La bataille des CPE - 2
La mobilisation à l'encontre du projet de loi 124 ne dérougit pas. Même les groupes qui le défendent sont soupçonnés d'être en service commandé. L'écart, en fait, se situe entre ceux qui se fient au texte de la loi et ceux qui en craignent le sous-texte. Et l'attitude de la ministre Carole Théberge donne plutôt raison à ceux-ci.
Pourquoi la ministre de la Famille, Carole Théberge, ne défend-elle pas mieux le projet de loi 124? Par incompétence, par maladresse ou parce qu'elle nourrit de sombres desseins?
Admettons — plusieurs le font, dont la CSN et le Parti québécois — que le fait de jumeler presque tous les centres de la petite enfance (CPE) au milieu familial nécessite un rajustement. A-t-on vraiment besoin que cinq CPE supervisent la garde en milieu familial sur un territoire donné? En ont-ils tous l'intérêt, la capacité?
Admettons même que ce rajustement puisse être motivé par des raisons financières. La croissance des services de garde au Québec a été telle depuis 1997 que le système coûte maintenant 1,5 milliard par année. Une certaine rationalisation, même si elle vient écorcher le modèle idéal, n'est pas choquante en soi.
Encore faut-il en préciser les modalités. Souligner par exemple que ce sont d'abord et avant tout les CPE qui doivent remplir le rôle des controversés «bureaux coordonnateurs» de la garde en milieu familial. De fait, le projet de loi, à son article 41, semble les privilégier. Mieux encore, c'est ainsi que le projet est expliqué au ministère; la possibilité qu'une association ou que le privé devienne un «bureau coordonnateur» relèverait même d'un plan B en l'absence de tout autre choix.
Le problème, c'est que la ministre Théberge l'affirme bien rarement. En commission parlementaire, par exemple, il lui a fallu trois jours pour dire «qu'un bureau coordonnateur pourrait être un CPE». On notera le conditionnel... Rien pour indiquer une préférence ni même l'assurance que les CPE occuperont une large place parmi ces nouveaux bureaux.
Mais pour la ministre — elle l'a assez répété —, privé ou public, tout se vaut. D'où son incapacité à répondre à la crainte que ne se développent au Québec des chaînes de garderies, phénomène déjà enclenché, nous apprenait La Presse hier. Sa défense: le gouvernement péquiste avait bien accrédité des garderies Montessori! Comme si ces centres privés, au programme éducatif réputé depuis des années, devaient être mis sur le même pied que des chaînes lancées par des gens d'affaires.
Enfermée dans cette logique «égalitaire», Mme Théberge ne voit donc pas les appuis que sa réforme pourrait aller chercher si ses critères de changement étaient mieux assis sur le plan des principes. Ainsi, pourquoi passer de 884 CPE avec milieu familial à seulement 130 bureaux coordonnateurs? Tiendra-t-on compte de la proximité géographique ou des enfants à besoins spéciaux pour déterminer qui pourra être choisi comme nouveau «bureau»?
Et pourquoi cette insistance pour que tout soit en place le 1er avril 2006? Pourquoi bousculer ainsi des structures, des manières de faire et des mentalités, le réseau des CPE, nous l'exposions hier, ayant été un des rares changements qui aient suscité l'enthousiasme au cours de la dernière décennie?
Oui, une mise au point était nécessaire. Il est normal que l'État resserre sa mainmise sur un réseau certes issu de la communauté mais qu'il a restructuré et qu'il finance dorénavant à 85 %. Le projet de loi 124, en modifiant la composition des conseils d'administration ou en assurant le contrôle du ministère en cas de mauvaise gestion, complète le passage à l'«étatisation» survenu il y a sept ans. Le modèle des CPE n'est pas intouchable.
Mais en voguant entre ces précisions administratives et un chambardement aussi profond que flou des structures, le projet de loi 124 ne sème que l'inquiétude. La ministre n'entend pas le retirer mais est prête à le bonifier. Au point où on en est, aussi bien le récrire.
Pourquoi la ministre de la Famille, Carole Théberge, ne défend-elle pas mieux le projet de loi 124? Par incompétence, par maladresse ou parce qu'elle nourrit de sombres desseins?
Admettons — plusieurs le font, dont la CSN et le Parti québécois — que le fait de jumeler presque tous les centres de la petite enfance (CPE) au milieu familial nécessite un rajustement. A-t-on vraiment besoin que cinq CPE supervisent la garde en milieu familial sur un territoire donné? En ont-ils tous l'intérêt, la capacité?
Admettons même que ce rajustement puisse être motivé par des raisons financières. La croissance des services de garde au Québec a été telle depuis 1997 que le système coûte maintenant 1,5 milliard par année. Une certaine rationalisation, même si elle vient écorcher le modèle idéal, n'est pas choquante en soi.
Encore faut-il en préciser les modalités. Souligner par exemple que ce sont d'abord et avant tout les CPE qui doivent remplir le rôle des controversés «bureaux coordonnateurs» de la garde en milieu familial. De fait, le projet de loi, à son article 41, semble les privilégier. Mieux encore, c'est ainsi que le projet est expliqué au ministère; la possibilité qu'une association ou que le privé devienne un «bureau coordonnateur» relèverait même d'un plan B en l'absence de tout autre choix.
Le problème, c'est que la ministre Théberge l'affirme bien rarement. En commission parlementaire, par exemple, il lui a fallu trois jours pour dire «qu'un bureau coordonnateur pourrait être un CPE». On notera le conditionnel... Rien pour indiquer une préférence ni même l'assurance que les CPE occuperont une large place parmi ces nouveaux bureaux.
Mais pour la ministre — elle l'a assez répété —, privé ou public, tout se vaut. D'où son incapacité à répondre à la crainte que ne se développent au Québec des chaînes de garderies, phénomène déjà enclenché, nous apprenait La Presse hier. Sa défense: le gouvernement péquiste avait bien accrédité des garderies Montessori! Comme si ces centres privés, au programme éducatif réputé depuis des années, devaient être mis sur le même pied que des chaînes lancées par des gens d'affaires.
Enfermée dans cette logique «égalitaire», Mme Théberge ne voit donc pas les appuis que sa réforme pourrait aller chercher si ses critères de changement étaient mieux assis sur le plan des principes. Ainsi, pourquoi passer de 884 CPE avec milieu familial à seulement 130 bureaux coordonnateurs? Tiendra-t-on compte de la proximité géographique ou des enfants à besoins spéciaux pour déterminer qui pourra être choisi comme nouveau «bureau»?
Et pourquoi cette insistance pour que tout soit en place le 1er avril 2006? Pourquoi bousculer ainsi des structures, des manières de faire et des mentalités, le réseau des CPE, nous l'exposions hier, ayant été un des rares changements qui aient suscité l'enthousiasme au cours de la dernière décennie?
Oui, une mise au point était nécessaire. Il est normal que l'État resserre sa mainmise sur un réseau certes issu de la communauté mais qu'il a restructuré et qu'il finance dorénavant à 85 %. Le projet de loi 124, en modifiant la composition des conseils d'administration ou en assurant le contrôle du ministère en cas de mauvaise gestion, complète le passage à l'«étatisation» survenu il y a sept ans. Le modèle des CPE n'est pas intouchable.
Mais en voguant entre ces précisions administratives et un chambardement aussi profond que flou des structures, le projet de loi 124 ne sème que l'inquiétude. La ministre n'entend pas le retirer mais est prête à le bonifier. Au point où on en est, aussi bien le récrire.
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