
Le discours de Dutil était pire encore que dans mon souvenir, mélange savant d'antiséparatisme et d'antisyndicalisme. Je me suis dit que ça vaudrait la peine de reproduire ici les propos du nouvel argentier adéquiste. Il faut absolument que les progressistes et les souverainistes québécois qui s'apprêtent à voter ADQ par dépit aux prochaines élections sachent au moins à qui ils ont affaire et entre les mains de qui ils mettront le pouvoir. Ils choisiront en connaissance de cause.
L'assemblée du camp du NON se déroulait à l'aréna de Saint-Joseph-de-Beauce, où s'étaient entassés quelque 3000 fidèles sous une nuée de drapeaux fournis par Sheila Copps. Jean Charest était de la fête pour brandir son passeport canadien en compagnie de patrons d'entreprise dont le message était simple: les créateurs d'emplois votent NON. M. Dutil faisait partie de l'aréopage et discourait sur le même thème. «Comptez la quantité de patrons qui appuient le NON», avait-il dit en citant une courte liste de noms connus. Les patrons, avait-il ajouté, «trouvent important le nombre d'emplois qu'ils créent». À l'opposé, avait-il insisté, les alliés du camp du OUI, comme la CSN, «mesurent une bonne année par la quantité de journées de grève. Six semaines de grève au Casino de Montréal; coût pour le gouvernement du Québec: 40 millions. Avec des amis pareils, les péquistes nous mènent tout droit à la faillite», avait-il dit. «Et ce sont eux qui veulent contrôler un Québec indépendant.»
M. Dutil avait fixé la barre d'une victoire du NON à 65 % «pour ne plus en entendre parler».
Fin du rappel documentaire.
S'il se donne aujourd'hui la peine de s'engager derrière Mario Dumont, c'est probablement qu'il a la conviction que le p'tit Mario combattra la CSN et l'assurance qu'on «ne va plus entendre parler» du projet de faire du Québec un pays. Avis aux intéressés.
Quand Mario Dumont avait claqué la porte au nez de Robert Bourassa en 1992, il avait pris la peine de dire qu'il resterait, malgré tout, toujours un libéral. Cette déclaration avait frappé tous les observateurs politiques présents à l'assemblée générale du PLQ, tenue fin août, au cours de laquelle le fameux rapport Allaire avait pris le chemin des poubelles. Pour protester, Dumont s'était levé en compagnie d'un groupe de jeunes libéraux et avait quitté la salle dans un geste théâtral.
À mesure que les prochaines élections approchent, l'allégeance libérale de Mario Dumont saute aux yeux. Non seulement il financera son parti en recourant aux services de collecteurs de fonds habituellement fidèles au PLQ, mais ses discours ressemblent de plus en plus à ceux de la formation politique qui l'a vu naître. Son allocution devant le Canadian Club de Toronto me semble en être la preuve éloquente. Même posture dans le débat constitutionnel, même foi dans le marché pour développer l'économie, même obsession de la diminution du fardeau fiscal. Et le reste à l'avenant.
Si bien que se confirme de plus en plus l'impression qu'il y aura deux partis libéraux dans la course aux prochaines élections.
Au delà de l'étiquette libérale, ce qui apparaît le plus clairement depuis quelques jours, c'est la mesure dans laquelle, contrairement à la croyance, Dumont est un politicien traditionnel. Entouré d'une petite équipe de fidèles conseillers, il fonde son discours sur des généralités, recourt aux services des hommes d'affaires pour garnir ses coffres et récite religieusement, devant le gratin de Bay Street, le credo du libéralisme conventionnel et conservateur. À genoux devant le Canada anglais, à genoux devant la finance. Il a beau dire qu'il n'aura de comptes à rendre à personne, dites-moi d'où vient l'argent...
Les responsables de Radio-Canada se sont donc trompés lorsqu'ils l'ont invité à prendre la parole lors du lancement de la saison de la télésérie Bunker - Le Cirque. Dumont ne représente pas l'antidote au cynisme politique. Au contraire, il s'en abreuve et perpétue les vieilles méthodes.
Dernière chose: j'ai entendu Mario Dumont dire que le Québec avait perdu 30 ans à tourner en rond avec le débat constitutionnel. Se rappelle-t-il au moins que c'est le débat constitutionnel qui l'a mis au monde? Que lui-même, de 1990 à 1995, a été l'un des principaux acteurs de notre drame national? À l'époque, il ne disait pas que le Québec perdait son temps. La question est de savoir quand Mario Dumont s'est foutu de notre gueule: lorsqu'il a poussé Robert Bourassa à devenir souverainiste ou maintenant qu'il nous exhorte à oublier tout ça?
vennem@fides.qc.ca
Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
Le discours de Dutil était pire encore que dans mon souvenir, mélange savant d'antiséparatisme et d'antisyndicalisme. Je me suis dit que ça vaudrait la peine de reproduire ici les propos du nouvel argentier adéquiste. Il faut absolument que les progressistes et les souverainistes québécois qui s'apprêtent à voter ADQ par dépit aux prochaines élections sachent au moins à qui ils ont affaire et entre les mains de qui ils mettront le pouvoir. Ils choisiront en connaissance de cause.
