Duceppe veut rayer le PLC du Québec
Sanctionner le gouvernement de Paul Martin ne suffit plus pour Gilles Duceppe qui a invité hier les Québécois à faire disparaître les libéraux fédéraux lors du prochain scrutin.
Deux fois plutôt qu'une durant son discours devant quelque 600 militants réunis en conseil général électoral à Longueuil, le chef du Bloc québécois a adopté un ton plus agressif contre ses adversaires libéraux. Vraisemblablement emporté par l'appui record pour son parti que tendent à démontrer les récents sondages, Gilles Duceppe s'est d'abord moqué du premier ministre Martin qui estime que la présente élection est de nature référendaire. «J'ai pensé à une bonne question: voulez-vous, oui ou non, vous débarrasser des libéraux de Paul Martin?[...] On l'a la question référendaire. On est prêts», a lancé M. Duceppe déclenchant les applaudissements nourris de la salle.
Puis à la fin de son allocution, Gilles Duceppe a poursuivi sur son élan en appelant la population à une «mobilisation sans précédent pour que, le 23 janvier, on se dise qu'heureusement, ici, c'est le Bloc québécois et heureusement, les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau».
Quelques minutes plus tard en conférence de presse, le chef bloquiste a expliqué avoir montré «beaucoup d'enthousiasme». «On parlait de [les faire disparaître de] la carte électorale du Québec. On est très optimiste. On ne concède aucun comté», a-t-il précisé tout en haussant les épaules devant la possibilité que les libéraux y trouvent une motivation pour augmenter la cadence de leurs attaques.
Réaliste, il a toutefois admis ne pouvoir prétendre gagner les 75 sièges que compte le Québec. «Ce serait du domaine des miracles», a reconnu M. Duceppe qui aimerait faire mieux qu'en 2004 et ainsi franchir la barre des 50 % des voix. En 2004, le Bloc avait obtenu 48,9 % des suffrages.
Le lieutenant québécois de Paul Martin, le ministre Jean Lapierre, s'est montré cinglant à l'endroit de Gilles Duceppe qui a dépassé les bornes en avouant son désir de rayer les libéraux de la carte. «Je trouve qu'il y a un petit côté naziste [sic] dans ça. Ou bien les sondages lui montent à la tête, et je pense que c'est ça qui arrive. Mais une chose est certaine, M. Duceppe va être obligé de retirer ces propos-là», a affirmé M. Lapierre.
Ces échanges acrimonieux surviennent moins d'une semaine après le déclenchement des élections. Depuis le début de cette longue campagne, M. Duceppe a émaillé toutes ses interventions publiques du thème de la «corruption» des libéraux. Il faut sanctionner le gouvernement libéral, martèle-t-il sur toutes les tribunes. Jeudi, il a qualifié le scandale des commandites de «crime d'État». Hier, M. Duceppe a encore carburé à l'indignation.
Aux libéraux qui ne souhaitaient pas avoir d'élections compte tenu des coûts élevés, Gilles Duceppe a mitraillé une série de questions: «On demande combien ça coûte l'absence de démocratie? Combien ça coûte la corruption? Combien ça coûte les détournements de fonds? Combien ça coûte les pots-de-vins, les élections achetées, les promesses brisées, le mépris envers le Québec? [...] On ne peut plus tolérer ça.»
Avec une plate-forme électorale adoptée à l'unanimité malgré la critique du conjoint de la députée Francine Lalonde, Guy Lamarche, qu'on a vite fait taire, M. Duceppe a réclamé que les libéraux dévoilent leur plan d'action. Le chef bloquiste l'a d'ailleurs tourné en ridicule par anticipation. «Je veux voir le livre rouge. Rouge comme dans libéral. Rouge comme dans honte», a-t-il laissé tomber.
C'est dans ce contexte que le Bloc n'entend laisser aucune chance à l'adversaire libéral. Gilles Duceppe n'a d'ailleurs pas exclu qu'il pourrait faire campagne dans la circonscription de Paul Martin contrairement à la courtoisie traditionnelle qui veut que les chefs des partis adverses soient épargnés.
Le Bloc québécois entend aussi mener une offensive spéciale notamment dans les circonscriptions occupées traditionnellement par le Parti libéral du Canada et qui ne bénéficient que d'une mince majorité. C'est le cas notamment pour les circonscriptions détenues par les ministres Liza Frulla et Pierre Pettigrew. Le Bloc y consacrera un budget spécial de 50 000 $ et fera un effort particulier auprès des femmes et des personnes âgées.
Redoutant que les intentions de vote qui leur sont très favorables à l'heure actuelle ne se concrétisent pas en votes le 23 janvier par excès de confiance ou à cause des conditions hivernales, les bloquistes ont lancé hier une opération de vote anticipé. Ils veulent utiliser au maximum l'outil du vote spécial prévu dans la loi électorale fédérale (vote par la poste ou auprès du directeur de scrutin). En clair, l'organisation vise 20 votes par jour dans les circonscriptions qui n'ont pas de député bloquiste, 25 dans les circonscriptions rurales et 30 dans celles situées en milieu urbain.
