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Le vigneron du Seigneur

Odile Tremblay   24 novembre 2005 
Presque atone au début, en filet de Confessions, la voix de Gérard Depardieu a pris du volume, mettant les accents toniques sur les crises de doute, les désespoirs, les affres du converti.
Photo : Jacques Nadeau
Presque atone au début, en filet de Confessions, la voix de Gérard Depardieu a pris du volume, mettant les accents toniques sur les crises de doute, les désespoirs, les affres du converti.
La belle basilique Notre-Dame était bondée. À l'extérieur, le froid sibérien n'empêchait pas le commun des mortels, exclu du temple, d'avoir droit au parvis pour recueillir à l'écran les paroles d'un père de l'Église par la bouche du célébrissime acteur français. Dans la nef, les 2500 élus se massaient. Une partie de la communauté catholique pratiquante — après tout, c'est Mgr Turcotte qui invitait — et des mécréants, les journalistes surtout. Certains affichaient un sourire entendu, comme au spectacle d'une imposture. Les plus pieux se recueillaient. La curiosité générale enterrait tout le reste. Il avait fallu jouer du coude et s'armer de patience pour traverser les grilles d'entrée dans une cohue désorganisationnelle. Gérard Depardieu allait nous réciter du saint Augustin, pensez donc!

Le boulimique de films qui enfile les rôles, bons ou pas — et plus mauvais qu'autre chose depuis quelques années —, était donc hier après-midi à la basilique du Vieux-Montréal, lieu où on n'aurait guère eu l'idée de le chercher a priori. «Pas un spectacle, plutôt une communion», avait prévenu l'interprète d'Obélix et de Cyrano. Ah bon!

Avec trois bons quarts d'heure de retard, la récitation a commencé. Presque atone au début, en filet de Confessions, la voix de Depardieu a pris du volume, mettant les accents toniques sur les crises de doute, les désespoirs, les affres du converti. «Jusqu'au fond seras-tu irrité, Seigneur? Jusqu'à la fin? [...] Et je pleurais dans l'extrême amertume de mon coeur broyé.»

Un beau texte, mais insolite, dit par lui, en ce lieu, devant Mgr Turcotte, Lucien Bouchard, Bernard Landry, les officiels, les dévots, les intrigués, si nombreux dans le plus beau temple de Montréal qu'on se serait cru de retour des décennies en arrière. Il fallait se pincer pour y croire, l'habitude de telles méditations à l'église s'étant perdue en cours de route pour bien des spectateurs de ce spectacle qui n'en était pas un. On se sentait dans des sortes de limbes où les dimensions s'entrelaçaient sans vraiment se marier.

L'amalgame Gérard Depardieu et Confessions de saint Augustin, premier grand philosophe chrétien de l'histoire (354-430), avait son côté franchement surréaliste. Il fallait voir l'acteur des Valseuses, l'étoile française de tous les tapis rouges, l'amateur de vin, de bonne chère et de femmes, soudain si sage dans son veston de style étudiant du séminaire, tantôt à l'autel, tantôt parcourant les allées, tantôt grimpant en chaire réciter, livre à la main, des extraits de ces Confessions. «Je t'ai goûté, et voilà que j'ai faim et soif de toi; tu m'as touché, et je suis enflammé par la paix qui est tienne», lisait Depardieu de sa belle voix habituée à épouser tous les textes.

Intéressant? Ennuyeux? Bon? Pas bon? On ne savait plus, tant les univers du récitant et du récité semblaient éloignés. Et pourtant... Saint Augustin avait été comme lui un viveur, un grand amateur de théâtre à Carthage. Il eut des maîtresses, des enfants, avant de rencontrer son chemin de Damas, comme on dit, et de se perdre ou de se trouver en religion. Difficile de croire vraiment à la conversion de Depardieu. Mais tout est possible en ce bas monde...

Star pour star, c'est Jean-Paul II lui-même qui avait fait découvrir à Depardieu le théologien du début de l'ère chrétienne. En février 2003, l'acteur a offert sa première lecture publique à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Depuis, il fait son pèlerinage d'église en église pour répandre la bonne parole.

