Des élections en janvier
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper, Gilles Duceppe et Jack Layton ont rencontré tour à tour la presse, hier soir, à Ottawa, pour annoncer leur stratégie menant au déclenchement des élections. Leur «compromis du bon sens» ayant été rejeté, le renversement du gouve
Ottawa — Le Canada sera en campagne électorale cet hiver pour la première fois depuis 1980, puisque les deux derniers scénarios politiques sur la table imposent une campagne électorale en janvier.
Poussé dans ses derniers retranchements par les trois partis d'opposition aux Communes, le gouvernement minoritaire de Paul Martin se trouve devant l'alternative suivante: il s'engage à se saborder lui-même au début du mois de janvier, ce qui mènerait à un scrutin au mois de février, ou alors il refuse l'offre de l'opposition et se fait renverser au plus tôt la semaine prochaine et au plus tard au début du mois de décembre, ce qui entraînerait un vote au début du mois de janvier... avec comme conséquence une campagne électorale qui aurait lieu durant la période des fêtes.
Or le gouvernement a rejeté tard en soirée la démarche de l'opposition, ce qui indique que le pays sera en élections dans les prochaines semaines, avec probablement une date de scrutin autour du 9 ou 16 janvier.
Après plusieurs jours de valse-hésitation, les trois chefs de l'opposition à la Chambre des communes ont finalement accordé leurs violons hier lors d'une rencontre spéciale tenue à Ottawa. Résultat: le gouvernement minoritaire de Paul Martin pourrait être torpillé aussi tôt que la semaine prochaine.
Paul Martin n'avait pas le choix: s'il voulait terminer l'automne au pouvoir et faire passer certains de ses projets de loi, il devait accepter la perche tendue par les chefs de l'opposition, qui proposent de retarder sa mise à mort s'il s'engage à déclencher des élections en janvier, soit deux mois plus tôt que sa promesse initiale. La réaction du gouvernement à cette proposition n'a pas tardé, lui qui répète depuis plusieurs jours qu'il n'a pas l'intention de se suicider en janvier seulement parce que l'opposition le désire. C'est une fin de non-recevoir catégorique.
«Ce n'est pas un geste sincère des partis d'opposition, c'est une partie de patate chaude pour tenter d'éviter des élections durant la période des fêtes, a déclaré au Devoir un conseiller du premier ministre Martin. La position du gouvernement est claire, des élections auront lieu au printemps, 30 jours après le dépôt du deuxième rapport Gomery. C'est notre engagement. Si l'opposition ne veut pas suivre ça, qu'elle nous défasse et nous irons en élections.»
Le chef du NPD, Jack Layton, reconnaissait hier la teneur inusitée de cette proposition, que tous les chefs de l'opposition ont qualifiée de «compromis du bon sens» pour éviter une campagne électorale durant les fêtes. «Pour la première fois de l'histoire, c'est le Parlement qui décidera du déclenchement des élections», a soutenu M. Layton lors de son point de presse, quelques minutes après celui de M. Harper et tout juste avant la réaction de M. Duceppe.
Pour les trois chefs de l'opposition, qui ont trouvé cette idée après deux heures trente de négociations hier à Ottawa, ce n'est pas au gouvernement de choisir quand aura lieu l'élection, puisque les libéraux «n'ont plus l'autorité morale pour gouverner», ont-ils tous les trois soutenu.
Mais il fallait au moins tenter de trouver un compromis en raison du calendrier parlementaire, qui impose une campagne électorale durant la période de Noël et du jour de l'an si l'opposition défait rapidement le gouvernement, d'où cette idée de tendre la main une dernière fois aux libéraux fédéraux, a expliqué Stephen Harper.
Le plan du Parti conservateur, du Bloc québécois et du NPD est le suivant: demain, les néo-démocrates prendront la journée d'opposition initialement destinée aux conservateurs. Ils soumettront alors une motion qui demande au gouvernement de déclencher des élections au tout début du mois de janvier. Pour que ce scénario voie le jour, les libéraux devront accepter de s'exécuter, s'engager publiquement à le faire et mettre le tout par écrit.