«Il ne faut pas prendre de chance. On va vous demander cette année, d'une façon toute particulière de faire voter énormément de gens avant le jour J. [...] Une élection, on est certain que ça va bien quand les votes entrent dans la boîte», a indiqué le député Michel Gauthier, organisateur en chef du Bloc, qui a réchauffé la salle avant que M. Duceppe ne prenne la parole.
Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a également pris la parole, félicitant entre autres le Bloc québécois pour le travail qu'il effectue auprès des communautés culturelles. «Ça, c'est de l'argent en banque pour notre mouvement», a affirmé M. Boisclair. M. Duceppe a expliqué que, lorsqu'on «travaille avec ces gens-là, on enrichit l'ensemble de la société québécoise». Aujourd'hui, M. Duceppe présente d'ailleurs les candidats du Bloc qui sont issus de l'immigration.
***
Rigodon bloquiste
Le Bloc est allé puiser dans le terroir québécois pour faire sa campagne publicitaire, ressuscitant une ritournelle enfantine et un rythme de set carré.
Le rigodon bloquiste démarrera à la radio vendredi prochain. Exit le rap que le Bloc faisait tourner en pré-campagne et dont les paroles étaient presque inaudibles. On revient aux racines populaires avec des rimes simples, faciles à retenir et qui donnent une allure festive à cette campagne électorale. Le Bloc offre une version scandale-des-commandites de la chanson Lundi matin que fredonnent les tout-petits pour apprendre les jours de la semaine. Et qu'importe ce qu'en pense le juge Gomery, on fait le lien entre Paul Martin et Jean Chrétien. Du coup, le roi, sa femme et le p'tit prince sont ici remplacés par Martin, Chrétien et leurs copains. C'est le chanteur Pierre-Luc Dupuis, de La Bottine souriante, qui interprète les sept capsules pour chaque jour de la semaine.
Du côté de la publicité télévisée, le Bloc a dévoilé un message de deux minutes que diffuseront gratuitement les chaînes comme le prévoit la loi électorale. Encore là, on a misé sur un rythme qui ravive les traditions et qui reprend le slogan «Heureusement, ici, c'est le Bloc». Des députés y expliquent les motifs de voter pour le Bloc québécois.
D'autres messages publicitaires seront conçus et diffusés après les Fêtes. Le Bloc prévoit y consacrer 2,4 millions soit près de 50 % des dépenses prévues d'ici au 23 janvier.
Deux fois plutôt qu'une durant son discours devant quelque 600 militants réunis en conseil général électoral à Longueuil, le chef du Bloc québécois a adopté un ton plus agressif contre ses adversaires libéraux. Vraisemblablement emporté par l'appui record pour son parti que tendent à démontrer les récents sondages, Gilles Duceppe s'est d'abord moqué du premier ministre Martin qui estime que la présente élection est de nature référendaire. «J'ai pensé à une bonne question: voulez-vous, oui ou non, vous débarrasser des libéraux de Paul Martin?[...] On l'a la question référendaire. On est prêts», a lancé M. Duceppe déclenchant les applaudissements nourris de la salle.
Puis à la fin de son allocution, Gilles Duceppe a poursuivi sur son élan en appelant la population à une «mobilisation sans précédent pour que, le 23 janvier, on se dise qu'heureusement, ici, c'est le Bloc québécois et heureusement, les libéraux, on les fait disparaître. Faites-vous un cadeau».
Quelques minutes plus tard en conférence de presse, le chef bloquiste a expliqué avoir montré «beaucoup d'enthousiasme». «On parlait de [les faire disparaître de] la carte électorale du Québec. On est très optimiste. On ne concède aucun comté», a-t-il précisé tout en haussant les épaules devant la possibilité que les libéraux y trouvent une motivation pour augmenter la cadence de leurs attaques.
Réaliste, il a toutefois admis ne pouvoir prétendre gagner les 75 sièges que compte le Québec. «Ce serait du domaine des miracles», a reconnu M. Duceppe qui aimerait faire mieux qu'en 2004 et ainsi franchir la barre des 50 % des voix. En 2004, le Bloc avait obtenu 48,9 % des suffrages.
Le lieutenant québécois de Paul Martin, le ministre Jean Lapierre, s'est montré cinglant à l'endroit de Gilles Duceppe qui a dépassé les bornes en avouant son désir de rayer les libéraux de la carte. «Je trouve qu'il y a un petit côté naziste [sic] dans ça. Ou bien les sondages lui montent à la tête, et je pense que c'est ça qui arrive. Mais une chose est certaine, M. Duceppe va être obligé de retirer ces propos-là», a affirmé M. Lapierre.
