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Services de garde: Boisclair demande un report de la réforme

Clairandrée Cauchy   23 novembre 2005 
Pour la première fois depuis son élection, le nouveau chef du Parti québécois a sauté dans la joute parlementaire hier, aux côtés de la chef de l'opposition officielle Louise Harel, en réclamant le report de l'adoption du projet de loi 124 sur les services de garde.

Dénonçant la consultation à la «va-vite» organisée par le gouvernement, qui ne reçoit en commission parlementaire que des groupes invités, André Boisclair demande «à la ministre de reporter l'adoption du projet de loi à la prochaine session parlementaire, le temps que tous ceux et celles qui le souhaitent puissent se faire entendre».

Le projet de loi prévoit notamment la création de 130 bureaux coordonnateurs qui prendront en charge la gestion des services de garde en milieu familial, qui incombe présentement à quelque 800 CPE. Si le gouvernement prévoit que ces bureaux seront principalement formés de CPE, le projet ouvre aussi la porte à ce que des entreprises privées ou des CLSC assument cette fonction. Ce sont les articles sur la création de bureaux coordonnateurs qui irritent particulièrement le PQ.

«Les dispositions des articles 38 à 49 ouvrent la porte à la commercialisation et on sait très bien que, si une entreprise décide de prendre en charge les bureaux de coordination, elle le fera pour l'intérêt du profit. Il y a un bris total de philosophie», fait valoir le futur chef de l'opposition, déplorant aussi le «mur» ainsi «érigé» entre les CPE et les services de garde en milieu familial.

Le PQ dénonce également une disposition du projet de loi 124 qui prévoit que le gouvernement ne sera pas tenu de publier dans la Gazette officielle les règlements qui en découlent 45 jours avant leur application, pour permettre à la population de se faire entendre. «Rien ne justifie que le gouvernement s'arroge des pouvoirs exceptionnels [...] en plaçant tous les intervenants devant une situation de fait.»

La ministre de la Famille, Carole Théberge, explique cette disposition par la nécessité que la réglementation soit en place pour une application dès le 1er avril prochain, précisant cependant qu'il n'est pas encore acquis qu'il n'y aura pas de publication des règlements en bonne et due forme.

En menant sa charge contre le projet de loi, et plus particulièrement contre la création des bureaux coordonnateurs, André Boisclair s'est néanmoins montré ouvert à certains aménagements. «Il y a des éléments qui nous plaisent [dans le projet de loi]. On n'est pas fermés à des modifications. Nous ne sommes pas des apôtres du statu quo». Il estime néanmoins que le gouvernement dispose d'une marge de manoeuvre suffisante pour que la nouvelle loi puisse attendre quelques mois.

Tout indique que le PQ risque de trouver des appuis du côté de l'Action démocratique du Québec. Hier, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a réclamé le retrait pur et simple du projet de loi, alléguant que cela créerait de nouvelles structures qui risqueraient de coûter plus cher aux contribuables.

La ministre de la Famille, Carole Théberge, n'a pas l'intention de reculer devant cette levée de boucliers de l'opposition. «Ils ont bien du front de crier au scandale et de demander de reporter le projet de loi quand les éléments qui sont dans ce projet de loi sont au service des parents et du milieu familial», a-t-elle déclaré, soulignant que la nouvelle loi donnerait au gouvernement le pouvoir de corriger des lacunes observées par le vérificateur général en 1999, alors que le PQ n'a rien fait pendant qu'il était au pouvoir.

«Par idéologie, [les péquistes] ne travaillaient qu'avec les CPE en installation et ne prenaient pas en compte le milieu familial, et surtout pas les garderies privées. Il faut le réaliser. Je viens sans connaissance», a-t-elle poursuivi.

Visiblement exaspérée par de longues heures en commission parlementaire où des regroupements de CPE au discours similaire se succèdent pour dénoncer son projet de loi, la ministre a déploré la «démagogie et la désinformation» dont sa réforme ferait l'objet. Elle insiste pour dire que le gouvernement n'a aucunement l'intention de «commercialiser» les services de garde en milieu familial. «Il faut toujours prévoir un plan B. Si par hasard, dans un secteur donné, aucun CPE ne se porte volontaire, ne souhaite devenir bureau coordonnateur, est-ce qu'on peut priver le milieu familial d'un soutien?», a-t-elle demandé.