Si les libéraux refusent, ce qui semble le cas, les conservateurs utiliseront leur journée d'opposition prévue le mardi 22 novembre pour défaire le gouvernement, ce qui aurait pour effet de dissoudre le Parlement dans les jours suivants et entraînerait probablement un scrutin le 9 ou le 16 janvier, selon les souhaits des partis d'opposition. «Pour que le vote n'ait pas lieu trop près de Noël, je pense que la campagne devrait durer un peu plus longtemps que le minimum de 36 jours», a affirmé Stephen Harper.
Mais n'est-ce pas de la poudre aux yeux, cette proposition au gouvernement, puisque Paul Martin a déclaré la semaine dernière qu'il ne voulait pas déclencher des élections en janvier? «C'est clair que si le gouvernement préfère l'option d'être défait par un vote de censure, nous allons le défaire de cette façon», a répliqué Stephen Harper.
L'opposition juge toutefois que Paul Martin devrait sérieusement considérer leur proposition avant de la rejeter. «Nous offrons aux libéraux de nous rejoindre dans ce compromis du bon sens pour qu'il y ait une élection en janvier et donc qu'il n'y ait pas de campagne pendant la période des fêtes, a déclaré Jack Layton, qui avait soumis la semaine dernière une idée similaire à celle dévoilée hier. Si le gouvernement veut vraiment aider les gens avec les projets de loi qui sont encore en suspens, comme celui sur l'énergie, ou encore aider les autochtones lors du sommet qui doit avoir lieu dans deux semaines, il a la chance de le faire.»
Pour le chef du Bloc, les libéraux «sont pris à leur propre piège» puisqu'il croit avoir trouvé «la bonne proposition pour les citoyens». «Nous formons [l'opposition] la majorité au Parlement et, avec ça, les libéraux ne peuvent pas se défiler», a-t-il dit. Mais pourquoi des élections en janvier, alors que le premier ministre a promis d'en déclencher deux mois plus tard? «Si c'est si peu différent de ce qu'il propose, j'imagine qu'il n'en fera pas un drame et qu'il va accepter», a soutenu Gilles Duceppe.
Le chef bloquiste convient que si les libéraux refusent et que le pays est plongé en élections durant la période des fêtes, une première historique, la situation serait «complètement folle». «Mais ce serait la faute à Paul Martin, il n'a qu'à accepter notre proposition et les gens pourront manger leurs dindes tranquilles, comme Martin l'a demandé», a affirmé M. Duceppe.
Il reste toutefois une légère marge de manoeuvre au gouvernement, qui pourrait dès ce matin décider de repousser les journées d'opposition à la fin du calendrier parlementaire, comme c'est son droit. Le plan des trois chefs de l'opposition serait donc retardé de quelques jours, voire deux semaines. Mais puisque le gouvernement a l'obligation d'accorder toutes les journées d'opposition (soit autant de chance de défaire le gouvernement) avant le 8 décembre, le PC, le Bloc et le NPD auront, de toute manière, la possibilité de torpiller les libéraux avant l'ajournement de la Chambre des communes prévue le 16 décembre.
Les libéraux, eux, sont déjà en mode électoral. Le gouvernement profitera de la mise à jour économique annuelle qui aura lieu aujourd'hui pour promettre des baisses d'impôt et des investissements dans plusieurs secteurs, dont la recherche et développement et la formation de la main-d'oeuvre. Les libéraux veulent des armes économiques pour affronter la grogne du rapport Gomery en campagne électorale.
Et selon les récents sondages, les libéraux pourraient bien en avoir besoin, puisque leur confortable avance dans les intentions de votes a fondu depuis deux semaines. Des coups de sonde Ekos-Toronto Star-La Presse et Decima Research sont venus confirmer les chiffres en fin de semaine. Le PLC est donc en tête par seulement cinq points (33 %) sur le Parti conservateur (28 %), alors que le NPD a augmenté ses appuis depuis qu'il a pris ses distances des libéraux (21 %).
