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Tremblay annule le budget de Montréal

Le maire dit regretter d'avoir trahi sa promesse de ne pas hausser les taxes. Un décret de Québec vient changer la donne.

Jeanne Corriveau   13 décembre 2005 
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, l’air déconfit, a annoncé hier à l’hôtel de ville que le budget serait remanié et déposé de nouveau en janvier.
Photo : Jacques Nadeau
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, l’air déconfit, a annoncé hier à l’hôtel de ville que le budget serait remanié et déposé de nouveau en janvier.
Critiqué de toutes parts pour avoir manqué à sa parole de ne pas hausser les impôts fonciers des Montréalais, le maire Gérald Tremblay fait marche arrière. Le budget déposé par son administration la semaine dernière sera revu et corrigé, et la nouvelle mouture sera déposée en janvier. Le maire reproche également à Québec d'avoir adopté, jeudi dernier, un décret d'agglomération qui modifie certaines règles du jeu et l'oblige à effectuer des réaménagements dans son budget.

«J'ai ébranlé, sans le vouloir, le lien de confiance que j'avais établi avec la population. Je m'en excuse et je le regrette. Pour moi, cette confiance est essentielle pour développer et défendre les intérêts de Montréal, a expliqué le maire, l'air abattu, lors d'une conférence de presse hier en compagnie du président du comité exécutif, Frank Zampino.

Le maire a soutenu que les promesses faites par son équipe pendant la campagne électorale tenaient compte d'ententes devant être conclues avec Québec. Il a cité, à titre d'exemple, le nouveau pacte fiscal liant les municipalités et le gouvernement qui, faute d'un accord entre les parties, a dû être reporté de quelques mois. «Il est apparu que, lors de la préparation du budget, ces ententes n'ont pu se concrétiser. Je ne cherche pas une excuse, je vous donne une explication. Ce matin, j'ai demandé au président du comité exécutif et au directeur de la Ville de préparer un budget corrigé qui sera déposé en janvier 2006», a-t-il poursuivi.

Rappelons que, durant la campagne électorale qui a mené à sa réélection le 6 novembre dernier, Gérald Tremblay s'était engagé à consacrer 500 millions de dollars, au cours des quatre prochaines années, pour la réduction du nombre de nids-de-poules à Montréal en plus de promettre 75 millions de plus pour la propreté. «Ce qui nous a guidés, c'est la capacité de payer des citoyens. On peut assurer aux Montréalais qu'on va pouvoir réaliser ces engagements sans hausser le fardeau fiscal global des contribuables», avait expliqué Frank Zampino, lors du lancement de la plate-forme électorale de l'Union des citoyens de l'île de Montréal (UCIM) en septembre. Or, le budget de la Ville, déposé mercredi dernier, prévoit des hausses de taxes moyennes de 1 % pour les contribuables du secteur résidentiel et de 2 % pour le secteur non résidentiel, ainsi qu'une surtaxe destinée aux travaux de voirie afin de respecter l'engagement concernant les nids-de-poule.

Gérald Tremblay a eu beau marteler, depuis la semaine dernière, qu'il avait dû faire des choix et qu'il ignorait, lorsqu'il a pris ses engagements durant la campagne électorale, qu'il ne pourrait respecter sa promesse concernant les hausses de taxes, les critiques n'ont pas cessé à son égard. «On va revoir le budget pour rétablir ce lien de confiance [avec les citoyens] en janvier 2006», a affirmé le maire tout en refusant de dire si, effectivement, le nouveau budget annulera les hausses de taxes imposées aux contribuables.

Le décret d'agglomération

Mais d'autres facteurs obligent la Ville à revoir son budget. Le décret d'agglomération, adopté jeudi dernier par le gouvernement du Québec — soit au lendemain du dépôt du budget —, est également venu modifier plusieurs éléments du budget de la Ville. Ce décret était nécessaire pour définir les règles régissant le conseil d'agglomération et partager les compétences relatives à l'agglomération et celles relevant des 16 villes qui la composent, soit Montréal et les 15 municipalités à reconstituer.