L'assemblée du camp du NON se déroulait à l'aréna de Saint-Joseph-de-Beauce, où s'étaient entassés quelque 3000 fidèles sous une nuée de drapeaux fournis par Sheila Copps. Jean Charest était de la fête pour brandir son passeport canadien en compagnie de patrons d'entreprise dont le message était simple: les créateurs d'emplois votent NON. M. Dutil faisait partie de l'aréopage et discourait sur le même thème. «Comptez la quantité de patrons qui appuient le NON», avait-il dit en citant une courte liste de noms connus. Les patrons, avait-il ajouté, «trouvent important le nombre d'emplois qu'ils créent». À l'opposé, avait-il insisté, les alliés du camp du OUI, comme la CSN, «mesurent une bonne année par la quantité de journées de grève. Six semaines de grève au Casino de Montréal; coût pour le gouvernement du Québec: 40 millions. Avec des amis pareils, les péquistes nous mènent tout droit à la faillite», avait-il dit. «Et ce sont eux qui veulent contrôler un Québec indépendant.»
M. Dutil avait fixé la barre d'une victoire du NON à 65 % «pour ne plus en entendre parler».
Fin du rappel documentaire.
S'il se donne aujourd'hui la peine de s'engager derrière Mario Dumont, c'est probablement qu'il a la conviction que le p'tit Mario combattra la CSN et l'assurance qu'on «ne va plus entendre parler» du projet de faire du Québec un pays. Avis aux intéressés.
Quand Mario Dumont avait claqué la porte au nez de Robert Bourassa en 1992, il avait pris la peine de dire qu'il resterait, malgré tout, toujours un libéral. Cette déclaration avait frappé tous les observateurs politiques présents à l'assemblée générale du PLQ, tenue fin août, au cours de laquelle le fameux rapport Allaire avait pris le chemin des poubelles. Pour protester, Dumont s'était levé en compagnie d'un groupe de jeunes libéraux et avait quitté la salle dans un geste théâtral.
À mesure que les prochaines élections approchent, l'allégeance libérale de Mario Dumont saute aux yeux. Non seulement il financera son parti en recourant aux services de collecteurs de fonds habituellement fidèles au PLQ, mais ses discours ressemblent de plus en plus à ceux de la formation politique qui l'a vu naître. Son allocution devant le Canadian Club de Toronto me semble en être la preuve éloquente. Même posture dans le débat constitutionnel, même foi dans le marché pour développer l'économie, même obsession de la diminution du fardeau fiscal. Et le reste à l'avenant.
Si bien que se confirme de plus en plus l'impression qu'il y aura deux partis libéraux dans la course aux prochaines élections.
Au delà de l'étiquette libérale, ce qui apparaît le plus clairement depuis quelques jours, c'est la mesure dans laquelle, contrairement à la croyance, Dumont est un politicien traditionnel. Entouré d'une petite équipe de fidèles conseillers, il fonde son discours sur des généralités, recourt aux services des hommes d'affaires pour garnir ses coffres et récite religieusement, devant le gratin de Bay Street, le credo du libéralisme conventionnel et conservateur. À genoux devant le Canada anglais, à genoux devant la finance. Il a beau dire qu'il n'aura de comptes à rendre à personne, dites-moi d'où vient l'argent...
Les responsables de Radio-Canada se sont donc trompés lorsqu'ils l'ont invité à prendre la parole lors du lancement de la saison de la télésérie Bunker - Le Cirque. Dumont ne représente pas l'antidote au cynisme politique. Au contraire, il s'en abreuve et perpétue les vieilles méthodes.
Dernière chose: j'ai entendu Mario Dumont dire que le Québec avait perdu 30 ans à tourner en rond avec le débat constitutionnel. Se rappelle-t-il au moins que c'est le débat constitutionnel qui l'a mis au monde? Que lui-même, de 1990 à 1995, a été l'un des principaux acteurs de notre drame national? À l'époque, il ne disait pas que le Québec perdait son temps. La question est de savoir quand Mario Dumont s'est foutu de notre gueule: lorsqu'il a poussé Robert Bourassa à devenir souverainiste ou maintenant qu'il nous exhorte à oublier tout ça?
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Michel Venne est directeur de L'Annuaire du Québec chez Fides.
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