Parité malvenue
Jean-Robert Sansfaçon
23 novembre 2005
Les professeurs de l'Université de Montréal (UdeM) ont fait une dixième journée de grève, hier. Le conflit qui les oppose à la direction de l'université porte sur un seul point: le rattrapage salarial avec les dix plus grandes universités canadiennes. Les policiers provinciaux aussi revendiquent la parité avec leurs collègues ontariens, tout comme les médecins. Excellente idée... pourvu que nous cessions de revendiquer du même souffle le maintien du fameux modèle québécois.
Au moment d'écrire ces lignes, il n'y a toujours pas d'entente à l'Université de Montréal, mais entente ou pas, ce conflit mérite qu'on s'y attarde parce que cette grève, qui a nui de façon considérable au déroulement de la session d'automne, porte sur les salaires de la seule dernière année du contrat de travail signé en 2003. C'est dire qu'il faudra tout reprendre au printemps.
D'abord, comment ne pas critiquer cette approche à courte vue, comment ne pas s'étonner que des gens qui disent défendre la qualité de l'éducation ne soient pas conscients du fait que c'est la deuxième fois en moins d'un an que les cours sont perturbés dans cette université? D'autant plus que, contrairement à la grève étudiante, celle-ci est on ne peut plus corporatiste.
L'argument syndical pour justifier le recours à la grève consiste à dire que les professeurs sont sous-payés par rapport aux universités canadiennes de recherche. Vrai, l'écart atteint 7 %. Ce n'est quand même pas la lune! Et ce qu'on ne dit pas, c'est qu'à l'UdeM, la convention collective permet à tous de grimper régulièrement dans des échelles alors qu'ailleurs, chacun doit négocier son salaire selon sa performance.
Un professeur titulaire, statut obtenu après 11 années d'enseignement, gagne entre 77 000 $ et 104 000 $ selon ses années d'expérience. Quelle que soit l'issue du conflit, ces montants atteindront au moins 86 000 $ et 116 000 $ d'ici deux ans, une offre patronale que le syndicat a qualifiée de méprisante. À chacun sa définition du mépris!
Or ces montants n'incluent ni les primes «de marché» ou «de rétention» qui varient de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars chez près d'un professeur sur deux, ni les honoraires encaissés d'activités privées parallèles, un privilège qui réduit la disponibilité et la loyauté de certains professeurs envers l'université.
Au Québec, les professeurs ne sont pas les seuls à exiger du rattrapage. Les médecins aussi évaluent leur retard à 40 %. Ensemble, spécialistes et omnipraticiens réclament près d'un milliard par année, soit l'équivalent de l'augmentation annuelle des coûts du régime de santé tout entier.
Les professeurs de nos universités méritent toute la considération professionnelle et salariale à laquelle ils aspirent. Les médecins aussi d'ailleurs, comme les policiers ou les infirmières. Le problème, c'est que le Québec affiche un PIB par habitant de 20 % inférieur à la moyenne canadienne. De plus, s'il est vrai que certaines professions exigent une attention particulière pour contrer la concurrence étrangère, il est tout aussi vrai que les pressions ne touchent qu'une minorité de spécialités et d'individus.
Les intellectuels, dont les professeurs, défendent férocement le modèle québécois que l'on dit plus équitable à cause de décisions politiques qui ont conduit au gel des droits de scolarité, à la négociation d'échelles salariales basées sur l'ancienneté et à une offre de services publics universels peu coûteux. En toute logique, ces gens devraient admettre que ce modèle ne permet pas de jouir à la fois du beurre et de l'argent du beurre, du gel des droits de scolarité, des échelles salariales universelles en même temps que des privilèges financiers individuels accordés par des universités plus riches mais plus compétitives d'Ontario ou d'Alberta.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Au moment d'écrire ces lignes, il n'y a toujours pas d'entente à l'Université de Montréal, mais entente ou pas, ce conflit mérite qu'on s'y attarde parce que cette grève, qui a nui de façon considérable au déroulement de la session d'automne, porte sur les salaires de la seule dernière année du contrat de travail signé en 2003. C'est dire qu'il faudra tout reprendre au printemps.
D'abord, comment ne pas critiquer cette approche à courte vue, comment ne pas s'étonner que des gens qui disent défendre la qualité de l'éducation ne soient pas conscients du fait que c'est la deuxième fois en moins d'un an que les cours sont perturbés dans cette université? D'autant plus que, contrairement à la grève étudiante, celle-ci est on ne peut plus corporatiste.
L'argument syndical pour justifier le recours à la grève consiste à dire que les professeurs sont sous-payés par rapport aux universités canadiennes de recherche. Vrai, l'écart atteint 7 %. Ce n'est quand même pas la lune! Et ce qu'on ne dit pas, c'est qu'à l'UdeM, la convention collective permet à tous de grimper régulièrement dans des échelles alors qu'ailleurs, chacun doit négocier son salaire selon sa performance.
Un professeur titulaire, statut obtenu après 11 années d'enseignement, gagne entre 77 000 $ et 104 000 $ selon ses années d'expérience. Quelle que soit l'issue du conflit, ces montants atteindront au moins 86 000 $ et 116 000 $ d'ici deux ans, une offre patronale que le syndicat a qualifiée de méprisante. À chacun sa définition du mépris!
Or ces montants n'incluent ni les primes «de marché» ou «de rétention» qui varient de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers de dollars chez près d'un professeur sur deux, ni les honoraires encaissés d'activités privées parallèles, un privilège qui réduit la disponibilité et la loyauté de certains professeurs envers l'université.
Au Québec, les professeurs ne sont pas les seuls à exiger du rattrapage. Les médecins aussi évaluent leur retard à 40 %. Ensemble, spécialistes et omnipraticiens réclament près d'un milliard par année, soit l'équivalent de l'augmentation annuelle des coûts du régime de santé tout entier.
Les professeurs de nos universités méritent toute la considération professionnelle et salariale à laquelle ils aspirent. Les médecins aussi d'ailleurs, comme les policiers ou les infirmières. Le problème, c'est que le Québec affiche un PIB par habitant de 20 % inférieur à la moyenne canadienne. De plus, s'il est vrai que certaines professions exigent une attention particulière pour contrer la concurrence étrangère, il est tout aussi vrai que les pressions ne touchent qu'une minorité de spécialités et d'individus.
Les intellectuels, dont les professeurs, défendent férocement le modèle québécois que l'on dit plus équitable à cause de décisions politiques qui ont conduit au gel des droits de scolarité, à la négociation d'échelles salariales basées sur l'ancienneté et à une offre de services publics universels peu coûteux. En toute logique, ces gens devraient admettre que ce modèle ne permet pas de jouir à la fois du beurre et de l'argent du beurre, du gel des droits de scolarité, des échelles salariales universelles en même temps que des privilèges financiers individuels accordés par des universités plus riches mais plus compétitives d'Ontario ou d'Alberta.
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