Poussé dans ses derniers retranchements par les trois partis d'opposition aux Communes, le gouvernement minoritaire de Paul Martin se trouve devant l'alternative suivante: il s'engage à se saborder lui-même au début du mois de janvier, ce qui mènerait à un scrutin au mois de février, ou alors il refuse l'offre de l'opposition et se fait renverser au plus tôt la semaine prochaine et au plus tard au début du mois de décembre, ce qui entraînerait un vote au début du mois de janvier... avec comme conséquence une campagne électorale qui aurait lieu durant la période des fêtes.
Or le gouvernement a rejeté tard en soirée la démarche de l'opposition, ce qui indique que le pays sera en élections dans les prochaines semaines, avec probablement une date de scrutin autour du 9 ou 16 janvier.
Après plusieurs jours de valse-hésitation, les trois chefs de l'opposition à la Chambre des communes ont finalement accordé leurs violons hier lors d'une rencontre spéciale tenue à Ottawa. Résultat: le gouvernement minoritaire de Paul Martin pourrait être torpillé aussi tôt que la semaine prochaine.
Paul Martin n'avait pas le choix: s'il voulait terminer l'automne au pouvoir et faire passer certains de ses projets de loi, il devait accepter la perche tendue par les chefs de l'opposition, qui proposent de retarder sa mise à mort s'il s'engage à déclencher des élections en janvier, soit deux mois plus tôt que sa promesse initiale. La réaction du gouvernement à cette proposition n'a pas tardé, lui qui répète depuis plusieurs jours qu'il n'a pas l'intention de se suicider en janvier seulement parce que l'opposition le désire. C'est une fin de non-recevoir catégorique.
«Ce n'est pas un geste sincère des partis d'opposition, c'est une partie de patate chaude pour tenter d'éviter des élections durant la période des fêtes, a déclaré au Devoir un conseiller du premier ministre Martin. La position du gouvernement est claire, des élections auront lieu au printemps, 30 jours après le dépôt du deuxième rapport Gomery. C'est notre engagement. Si l'opposition ne veut pas suivre ça, qu'elle nous défasse et nous irons en élections.»
Le chef du NPD, Jack Layton, reconnaissait hier la teneur inusitée de cette proposition, que tous les chefs de l'opposition ont qualifiée de «compromis du bon sens» pour éviter une campagne électorale durant les fêtes. «Pour la première fois de l'histoire, c'est le Parlement qui décidera du déclenchement des élections», a soutenu M. Layton lors de son point de presse, quelques minutes après celui de M. Harper et tout juste avant la réaction de M. Duceppe.
Pour les trois chefs de l'opposition, qui ont trouvé cette idée après deux heures trente de négociations hier à Ottawa, ce n'est pas au gouvernement de choisir quand aura lieu l'élection, puisque les libéraux «n'ont plus l'autorité morale pour gouverner», ont-ils tous les trois soutenu.
Mais il fallait au moins tenter de trouver un compromis en raison du calendrier parlementaire, qui impose une campagne électorale durant la période de Noël et du jour de l'an si l'opposition défait rapidement le gouvernement, d'où cette idée de tendre la main une dernière fois aux libéraux fédéraux, a expliqué Stephen Harper.
Le plan du Parti conservateur, du Bloc québécois et du NPD est le suivant: demain, les néo-démocrates prendront la journée d'opposition initialement destinée aux conservateurs. Ils soumettront alors une motion qui demande au gouvernement de déclencher des élections au tout début du mois de janvier. Pour que ce scénario voie le jour, les libéraux devront accepter de s'exécuter, s'engager publiquement à le faire et mettre le tout par écrit.
