Montréal 2005 - Kyoto: Mulcair place la barre haut
Réduire les GES de 20% d'ici à 2015
Louis-Gilles Francoeur
5 décembre 2005
Le Québec se donne le même objectif de réduction de gaz à effet de serre que le Canada, soit de ramener d'ici à 2012 ses émissions à 6 % sous le niveau historique des émissions de 1990, a déclaré hier au Devoir le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Thomas Mulcair.
Et dans l'état actuel de la planification gouvernementale, ajoute-t-il, le Québec prépare déjà l'après-2012, un des enjeux principaux de la conférence de Montréal. Le ministre Mulcair déclare qu'il est «réaliste» de penser qu'en 2015 les émissions québécoises auront été réduites de 10 % sous la barre du niveau de 1990, ce qui correspondrait à une réduction de 20 % par rapport à leur niveau actuel.
Aucun gouvernement québécois n'a encore souscrit à un objectif précis de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour le Québec. Les quatre résolutions adoptées par l'Assemblée nationale sur cette question visaient à presser Ottawa de s'engager dans la voie de Kyoto et d'adhérer globalement au protocole au nom du Québec, mais sans déterminer d'objectif précis.
Il faut remonter aux déclarations des anciens ministres de l'Environnement, Paul Bégin et André Boisclair pour trouver des chiffres précis. Les deux ministres avaient évoqué la possibilité que le Québec adopte l'objectif du Canada, mais il ne s'agissait pas alors d'une politique officielle de leur gouvernement.
Les émissions québécoises dépassaient en 2003 de 9,1 % le niveau historique de 1990, selon un document déposé par Québec à la table des négociations avec Ottawa. Les émissions actuelles se situeraient donc autour de 10 % au-dessus du niveau de 1990, ce qui implique qu'il faudra les réduire globalement de 16 % environ pour atteindre l'équivalent de l'objectif canadien. Les mesures de réduction présentement évaluées à Québec auraient pour effet de ramener de + 9 % en 2003 à +3 % d'ici à 2010 les émissions québécoises, soit une diminution de 6 % en quatre ans. Si le Québec adopte officiellement les engagements du ministre Mulcair, il devrait donc aller chercher entre 2010 et 2012 une réduction supplémentaire d'au moins 9 % pour atteindre le niveau de - 6 %. De son côté, d'ici à 2012, le Canada devra globalement réduire ses émissions de 30 %, en les faisant passer de +24 % à -6 %.
«Nous, on vise clairement le niveau de moins 6 % pour 2012, affirmait hier au Devoir le ministre Mulcair dans une entrevue téléphonique. On va s'engager là-dessus sans aucun problème. Mais moi, je veux plus. Puisqu'on va avoir sur la table une stratégie globale et des plans d'action quinquennaux à l'intérieur de ça, je pense qu'on peut à tout le moins s'engager à atteindre le niveau de moins 10 % pour 2015. Il n'y a aucune raison pour ne pas y arriver.»
Le ministre Mulcair affirme avoir l'appui de ses collègues et du premier ministre dans ce domaine, ce qui fera du Québec la première province à se doter d'un échéancier précis.
«Pour le moins 6 % par rapport à 1990, tout est attaché avec mes collègues, ajoute le ministre. Je suis absolument certain d'avoir cet appui. Mais il faut comprendre pourquoi on hésite à introduire une résolution formelle à l'Assemblée [nationale] avant d'avoir notre entente formelle avec le gouvernement fédéral.»
«Je ne ferai pas d'annonce sur quoi que ce soit tant que les ententes financières ne seront pas bouclées», commente le ministre.
Le premier ministre Jean Charest, explique Thomas Mulcair, s'est cependant engagé avec les autres provinces et États américains de l'Est au sein de la conférence qui réunit régulièrement les premiers ministres et gouverneurs à atteindre un objectif de réduction des GES de l'ensemble de la région atlantique de 10 % sous le niveau de 1990, et cela, d'ici à 2020. Ce report de huit ans de l'objectif pour la région atlantique par rapport à l'année-cible 2012 adoptée à Kyoto s'explique par le refus de Washington de s'engager dans un plan de réduction assorti d'un échéancier officiel.
Le ministre Mulcair reconnaît que les projets planifiés par le gouvernement Charest, dont Le Devoir révélait une bonne partie samedi, «ne sont qu'une partie de l'effort à faire: mais d'autres annonces suivront», ajoute le ministre, une fois que les négociations avec Ottawa auront abouti, soit maintenant après les élections fédérales. Mais le ministre reconnaît que la pression augmente sensiblement pour qu'il dévoile le jeu du Québec dans ce domaine.
