L'allocation Harper
Jean-Robert Sansfaçon
7 décembre 2005
À première vue, le plan d'aide à la famille dévoilé lundi par le chef conservateur, Stephen Harper, heurte de plein fouet l'orientation du Québec en matière de services de garde à l'enfance. Dans les faits, les choses sont plus complexes, du moins pour le Québec. Explications.
Le plan conservateur est simple: d'abord, on annule les ententes signées par le gouvernement Martin avec les dix provinces pour la création d'un programme national de garderies, puis on remplace le tout par un chèque mensuel de 100 $ par enfant de moins de cinq ans, versé directement aux parents.
Pour les conservateurs, c'est aux parents seuls qu'il appartient de choisir le mode de garde qui leur convient. Ce faisant, M. Harper cherche à rejoindre en priorité les familles dont l'un des conjoints, habituellement la femme, choisit de s'occuper lui-même des enfants ou de les confier à des proches. Il faut dire que même au Québec, où le réseau de CPE est développé, un bambin sur deux ne fréquente pas la garderie. Dans le reste du Canada, les chiffres sont beaucoup plus élevés. C'est dire combien l'allocation Harper, qui n'est en fait qu'une augmentation du crédit pour enfant, pourrait être bien reçue.
Les tenants d'un programme pancanadien de garderies semblable à celui du Québec s'opposent avec force à un programme aussi individualiste qui ne crée aucune nouvelle place ni ne soutient celles qui existent déjà. De toute façon, avec 100 $ par mois, on ne fait même pas garder son enfant trois petites journées!
Cela dit, compliquons les choses un peu. D'abord, rappelons-nous que l'éducation est de compétence provinciale et que c'est grâce à ses excédents budgétaires qu'Ottawa peut se permettre d'ajouter son grain de sel à ce que les provinces font déjà, ou devraient faire, chacune à sa façon. Le gouvernement Martin lui-même l'a admis en acceptant de transférer 1,2 milliard au Québec, d'ici cinq ans, à la seule condition que l'argent aille aux familles. Ce financement, M. Martin vient d'ailleurs de promettre de le reconduire jusqu'en 2015.
Or cet argent, Québec ne l'injectera pas dans le réseau des CPE puisqu'il y consacre déjà 1,4 milliard par année. Qu'en fera-t-il? On n'en sait rien. Il pourrait, par exemple, bonifier son programme de crédits pour enfants créé l'an dernier. Ce faisant, il utiliserait donc l'argent d'Ottawa pour faire la même chose que ce que promettent les conservateurs...
En somme, si Stephen Harper devient premier ministre, les parents recevront un chèque, mais Québec perdra le milliard prévu dans l'entente signée cet automne par le gouvernement Martin. M. Charest devrait donc revoir ses propres dépenses de programme en conséquence, sans pour autant s'attaquer au réseau de CPE.
On le voit, pour les familles du Québec, ce n'est pas la présence d'un gouvernement conservateur ou libéral à Ottawa qui importe vraiment en matière de financement des services de garde. Avec Paul Martin, l'argent ira au gouvernement du Québec qui le redistribuera selon ses priorités, alors qu'avec Stephen Harper, il ira dans la poche des parents de jeunes enfants, que ceux-ci fréquentent ou non la garderie.
Voilà qui nous rappelle que, peu importe la couleur de ceux qui gouvernent à Ottawa, le problème des excédents budgétaires dont on ne sait que faire reste le même. Quant aux ententes à long terme conclues avec les provinces, elles n'ont pas plus de valeur que celle du papier sur lequel elles ont été rédigées.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Le plan conservateur est simple: d'abord, on annule les ententes signées par le gouvernement Martin avec les dix provinces pour la création d'un programme national de garderies, puis on remplace le tout par un chèque mensuel de 100 $ par enfant de moins de cinq ans, versé directement aux parents.
Pour les conservateurs, c'est aux parents seuls qu'il appartient de choisir le mode de garde qui leur convient. Ce faisant, M. Harper cherche à rejoindre en priorité les familles dont l'un des conjoints, habituellement la femme, choisit de s'occuper lui-même des enfants ou de les confier à des proches. Il faut dire que même au Québec, où le réseau de CPE est développé, un bambin sur deux ne fréquente pas la garderie. Dans le reste du Canada, les chiffres sont beaucoup plus élevés. C'est dire combien l'allocation Harper, qui n'est en fait qu'une augmentation du crédit pour enfant, pourrait être bien reçue.
Les tenants d'un programme pancanadien de garderies semblable à celui du Québec s'opposent avec force à un programme aussi individualiste qui ne crée aucune nouvelle place ni ne soutient celles qui existent déjà. De toute façon, avec 100 $ par mois, on ne fait même pas garder son enfant trois petites journées!
Cela dit, compliquons les choses un peu. D'abord, rappelons-nous que l'éducation est de compétence provinciale et que c'est grâce à ses excédents budgétaires qu'Ottawa peut se permettre d'ajouter son grain de sel à ce que les provinces font déjà, ou devraient faire, chacune à sa façon. Le gouvernement Martin lui-même l'a admis en acceptant de transférer 1,2 milliard au Québec, d'ici cinq ans, à la seule condition que l'argent aille aux familles. Ce financement, M. Martin vient d'ailleurs de promettre de le reconduire jusqu'en 2015.
Or cet argent, Québec ne l'injectera pas dans le réseau des CPE puisqu'il y consacre déjà 1,4 milliard par année. Qu'en fera-t-il? On n'en sait rien. Il pourrait, par exemple, bonifier son programme de crédits pour enfants créé l'an dernier. Ce faisant, il utiliserait donc l'argent d'Ottawa pour faire la même chose que ce que promettent les conservateurs...
En somme, si Stephen Harper devient premier ministre, les parents recevront un chèque, mais Québec perdra le milliard prévu dans l'entente signée cet automne par le gouvernement Martin. M. Charest devrait donc revoir ses propres dépenses de programme en conséquence, sans pour autant s'attaquer au réseau de CPE.
On le voit, pour les familles du Québec, ce n'est pas la présence d'un gouvernement conservateur ou libéral à Ottawa qui importe vraiment en matière de financement des services de garde. Avec Paul Martin, l'argent ira au gouvernement du Québec qui le redistribuera selon ses priorités, alors qu'avec Stephen Harper, il ira dans la poche des parents de jeunes enfants, que ceux-ci fréquentent ou non la garderie.
Voilà qui nous rappelle que, peu importe la couleur de ceux qui gouvernent à Ottawa, le problème des excédents budgétaires dont on ne sait que faire reste le même. Quant aux ententes à long terme conclues avec les provinces, elles n'ont pas plus de valeur que celle du papier sur lequel elles ont été rédigées.
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