«Les gens font dire toutes sortes de choses [au projet de loi], en interprètent des points. Cela sème beaucoup d'inquiétude. Cela me désole énormément. Je suis fière du projet de loi, on va continuer à expliquer la portée de cela et il va falloir qu'il y ait des gens qui arrêtent de faire de la désinformation», a-t-elle lancé en entrevue au Devoir.

Campagne des CPE

Il faut dire que les ministres et députés libéraux sont assiégés depuis trois semaines par des délégations de parents, de représentants de CPE et d'éducatrices en milieu familial qui s'opposent à la réforme. «D'ici la fin du mois, 80 % des députés libéraux auront été rencontrés», fait valoir le directeur de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Jean Robitaille. Des rassemblements se sont aussi tenus ces derniers jours, réunissant des centaines de personnes à Rouyn, Trois-Rivières, Shawinigan, Victoriaville, Saint-Jean-sur-Richelieu, etc. Dimanche prochain, on attend plus de 7000 personnes au parc Jarry à Montréal.

L'organisme a aussi sollicité la contribution de ses quelque 800 membres pour financer un campagne de publicité, à raison de 500 $ par CPE. On vise ainsi à amasser une cagnotte de 300 000 $ pour faire la guerre au projet de loi. «C'est inacceptable!», a tonné la ministre, soulignant qu'il s'agissait de fonds publics destinés aux services aux enfants.

Aujourd'hui en Montérégie, des éducatrices en milieu familial affiliées à la CSQ retardent l'ouverture de leur service de garde pour déambuler dans les rues de Saint-Hubert aux côtés de représentants du Regroupement des CPE de la Montérégie, afin de s'opposer à la création des bureaux coordonnateurs. Pour Sylvie Tonnelier, de la Fédération des intervenante en petite enfance du Québec (CSQ), le projet de loi 124 constitue une «atteinte aux conditions de travail» des responsables de services de garde en milieu familial, qui n'auront plus le choix du CPE auquel elles seront rattachées, les bureaux coordonnateurs ayant un «monopole sur chaque territoire».

Manoeuvres dénoncées

Si l'opposition au projet de loi est vive, elle n'est cependant pas partagée par tous. Les manoeuvres de mobilisation de l'Association québécoise des CPE irritent même l'Association des éducatrices en milieu familial du Québec (AEMFQ) et l'Association des garderies privées.

L'AQCPE et ses membres intimident les responsables de services de garde en milieu familial, allègue la présidente de l'AEMFQ, Nathalie D'Amours, qui représente 3051 d'entre elles. «Nous encourageons les éducatrices à se faire entendre sans avoir à subir les représailles de la part des CPE», a-t-elle déclaré hier.

Elle considère «méprisant» le discours de l'association voulant qu'il n'y ait «pas de salut» pour les RSG hors des CPE. «On peut bien comprendre qu'ils défendent le modèle qu'ils chérissent et leurs états financiers. Mais est-ce que cela doit se faire à coup de mépris. [...] Pourquoi on deviendrait nulles du jour au lendemain», lance Mme D'Amours, insultée lorsqu'on laisse entendre que seuls les CPE garantissent aujourd'hui la qualité des services.

Le ton était similaire du côté des garderies privées, qui décrient depuis des années le financement plus important octroyé aux CPE. «Je suis content parce que le réseau va être épuré de ces détournements» des fonds alloués au milieu familial qui sont utilisés pour les installations des CPE, a fait valoir le porte-parole de l'Association des garderies privées du Québec, Normand Brassard, qui présentait hier son mémoire à la commission parlementaire.

L'AGPQ se réjouit de la fin du «parti pris idéologique en faveur des CPE» et des «avantages exorbitants» qui leur sont consentis au chapitre du financement. M. Brassard ne croit cependant pas que les promoteurs privés qu'il représente vont se lancer allègrement «dans le marché des bureaux coordonnateurs». «Il n'y a pas une volonté de s'approprier le réseau» des services de garde en milieu familial, note M. Brassard, qui reconnaît néanmoins que certaines garderies privées pourraient être tentées par l'aventure.






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Vos réactions

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  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 23 novembre 2005 22h13
    Gouverne provinciale
    « Je trouve étonnant que monsieur Boisclair intervienne dans le dossier des CPE, non pas que le dossier n'est pas important mais parceque monsieur Boisclair a choisi, avec raison, de ne pas se présenter à l'Assemblée nationale afin de préparer ses troupes pour un autre référendum, et c'est une tâche énorme. Pourquoi ne laisse-t-il pas madame Harel faire son travail? »

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