L'administration Tremblay-Zampino ne s'attendait pas à ce que Québec décrète que la tarification de l'eau imposée aux villes défusionnées serait établie en fonction de la consommation d'eau des citoyens de ces municipalités et non selon la valeur foncière de leurs propriétés. Frank Zampino a accusé Québec d'avoir fléchi devant les villes défusionnées, qui estimaient cette formule plus équitable à l'égard de leurs citoyens, mais il a été incapable de préciser l'impact financier de cette mesure.

M. Zampino a également évoqué une disposition du décret qui prévoit que les travaux d'infrastructures effectués au centre-ville de Montréal soient facturés à l'agglomération pour expliquer la nécessité de revoir le budget de la Ville. Le président du comité exécutif a de plus dénoncé un article du décret faisant en sorte que la caserne de pompiers de Côte-Saint-Luc sera transférée à la municipalité parce que celle-ci en occupe une partie pour des services locaux. La sécurité incendie relève pourtant de l'agglomération et c'est cette dernière qui devrait en devenir propriétaire, a déploré M. Zampino. «Les décisions de Québec concernant le décret viennent pénaliser les contribuables de la Ville de Montréal actuelle, a-t-il soutenu. On n'a aucune intention de faire assumer par nos contribuables ces décisions qui viennent avantager les villes défusionnées.»

La volte-face de l'administration Tremblay-Zampino repousse à l'an prochain le dépôt et l'adoption du budget, mais ce report aura peu de conséquences, a affirmé le président du comité exécutif, si ce n'est de retarder de quelques semaines l'envoi du compte de taxes des Montréalais. Néanmoins, toutes les assemblées publiques concernant le budget d'agglomération, dont celle prévue pour ce matin, ont été annulées, de même que la séance du conseil municipal de vendredi destinée à l'adoption du budget de la Ville qui sera tenue après les Fêtes.

Québec réfute les accusations

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, on s'est étonné des reproches adressés par le maire Tremblay au gouvernement. «Je pense qu'il est faux de prétendre que la Ville de Montréal va revoir son budget uniquement à cause de quelques dispositions du décret», a indiqué hier l'attaché de presse de la ministre, Jonathan Trudeau, qui estime que les impacts financiers du décret ne sont pas assez importants pour justifier un tel report du budget.

À titre d'exemple, la tarification de l'eau ne représente pour Montréal qu'un manque à gagner d'environ dix millions sur un budget total de près de quatre milliards de dollars, a-t-il précisé. Quant à la disposition du décret touchant les travaux d'infrastructures au centre-ville, elle ne peut qu'être favorable à la Ville de Montréal, selon lui. «Je pense qu'en même temps M. Tremblay a été sensible au mécontentement démontré par la population au cours des derniers jours et qu'il a décidé, en administrateur responsable qu'il est, de revoir certaines dispositions de son budget», a ajouté M. Trudeau.

La mairesse de Westmount, Karin Marks, estime de son côté que le gouvernement doit assumer une part du blâme, car il aurait dû, dès cet été, adopter le décret d'agglomération. Bien que satisfaits de constater que leurs revendications concernant la tarification de l'eau ont été entendues, les maires des villes reconstituées estiment tout de même que bien des éléments figurant parmi les compétences d'agglomération sont discutables, qu'il s'agisse, par exemple, de la gestion de certains parcs montréalais ou de l'harmonisation des systèmes informatiques des bibliothèques dont les frais devront être assumés par l'ensemble des municipalités de l'île qu'elles le veuillent ou non.

Pour sa part, le chef de l'opposition s'est dit ravi de la tournure des événements. «C'est un budget qui est à refaire parce que, comme je l'avais dit la semaine dernière, il était mal préparé, improvisé [...] et il comportait beaucoup d'erreurs. J'espère qu'il va être revu avec une réduction des taxes pour les citoyens», a déclaré Pierre Bourque qui estime que le décret de Québec ne peut, à lui seul, justifier une révision de fond en comble du budget. Selon lui, il ne s'agit que d'un prétexte du maire Tremblay «pour refaire ses devoirs sans avoir à admettre s'être complètement trompé.»
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 13 décembre 2005 08h24
    Honnêteté et humilité
    S'il ne s'agit pas là d'une pure stratégie politique, il faut féliciter le maire Tremblay pour son honnêteté et, surtout, pour son acte d'humilité. On ne nous a pas habitué à une attitude vraiment démocratique.

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