Les réflexions du saint homme feront-elles tourner les sept vins que l'acteur français, dans les vignes du Seigneur, lance du même souffle à travers le réseau de nos SAQ? Ou les transformeront-elles en eau, à contre-pied des Évangiles? Les questions restent en suspens. Mais pouvait-on inventer plus étrange mise en marché vinicole que cette «communion» d'après-midi sous les ors et les anges de la basilique Notre-Dame, à l'écoute de la voix célèbre qui nous entraînait dans cet ailleurs qui ne lui ressemble pas?






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  • marie-t trachy
    Inscrite
    jeudi 24 novembre 2005 06h08
    Un beau retour en arrière!
    « Si au moins,cet heureux évènement annoncait un vrai retour au climat de piété que j'ai connu depuis ma naissance et qui me manque tellement maintenant!


    PRAISE THE LORD! »

  • Betty Cohen
    Abonné
    jeudi 24 novembre 2005 07h47
    Rien compris!
    « Je n'ai pas assisté à la lecture de Saint Augustin par Depardieu, mais ma réaction à la critique que je lis ce matin est que, au mieux, votre journaliste n'a pas su entrer dans le jeu, au pire, ne devrait s'aventurer sur ce terrain parce qu'il ne comprend rien.

    As-t-on pensé aux Valseuses quand on a vu Depardieu jouer Cyrano? Non. Il s'agit pourtant de deux rôles différents.

    Loin de penser que Depardieu est devenu un grand dévot, il faut d'abord voir la prestation de l'artiste ému par un texte, quel qu'il soit. J'ai lu plusieurs autres critiques de sa prestations dans des journaux français et personne n'est allé croire que Depardieu allait se faire curé demain, mais tout le monde a su apprécier son talent. Pas en forme Le Devoir pour le coup! »

  • Benoît Bélanger
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 08h36
    Odile Tremblay trahit son âge !
    « Odile Tremblay révèle son âge et ses passions anti! Quelle mouche vous avait piquée, madame? Celle de l'attente des trois quarts d'heure, ou celle des relents d'anticléricalisme des années soixante? Cette réaction épidermique qui fleure l'adolescence attardée devenue cynique devant une singulière profession de foi ne vous fait pas honneur, chère madame. La critique cinématographique vous sied davantage que celle de la lecture publique d'un très beau texte qu'on n'a pas besoin d'être demeuré fils ou fille de l'Église pour apprécier!

    Chacun a droit à ses opinions, bien sûr, dans un pays démocratique. Mais profiter de la circonstance pour claquer son mépris à l'endroit de ceux et celles qui ont pu être touchés par une telle lecture et par un tel artiste, n'honore ni la journaliste que vous êtes ni le quotidien qui abrite votre prose...habituellement délectable.

    Je n'étais pas présent à ce spectacle et, je tiens à le préciser, je ne suis plus fils de l'Église depuis des lustres. Mais en tant que lecteur assidu du Devoir depuis plus de 60 ans, je trouve difficilement acceptable que des ouvriers/ouvrières de la plume se permettent d'afficher l'attitude aussi méprisante que celle que révèle votre article sur le spectacle d'hier à la Basilique Notre-Dame.

    Je ne doute pas que M.Depardieu lui-même ou M.Michaud pourraient critiquer votre prose avec beaucoup plus de talent que je ne puisse le faire. Mais c'est en tant que vieux lecteur du Devoir que je tiens à dénoncer pareille initiative et à exiger un peu plus de retenue à l'endroit d'initiatives aussi louables que celle de M.Michaud ( et non de l'archevêque de Montréal). Pourquoi faudrait-il limiter les événements culturels aux seuls événements cinématographiques? »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 10h44
    Credo quia absurdum...
    « Curieux en effet que ce berbère qui préféra s'unir et s'attacher à sa mère plutôt qu'à sa conjointe. Bizarre penseur que ce nouveau chrétien qui justifie l'esclavage et l'extermination des infidèles. «La foi précède, l'intelligence suit», on ne saurait si bien dire.