«La pression de la semaine dernière, je l'ai trouvée difficile à supporter. Mais j'étais prêt à en prendre plus, car je ne ferai pas d'annonce pour quelque chose qui n'est pas financièrement ficelé», dit-il.
Le Québec s'est doté d'un premier plan en l'an 2000. Le plan quinquennal qu'il prépare actuellement cible l'année 2010 et le troisième, l'année 2015.
Une quinzaine de ministères seront associés au plan d'ensemble du gouvernement, et chacun devra produire des plans particuliers pour ses services et ses administrés. Mais tous n'auront pas que des objectifs de réduction à atteindre, précise le titulaire du MDDEP. Si plusieurs devront planifier des réductions, plusieurs devront en même temps amorcer la planification des mesures dites «d'adaptation» aux changements climatiques, ce qui exigera aussi d'importants budgets et une préparation intense.
«La Santé, explique le ministre Mulcair, va avoir autant à dire et à faire sur la question de l'adaptation, si on pense par exemple aux canicules. La Sécurité civile et les Transports vont avoir à se préoccuper de l'adaptation de la Côte-Nord aux conditions climatiques changeantes, ne serait-ce que sur la question des routes. Il faudra intégrer toutes ces questions dans une vision commune et globale.»
Réagissant à ces informations, le porte-parole de Greenpeace-Québec, Steven Guilbault, déclarait que «si Québec procède ainsi, en planifiant jusqu'en 2015 dès maintenant, ce sera une bonne nouvelle. Mais, pour l'instant, la priorité, c'est de voir le plan concrètement, car c'est le nerf de la guerre, et c'est là-dessus qu'on peut juger de la valeur des engagements du gouvernement. En 2000, Ottawa avait annoncé un plan, mais ce n'était pas très fort. Alors, il faut voir aussi dans le cas du Québec».
Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina d'Ottawa, le fait qu'une province de l'importance du Québec s'engage avec un plan et des objectifs précis, comme l'a fait le Manitoba, et surtout qu'une province ouvre le dossier de l'après-2012, «c'est un développement qui élargit à tout le moins le débat au Canada», ce qui pourrait avoir un effet d'entraînement bénéfique sur des provinces réfractaires, comme l'Alberta, à la mise en application du plan canadien.
Et dans l'état actuel de la planification gouvernementale, ajoute-t-il, le Québec prépare déjà l'après-2012, un des enjeux principaux de la conférence de Montréal. Le ministre Mulcair déclare qu'il est «réaliste» de penser qu'en 2015 les émissions québécoises auront été réduites de 10 % sous la barre du niveau de 1990, ce qui correspondrait à une réduction de 20 % par rapport à leur niveau actuel.
Aucun gouvernement québécois n'a encore souscrit à un objectif précis de réduction des gaz à effet de serre (GES) pour le Québec. Les quatre résolutions adoptées par l'Assemblée nationale sur cette question visaient à presser Ottawa de s'engager dans la voie de Kyoto et d'adhérer globalement au protocole au nom du Québec, mais sans déterminer d'objectif précis.
Il faut remonter aux déclarations des anciens ministres de l'Environnement, Paul Bégin et André Boisclair pour trouver des chiffres précis. Les deux ministres avaient évoqué la possibilité que le Québec adopte l'objectif du Canada, mais il ne s'agissait pas alors d'une politique officielle de leur gouvernement.
Les émissions québécoises dépassaient en 2003 de 9,1 % le niveau historique de 1990, selon un document déposé par Québec à la table des négociations avec Ottawa. Les émissions actuelles se situeraient donc autour de 10 % au-dessus du niveau de 1990, ce qui implique qu'il faudra les réduire globalement de 16 % environ pour atteindre l'équivalent de l'objectif canadien. Les mesures de réduction présentement évaluées à Québec auraient pour effet de ramener de + 9 % en 2003 à +3 % d'ici à 2010 les émissions québécoises, soit une diminution de 6 % en quatre ans. Si le Québec adopte officiellement les engagements du ministre Mulcair, il devrait donc aller chercher entre 2010 et 2012 une réduction supplémentaire d'au moins 9 % pour atteindre le niveau de - 6 %. De son côté, d'ici à 2012, le Canada devra globalement réduire ses émissions de 30 %, en les faisant passer de +24 % à -6 %.