Ces échanges acrimonieux surviennent moins d'une semaine après le déclenchement des élections. Depuis le début de cette longue campagne, M. Duceppe a émaillé toutes ses interventions publiques du thème de la «corruption» des libéraux. Il faut sanctionner le gouvernement libéral, martèle-t-il sur toutes les tribunes. Jeudi, il a qualifié le scandale des commandites de «crime d'État». Hier, M. Duceppe a encore carburé à l'indignation.
Aux libéraux qui ne souhaitaient pas avoir d'élections compte tenu des coûts élevés, Gilles Duceppe a mitraillé une série de questions: «On demande combien ça coûte l'absence de démocratie? Combien ça coûte la corruption? Combien ça coûte les détournements de fonds? Combien ça coûte les pots-de-vins, les élections achetées, les promesses brisées, le mépris envers le Québec? [...] On ne peut plus tolérer ça.»
Avec une plate-forme électorale adoptée à l'unanimité malgré la critique du conjoint de la députée Francine Lalonde, Guy Lamarche, qu'on a vite fait taire, M. Duceppe a réclamé que les libéraux dévoilent leur plan d'action. Le chef bloquiste l'a d'ailleurs tourné en ridicule par anticipation. «Je veux voir le livre rouge. Rouge comme dans libéral. Rouge comme dans honte», a-t-il laissé tomber.
C'est dans ce contexte que le Bloc n'entend laisser aucune chance à l'adversaire libéral. Gilles Duceppe n'a d'ailleurs pas exclu qu'il pourrait faire campagne dans la circonscription de Paul Martin contrairement à la courtoisie traditionnelle qui veut que les chefs des partis adverses soient épargnés.
Le Bloc québécois entend aussi mener une offensive spéciale notamment dans les circonscriptions occupées traditionnellement par le Parti libéral du Canada et qui ne bénéficient que d'une mince majorité. C'est le cas notamment pour les circonscriptions détenues par les ministres Liza Frulla et Pierre Pettigrew. Le Bloc y consacrera un budget spécial de 50 000 $ et fera un effort particulier auprès des femmes et des personnes âgées.
Redoutant que les intentions de vote qui leur sont très favorables à l'heure actuelle ne se concrétisent pas en votes le 23 janvier par excès de confiance ou à cause des conditions hivernales, les bloquistes ont lancé hier une opération de vote anticipé. Ils veulent utiliser au maximum l'outil du vote spécial prévu dans la loi électorale fédérale (vote par la poste ou auprès du directeur de scrutin). En clair, l'organisation vise 20 votes par jour dans les circonscriptions qui n'ont pas de député bloquiste, 25 dans les circonscriptions rurales et 30 dans celles situées en milieu urbain.
«Il ne faut pas prendre de chance. On va vous demander cette année, d'une façon toute particulière de faire voter énormément de gens avant le jour J. [...] Une élection, on est certain que ça va bien quand les votes entrent dans la boîte», a indiqué le député Michel Gauthier, organisateur en chef du Bloc, qui a réchauffé la salle avant que M. Duceppe ne prenne la parole.
Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a également pris la parole, félicitant entre autres le Bloc québécois pour le travail qu'il effectue auprès des communautés culturelles. «Ça, c'est de l'argent en banque pour notre mouvement», a affirmé M. Boisclair. M. Duceppe a expliqué que, lorsqu'on «travaille avec ces gens-là, on enrichit l'ensemble de la société québécoise». Aujourd'hui, M. Duceppe présente d'ailleurs les candidats du Bloc qui sont issus de l'immigration.
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Rigodon bloquiste
Le Bloc est allé puiser dans le terroir québécois pour faire sa campagne publicitaire, ressuscitant une ritournelle enfantine et un rythme de set carré.
Le rigodon bloquiste démarrera à la radio vendredi prochain. Exit le rap que le Bloc faisait tourner en pré-campagne et dont les paroles étaient presque inaudibles. On revient aux racines populaires avec des rimes simples, faciles à retenir et qui donnent une allure festive à cette campagne électorale. Le Bloc offre une version scandale-des-commandites de la chanson Lundi matin que fredonnent les tout-petits pour apprendre les jours de la semaine. Et qu'importe ce qu'en pense le juge Gomery, on fait le lien entre Paul Martin et Jean Chrétien. Du coup, le roi, sa femme et le p'tit prince sont ici remplacés par Martin, Chrétien et leurs copains. C'est le chanteur Pierre-Luc Dupuis, de La Bottine souriante, qui interprète les sept capsules pour chaque jour de la semaine.
Du côté de la publicité télévisée, le Bloc a dévoilé un message de deux minutes que diffuseront gratuitement les chaînes comme le prévoit la loi électorale. Encore là, on a misé sur un rythme qui ravive les traditions et qui reprend le slogan «Heureusement, ici, c'est le Bloc». Des députés y expliquent les motifs de voter pour le Bloc québécois.
D'autres messages publicitaires seront conçus et diffusés après les Fêtes. Le Bloc prévoit y consacrer 2,4 millions soit près de 50 % des dépenses prévues d'ici au 23 janvier.
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