    «Il y a une persécution injuste, celle que font les impies à l'Église du Christ, il y a une persécution juste, celle que font les Églises du Christ aux impies. L'Église persécute par amour, les impies par cruauté». Lettre 185

    Faut-il s'étonner qu'avec de telles instructions l'Église instaura puis justifia par la suite l'esclavage, l'Inquisition, l'antisémitisme? »

  • Pierre Guay
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 13h04
    Augustin, évêque, à Montréal
    « Les souvenirs qui remontent de ma mémoire à l'évocation de cet évêque d'Hippone , en Afrique, sont d'abord d'un pécheur converti, grand philosophe catholique, luttant avec succès contre les nombreuses erreurs et hérésies de son temps, docteur de l'Église, qui pourrait bien être évêque à Montréal aujourd'hui! L'entendre parler à Notre-Dame en 2005 me réjouit.

    Il faudrait revenir sur cette église, vivante, à Hippone, aux nombreux clochers,comme à Montréal... Il faudrait relire les Confessions de ce moine devenu évêque par acclamation de la foule.. Saint Augustin, priez pour nous. »

  • Ivan Jobin
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 13h15
    Benoît Bélanger
    « Cher vieux lecteur du Devoir, votre vision du monde est à la mesure de vos vieux yeux qui ne se sont pas ajustés à la réalité du monde moderne et évolué. Sachez que ce coup médiatique n'est qu'une promotion de la vente du bon vin de Mr. Depardieu pour ne pas dire De Pour Dieu.

    Qui sait un jour peut être aurons-nous la chance de communier sous les deux espèces et par la même occasion déguster ce bon vin converti en vin de messe Amen. »

  • Mathieu Thériault
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 13h28
    Cathédrale bondée? Les ignares auraient dû céder leur place!
    « Je suis de ceux qui pensent que Mme Tremblay n'a rien compris. Peut-elle avouer qu'il y ait de la beautée dans des textes (ne lui en déplaise) religieux? Elle me fait penser aux Stéphane-Gendron de ce monde, toujours occupés à cracher sur la religion qui a bâti le Québec.

    Elle devra reconnaître que si ça n'avait pas été de la foi catholique de nos ancêtres, nous ne serions pas ici à argumenter... et surtout pas en français!!

    La prochaine fois, que madame Tremblay cède donc sa place à quelqu'un qui saura apprécier l'oeuvre de Saint-Augustin... ou qu'elle laisse sont anticléricalisme à la porte. Tant qu'à la tentative d'analogie entre la vie de St-Augustin et de Depardieu, c'est d'une bassesse et d'un pathétique! »

  • Bruno Déry
    Inscrit
    jeudi 24 novembre 2005 20h47
    Cogito Ergo Sum, M. Guimont
    « Ce n'est pas en balançant du latin pour faire étalage de son savoir que l'on est plus intelligent pour autant.

    « La foi précède, l'intelligence suit » : La foi [en Dieu] précède, et l'intelligence [la compréhension de Dieu] suit. On ne peut connaître quelqu'un sans entrer en relation avec lui. Entrez en relation, c'est faire un premier pas, c'est avoir un minimum de confiance. La confiance précède logiquement toujours la connaissance. Pas besoin d'être chrétien pour croire à une évidence aussi rationnelle. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir cela!

    « L'Église persécute par amour, les impies par cruauté » : Allez comprendre pourquoi un enfant, totalement innocent, naît en faisant souffrir sa propre mère! Allez comprendre pourquoi une mère considère comme le plus beau jour de sa vie, le jour qui fût sans doute le plus soufrant! Allez comprendre pourquoi Dieu a permit au tsunami de tuer tant de gens, de tuer même une seule personne!

    La phrase la plus célèbre de Saint Augustin est : « Aimes, et fais ce que tu veux. ». Une compréhension simpliste de cette phrase permet de tout justifier pourvu que l'on prétende aimer. Lorsqu'on aborde les textes d'un grand penseur, on n'en fait pas une lecture simpliste. Nos politiciens, de vraiment trop petits penseurs, affirment souvent être mal cités. Saint Augustin, lui, n'en est pas à une controverse près.

