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Agriculture - La libéralisation des échanges profitera d'abord aux pays riches

La FAO met en lumière quelques clichés

Éric Desrosiers   13 décembre 2005 
Quoi qu'en disent les pays riches, c'est bien plus à eux-mêmes qu'aux pays pauvres qu'ils rendront service en réduisant leurs tarifs et leurs subventions dans le secteur agricole. Quant aux pays pauvres, ils ont bien plus à gagner de la réduction de leurs propres barrières commerciales que de celles des pays riches. Il faut toutefois se garder de prêter au commerce des vertus magiques contre la pauvreté et laisser le temps aux gouvernements du Sud de mettre en place les politiques sociales et économiques nécessaires au développement.

Le plus récent rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) portant sur le commerce agricole et la pauvreté prend à contre-pied bien des idées reçues sur la question au coeur des négociations du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). À commencer par les principaux bénéficiaires d'une éventuelle libéralisation des échanges.

Au bout du compte, ce sont les pays industriels, et non pas les pays en voie de développement, qui ont le plus à gagner de telles réformes, concluent, par exemple, les spécialistes de l'organisation internationale. C'est là, en effet, que l'on subit le plus les distorsions économiques attribuables à ses propres subventions et tarifs astronomiques. «Et ce sont les consommateurs des marchés actuellement protégés [par des tarifs] et les producteurs bénéficiant d'un faible soutien intérieur qui y verraient le plus d'avantages», peut-on lire dans le document de 225 pages dévoilé la semaine dernière et intitulé: La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2005.

Ce qui ne veut pas dire que les pays pauvres n'y gagneraient pas aussi, d'une part, en n'ayant plus à faire face, comme dans le secteur du coton, à la concurrence de produits du Nord subventionnés à l'extrême, et, d'autre part, en obtenant un meilleur accès pour leurs exportations sur les marchés des pays riches, grâce à l'abaissement de leurs droits de douanes et autres barrières commerciales. Toutefois, poursuit-on, «pour les pays en développement pris dans leur ensemble, les meilleurs gains potentiels qu'ils pourraient tirer de la libéralisation agricole dériveraient non pas de la réforme du système de soutien à l'agriculture des pays de l'OCDE, mais de leurs propres politiques de réformes agricoles, qui encourageraient les échanges commerciaux entre eux».

Cela tient à la proximité culturelle et géographique de ces marchés, mais aussi au fait que les plus importantes barrières tarifaires dans le secteur agricole sont souvent élevées non pas par les pays riches, mais par les pays pauvres. Une augmentation des échanges commerciaux entre pays pauvres pourrait compter pour 70 % à 85 % des retombées positives à attendre d'une libéralisation des échanges dans ce domaine, évalue la FAO.

Ces conclusions se démarquent nettement de la plupart des arguments qui ont présentement cours à l'OMC dont la 6e Conférence ministérielle s'ouvre aujourd'hui à Hong Kong. Engagés depuis 2001, à Doha, dans un cycle de négociation ayant pour principal objectif la promotion des intérêts des pays en voie de développement, les pays riches y ont souvent présenté la réduction de leurs tarifs et de leurs subventions agricoles non pas comme un moyen d'assainir leurs pratiques dans le domaine, mais comme une faveur qu'ils s'apprêtent à accorder au reste de l'humanité. Une faveur que les pays en voie de développement devront payer, à l'exception des plus pauvres, en accordant, en échange, un meilleur accès à leur secteur des services, par exemple.

Dans la même logique, la plupart des pays en voie de développement font présentement tout pour éviter de devoir réduire leurs propres obstacles au commerce. L'ensemble des partis tendent d'ailleurs à leur reconnaître le droit, à tout le moins, de se voir fixer des cibles moins ambitieuses et accorder des délais plus long pour les atteindre.

Commerce et État

«La libéralisation multilatérale du commerce offre de nouvelles perspectives aux plus démunis et à ceux qui sont en situation d'insécurité alimentaire», écrit la FAO, «grâce à son action catalytique en faveur du changement», et en permettant aux pauvres «d'améliorer leurs revenus et de vivre une existence plus longue, plus saine et plus productive». Elle peut toutefois aussi avoir des effets négatifs à courts et longs termes, ajoute-t-elle.

Des pays dont la grande majorité de la population vit en zone rurale et tire sa subsistance de l'agriculture ne peuvent pas, du jour au lendemain, faire face à la disparition des barrières commerciales, dit-elle. Surtout quand attendent, de l'autre côté, les produits subventionnés du Nord. Leurs gouvernements doivent auparavant, avoir eu le temps et les moyens de mettre en place les «infrastructures et institutions de base» permettant une bonne transition. «Des investissements au niveau de l'infrastructure rurale, du capital humain et d'autres biens publics sont nécessaires», explique la FAO.

À l'inverse, les barrières commerciales ne pourront jamais «se substituer ni aux interventions nécessaires pour corriger la faiblesse des institutions, l'inadéquation de l'infrastructure et la distorsion des marchés des facteurs, ni aux investissements essentiels à effectuer en faveur des populations rurales dans les domaines de la santé, de l'assainissement et de l'éducation. Les filets de sécurité ne constituent que le complément de ces actions fondamentales pour des marchés plus ouverts», conclut le rapport.
 
 
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