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Montréal et Kyoto 2 - Réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 !

L'Inde et d'autres pays refusent d'être liés à des objectifs contraignants tant que les Occidentaux n'auront pas livré la marchandise promise en 1997

Louis-Gilles Francoeur   26 novembre 2005 
La Conférence de Montréal, qui doit attirer ici près de 10 000 délégués et représentants d'ONG, posera ouvertement la question des suites à donner au protocole de Kyoto après 2012, soit la phase 2 du protocole, que certains appellent faussement «l'après-Kyoto», comme s'il était déjà dépassé...

En 1997, la communauté internationale a décidé que les 55 pays désignés dans l'annexe B du protocole, dont les États-Unis à l'époque, passeraient à l'attaque en premier parce que ces pays occidentaux sont les principaux responsables des émissions de GES depuis le début de l'ère industrielle. Par ce premier effort, la communauté internationale s'est donné pour objectif de réduire d'ici 2012 les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine de 5,2 % par rapport au niveau historique de 1992. Le Congrès américain a refusé de ratifier ce protocole parce que les grands concurrents en vue — la Chine, l'Inde et le Brésil notamment — n'ont pour leur part aucun objectif de réduction à atteindre d'ici 2012.

Mais l'après-2012 est désormais sur la table pour les pays occidentaux et les pays en voie de développement. L'enjeu principal de la Conférence de Montréal est précisément d'amorcer le processus de négociation qui doit impliquer — pas nécessairement sous la forme de réductions globales, mais possiblement par des projets adaptés au contexte de chaque pays — les pays dits émergents, principalement ceux de l'Asie et de l'Amérique latine. À l'autre bout du spectre, des pays comme l'Inde refusent d'être liés à des objectifs contraignants tant que les Occidentaux n'auront pas livré la marchandise promise en 1997. Le retrait des Américains fait de cette position une avenue sans issue.

La Chine, heureusement, pousse jusqu'à présent pour le respect des échéances de Kyoto et semble vouloir maintenir l'accord actif. Lors de la conférence Asie-Pacifique en juillet, elle a refusé de signer le communiqué final proposé par les Américains, lequel n'imposait aucun objectif contraignant aux pays riverains, si on ne précisait pas que cet accord n'altérait en rien l'atteinte juridique des objectifs de Kyoto. La Chine est le deuxième plus grand émetteur de GES après les États-Unis. Elle sera le premier dans 20 ans. Si la Chine, l'Inde et les États-Unis vont de l'avant d'ici 2012 avec leurs 850 projets de nouvelles centrales thermiques, a calculé le Christian Monitor aux États-Unis, les émissions de GES planétaires grimperont de 2,7 billions de tonnes, soit cinq fois la réduction globale de 483 tonnes que représente la réduction de 5,2 % des émissions planétaires convenue à Kyoto en 1997. Cela donne du poids à la nécessité de lier ces trois pays dans une entente solide d'ici 2020.

Mais deux choix sont ici possibles, qui feront toute la différence si l'on veut stabiliser le climat, ce qui exigera une réduction globale de 60 % des émissions planétaires d'ici 2050, selon le GIEC.

Succès européen

Les ministres de l'Environnement de l'Europe se sont dits prêts cet été à s'engager à réduire de 20 % les émissions de ce continent d'ici 2020, ce qu'ils proposent pour objectif à la communauté internationale. L'Europe des 15, qui s'est engagée à Kyoto à réduire ses émissions de 8 %, émet présentement 1,7 % moins de GES qu'en 1990. Avec l'arrivée des 10 récemment, la nouvelle Europe des 25 a réduit globalement de 8 % ses émissions pour un objectif reformulé de 7,7 %. En somme, son objectif est déjà dépassé. On est loin du Canada, qui dépasse de 24 % le niveau d'émissions de 1990 alors qu'il doit se retrouver à 6 % sous cette barre dans sept ans.

Il est impensable que la Conférence de Montréal puisse fixer des objectifs pour la période 2012-2020. Personne ne s'y attend. Mais si la communauté internationale est décidée à prendre le contrôle de la température du globe à moyen terme, elle devra minimalement déterminer à Montréal le cadre et le calendrier des prochaines négociations. L'année 2009 est avancée en tant que date butoir.

Mais d'ici là, des choix stratégiques devront être faits qui vont déterminer grandement l'issue des pourparlers.

Si on décide, par exemple, de négocier un «Kyoto 2», les États-Unis, qui de toute façon refuseront de s'engager à quoi que ce soit sous l'administration Bush, seront en dehors de la partie, du moins officiellement puisqu'ils ne sont pas membres de la communauté du protocole. L'Europe et l'Asie, qui rêvent de surpasser économiquement les États-Unis, pourront plus facilement fixer des règles du jeu plus exigeantes. C'est la position que défendent aussi les ONG environnementales, qui veulent ainsi forcer les Américains à prendre éventuellement un train en marche rapide plutôt que de laisser les États-Unis paralyser avec leurs alliés, comme l'Australie, de nouveaux pourparlers en vue d'une entente parallèle au protocole de Kyoto, qui serait placée plutôt sous l'autorité de

la Convention sur les changements climatiques, une convention que les Américains ont ratifiée.

Stratégie canadienne

La position canadienne sera intéressante à surveiller. À court terme, le Canada aurait quelques avantages à s'aligner sur les États-Unis, ce que mettent de l'avant les Conservateurs de l'Ouest. Mais le Canada gagne moins à ce jeu, à moyen terme, car il risque de se retrouver solidaire du futur «voyou» environnemental de la planète et la victime d'éventuels droits douaniers si toute la planète, sauf eux, produit des biens et services en vertu de règles plus exigeantes. D'ici 2020, la production «sale» de biens et services pourrait bien devenir une forme de concurrence déloyale que même les règles de l'OMC pénaliseront. D'autre part, dans un contexte électoral imminent, le gouvernement Martin pourrait bien faire du respect de Kyoto un enjeu électoral majeur devant des conservateurs qui s'alignent plutôt sur l'administration Bush et ses hantises politiques, comme l'Irak et Kyoto. Paul Martin aura vraisemblablement tout à gagner à faire face au géant voisin, du moins dans une élection.

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