    Saint Augustin fît de l'humilité son chemin de vérité. Ses Confessions en sont le témoignage. Le chemin de la Vérité est pavé d'humilité. Vous semblez vraiment manquer du minimum requis pour prétendre moindrement à la vérité.

    Pour ce qui est des prétendues exactions de l'Église, qu'en connaissez-vous réellement? À propos de l'Inquisition; combien de temps cela a durée? Où cela a eu lieu? En qu'elle année cela a commencé? Combien de morts a-t-elle fait? Combien de morts la Révolution athéiste française a-t-elle faite? Avouez que vous ne pouvez même pas répondre à des questions aussi simples sur le sujet.

    Pendant plus de 7 ans, 30 historiens renommés, et mandatés par Jean-Paul II, ont eux accès et lus plus de 50 000 documents sur l'Inquisition. Eux n'avaient pas la prétention de tout connaître, alors qu'ils en connaissaient déjà beaucoup plus que vous sur le sujet. Même Jean-Paul II, en mandatant ces historiens, affirmait ne pas en connaître assez. À la toute fin de 2004 les historiens ont remis leur rapport; mais malheureusement trop tard pour le jubilée de l'an 2000, année des grands pardons pour toute l'Église. Cela aurait fait un bon coup de pub en l'an 2000 pour le médiatique Jean-Paul II, mais celui-ci a préféré la vérité au bien paraître.

    Ce rapport sur l'Inquisition de 800 pages montre une image bien différente que celle des légendes populaires; mais n'amoindrit pas les faits dérangeants. Il reste maintenant à Benoît XVI à se préparer, et à préparer toute l'Église, pour une demande de pardon vraiment sincère. Le chemin de la Vérité est pavé d'humilité. Demander vraiment pardon, c'est faire preuve d'une grande humilité.

    Confesser sa vie comme Saint Augustin, c'est choisir le chemin de la Vérité.

    « Les sages seront confondus. » La sagesse humaniste, celle du gros bon sens, celle des p'tit Joe connaissants, c'est celle des aveugles. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    vendredi 19 mai 2006 10h31
    Ou il y a de l'homme, il y a...
    « Le christianisme, qui à mon avis, surpasse toutes les religions de la terre, n'est pas dépourvu de faiblesses, erreurs, bassesses. Son fondateur, le CHRIST est SAINT.

    Les disciples qui le suivent sont imparfaits. Dès les débuts, il en était ainsi: reniements de Pierre, trahison de JUDAS. Pierre, devient par la suite, le PREMIER CHEF de l'ÉGLISE et cela malgré ses reniements.

    Quoi de plus incitatif à pratiquer l'HUMILITÉ, en voyant les débuts difficiles et tous les scandales de ses ministres (pédophilie) qui devraient plutôt être des modèles de sainteté et de droiture?

    Que voulez-vous, la PERFECTION n'est pas de ce monde. Et il n'y a pas que la RELIGION qui soit entachée d'irrégularités. La POLITIQUE, les options politiques, les partis politiques ne sont pas tous des modèles de PURETÉ de droiture, de transparence.

    Et les chefs de ces dénominations (certains se prenaient pour des dieux) sont responsables de millions de MORTS INUTILES sur la planète.

    Il ne faudrait pas en conclure que toutes les religions, toutes les options politiques sont "pourries" remplies de "vermine" ce serait trop facile...et ce serait "renoncer" à s'impliquer activement pour que ça change, une sorte de fatalisme, de défaitisme...

    Aujourd'hui les citoyens manifestent...la TURQUIE a réuni 20,000 manifestants sur la Place Atartuk fondateur de la Turquie pour protester contre le meurtre d'un JUGE qui a défendu un état laique...l'assassin selon les dernières nouvelles est un intégriste islamiste qui a fait ce meurtre "au nom de ALLAH"...il semble qu'ALLAH sert à toutes les sauces...il SERT à JUSTIFIER un meurtre, LUI le DIEU DE LA VIE... »

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