«Nous, on vise clairement le niveau de moins 6 % pour 2012, affirmait hier au Devoir le ministre Mulcair dans une entrevue téléphonique. On va s'engager là-dessus sans aucun problème. Mais moi, je veux plus. Puisqu'on va avoir sur la table une stratégie globale et des plans d'action quinquennaux à l'intérieur de ça, je pense qu'on peut à tout le moins s'engager à atteindre le niveau de moins 10 % pour 2015. Il n'y a aucune raison pour ne pas y arriver.»
Le ministre Mulcair affirme avoir l'appui de ses collègues et du premier ministre dans ce domaine, ce qui fera du Québec la première province à se doter d'un échéancier précis.
«Pour le moins 6 % par rapport à 1990, tout est attaché avec mes collègues, ajoute le ministre. Je suis absolument certain d'avoir cet appui. Mais il faut comprendre pourquoi on hésite à introduire une résolution formelle à l'Assemblée [nationale] avant d'avoir notre entente formelle avec le gouvernement fédéral.»
«Je ne ferai pas d'annonce sur quoi que ce soit tant que les ententes financières ne seront pas bouclées», commente le ministre.
Le premier ministre Jean Charest, explique Thomas Mulcair, s'est cependant engagé avec les autres provinces et États américains de l'Est au sein de la conférence qui réunit régulièrement les premiers ministres et gouverneurs à atteindre un objectif de réduction des GES de l'ensemble de la région atlantique de 10 % sous le niveau de 1990, et cela, d'ici à 2020. Ce report de huit ans de l'objectif pour la région atlantique par rapport à l'année-cible 2012 adoptée à Kyoto s'explique par le refus de Washington de s'engager dans un plan de réduction assorti d'un échéancier officiel.
Le ministre Mulcair reconnaît que les projets planifiés par le gouvernement Charest, dont Le Devoir révélait une bonne partie samedi, «ne sont qu'une partie de l'effort à faire: mais d'autres annonces suivront», ajoute le ministre, une fois que les négociations avec Ottawa auront abouti, soit maintenant après les élections fédérales. Mais le ministre reconnaît que la pression augmente sensiblement pour qu'il dévoile le jeu du Québec dans ce domaine.
«La pression de la semaine dernière, je l'ai trouvée difficile à supporter. Mais j'étais prêt à en prendre plus, car je ne ferai pas d'annonce pour quelque chose qui n'est pas financièrement ficelé», dit-il.
Le Québec s'est doté d'un premier plan en l'an 2000. Le plan quinquennal qu'il prépare actuellement cible l'année 2010 et le troisième, l'année 2015.
Une quinzaine de ministères seront associés au plan d'ensemble du gouvernement, et chacun devra produire des plans particuliers pour ses services et ses administrés. Mais tous n'auront pas que des objectifs de réduction à atteindre, précise le titulaire du MDDEP. Si plusieurs devront planifier des réductions, plusieurs devront en même temps amorcer la planification des mesures dites «d'adaptation» aux changements climatiques, ce qui exigera aussi d'importants budgets et une préparation intense.
«La Santé, explique le ministre Mulcair, va avoir autant à dire et à faire sur la question de l'adaptation, si on pense par exemple aux canicules. La Sécurité civile et les Transports vont avoir à se préoccuper de l'adaptation de la Côte-Nord aux conditions climatiques changeantes, ne serait-ce que sur la question des routes. Il faudra intégrer toutes ces questions dans une vision commune et globale.»
Réagissant à ces informations, le porte-parole de Greenpeace-Québec, Steven Guilbault, déclarait que «si Québec procède ainsi, en planifiant jusqu'en 2015 dès maintenant, ce sera une bonne nouvelle. Mais, pour l'instant, la priorité, c'est de voir le plan concrètement, car c'est le nerf de la guerre, et c'est là-dessus qu'on peut juger de la valeur des engagements du gouvernement. En 2000, Ottawa avait annoncé un plan, mais ce n'était pas très fort. Alors, il faut voir aussi dans le cas du Québec».
Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina d'Ottawa, le fait qu'une province de l'importance du Québec s'engage avec un plan et des objectifs précis, comme l'a fait le Manitoba, et surtout qu'une province ouvre le dossier de l'après-2012, «c'est un développement qui élargit à tout le moins le débat au Canada», ce qui pourrait avoir un effet d'entraînement bénéfique sur des provinces réfractaires, comme l'Alberta, à la mise en application du plan canadien.
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