Si les libéraux refusent, ce qui semble le cas, les conservateurs utiliseront leur journée d'opposition prévue le mardi 22 novembre pour défaire le gouvernement, ce qui aurait pour effet de dissoudre le Parlement dans les jours suivants et entraînerait probablement un scrutin le 9 ou le 16 janvier, selon les souhaits des partis d'opposition. «Pour que le vote n'ait pas lieu trop près de Noël, je pense que la campagne devrait durer un peu plus longtemps que le minimum de 36 jours», a affirmé Stephen Harper.
Mais n'est-ce pas de la poudre aux yeux, cette proposition au gouvernement, puisque Paul Martin a déclaré la semaine dernière qu'il ne voulait pas déclencher des élections en janvier? «C'est clair que si le gouvernement préfère l'option d'être défait par un vote de censure, nous allons le défaire de cette façon», a répliqué Stephen Harper.
L'opposition juge toutefois que Paul Martin devrait sérieusement considérer leur proposition avant de la rejeter. «Nous offrons aux libéraux de nous rejoindre dans ce compromis du bon sens pour qu'il y ait une élection en janvier et donc qu'il n'y ait pas de campagne pendant la période des fêtes, a déclaré Jack Layton, qui avait soumis la semaine dernière une idée similaire à celle dévoilée hier. Si le gouvernement veut vraiment aider les gens avec les projets de loi qui sont encore en suspens, comme celui sur l'énergie, ou encore aider les autochtones lors du sommet qui doit avoir lieu dans deux semaines, il a la chance de le faire.»
Pour le chef du Bloc, les libéraux «sont pris à leur propre piège» puisqu'il croit avoir trouvé «la bonne proposition pour les citoyens». «Nous formons [l'opposition] la majorité au Parlement et, avec ça, les libéraux ne peuvent pas se défiler», a-t-il dit. Mais pourquoi des élections en janvier, alors que le premier ministre a promis d'en déclencher deux mois plus tard? «Si c'est si peu différent de ce qu'il propose, j'imagine qu'il n'en fera pas un drame et qu'il va accepter», a soutenu Gilles Duceppe.
Le chef bloquiste convient que si les libéraux refusent et que le pays est plongé en élections durant la période des fêtes, une première historique, la situation serait «complètement folle». «Mais ce serait la faute à Paul Martin, il n'a qu'à accepter notre proposition et les gens pourront manger leurs dindes tranquilles, comme Martin l'a demandé», a affirmé M. Duceppe.
Il reste toutefois une légère marge de manoeuvre au gouvernement, qui pourrait dès ce matin décider de repousser les journées d'opposition à la fin du calendrier parlementaire, comme c'est son droit. Le plan des trois chefs de l'opposition serait donc retardé de quelques jours, voire deux semaines. Mais puisque le gouvernement a l'obligation d'accorder toutes les journées d'opposition (soit autant de chance de défaire le gouvernement) avant le 8 décembre, le PC, le Bloc et le NPD auront, de toute manière, la possibilité de torpiller les libéraux avant l'ajournement de la Chambre des communes prévue le 16 décembre.
Les libéraux, eux, sont déjà en mode électoral. Le gouvernement profitera de la mise à jour économique annuelle qui aura lieu aujourd'hui pour promettre des baisses d'impôt et des investissements dans plusieurs secteurs, dont la recherche et développement et la formation de la main-d'oeuvre. Les libéraux veulent des armes économiques pour affronter la grogne du rapport Gomery en campagne électorale.
Et selon les récents sondages, les libéraux pourraient bien en avoir besoin, puisque leur confortable avance dans les intentions de votes a fondu depuis deux semaines. Des coups de sonde Ekos-Toronto Star-La Presse et Decima Research sont venus confirmer les chiffres en fin de semaine. Le PLC est donc en tête par seulement cinq points (33 %) sur le Parti conservateur (28 %), alors que le NPD a augmenté ses appuis depuis qu'il a pris ses distances des libéraux (21 %).
Haut de la page



