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Pris à son piège

Jean-Robert Sansfaçon   9 novembre 2005 
Le chef du NPD, Jack Layton, vient de nous annoncer que son parti n'appuiera plus les libéraux de Paul Martin en Chambre. En termes clairs, cela signifie que les Canadiens pourraient se retrouver en campagne électorale pendant le temps des Fêtes. Voilà une bien mauvaise idée dont seul le NPD devra porter l'odieux.

Qui ne se souvient pas de l'épisode du printemps dernier mettant en vedette plus de quatre milliards de dollars de dépenses supplémentaires que le gouvernement de Paul Martin a dû engager en échange de l'appui du NPD à la Chambre des communes? Grâce au vote des 18 mousquetaires néo-démocrates (la Chambre compte 307 députés) et à la défection de la conservatrice Belinda Stronach, les libéraux ont remporté une manche cruciale qui leur a permis de se maintenir au pouvoir.

Malheureusement pour lui, le NPD n'a pas su profiter de ce pacte avec le diable; au contraire, ce sont les libéraux qui ont recommencé à monter dans les sondages. Il a fallu la publication de la première partie du rapport Gomery pour que les électeurs canadiens se rappellent que le parti au pouvoir à l'heure actuelle est à peu de chose près le même qui dirigeait le pays au moment du scandale des commandites. Malgré tous les efforts entrepris par l'entourage de M. Martin pour se démarquer de son prédécesseur, les Canadiens n'ont pas été dupes. Or, à force de soutenir ce gouvernement, Jack Layton et les siens sont en train de se faire une réputation de complices d'un gouvernement qu'ils dénoncent eux-mêmes comme étant corrompu.

Au lendemain de la publication du rapport Gomery, il fallait donc trouver un moyen de prendre ses distances du gouvernement, sans perdre la face. Le truc qu'on a imaginé fut d'écrire une lettre au ministre de la Santé pour exiger qu'il s'engage immédiatement à imposer des normes rigoureuses aux provinces dans le but d'empêcher la privatisation du système de santé. En cas de dérogation, le NPD exige d'Ottawa qu'il retienne les transferts en santé promis par les accords existants.

À l'évidence, le NPD n'espère pas gagner des appuis au Québec, où la société civile autant que le gouvernement s'opposent à toute forme d'ingérence fédérale dans la santé. De toute façon, pourquoi une telle urgence alors que la Loi canadienne sur la santé interdit déjà la privatisation des soins?

Depuis le printemps dernier, le NPD a fait le pari que les électeurs lui seraient reconnaissants d'avoir appuyé le gouvernement et d'en tirer le maximum au chapitre des nouvelles dépenses à vocation sociale. Or un sondage récent nous apprend que les mêmes électeurs qui se disent d'accord avec l'appui du NPD au gouvernement répondent par ailleurs qu'ils ne voteront pas davantage pour ce parti. Voilà qui donne à réfléchir.

Maintenant qu'il devient très risqué de soutenir le gouvernement Martin, Jack Layton se dit prêt à défaire le gouvernement. Devant tant d'opportunisme, on comprend les conservateurs et les bloquistes de se méfier des déclarations de M. Layton, dont l'appétit pour le marchandage pourrait l'amener à accepter une nouvelle offre libérale à la veille d'un vote de confiance à la Chambre. Le Bloc et les conservateurs ont donc raison de laisser le NPD prendre l'initiative d'une motion de censure qui plongerait le pays en campagne électorale en pleine saison des Fêtes. Le parti qui provoquera ces élections en paiera le prix, cela est certain, et ce n'est pas le prétexte du refus du gouvernement de s'engager en santé qui suffira à convaincre les électeurs que le NPD n'avait pas le choix d'agir à ce moment-ci!
 
 
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  • Paul Paradis - Inscrit
    9 novembre 2005 07 h 24
    Les électeurs plus sensés que les médias
    Je me demande si toute cette commotion autour des commandites n'est pas créée en grosse partie par le sensationnalisme des médias. Il n'y en a pas beaucoup de journalistes comme vous, M. Sansfaçon, qui conservent leur lucidité en tout temps.
    De sorte que les sondages, emportés par les ouragans médiatiques, sont volatiles, mais à la longue finissent heureusement par retourner au bon sens. Lequel est que les partis sont choisis avant tout pour leurs programmes. Donc, entre les teo-con (conservateurs religieux) albertains de Harper, les nostalgiques gauchistes du NPD, et le Bloc qui n'a simplement pas d'allure à Ottawa, il ne reste que les Libéraux.

    Il serait temps que les politiciens aussi se rendent compte que les électeurs ne sont pas si enfantins qu'ils le pensent, qu'ils cessent de jouer la petite politique ou les idéalismes périmés, et qu'ils nous proposent des programmes sensés. Car une alternance au pouvoir serait convenable.
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  • Dominique Bernier - Abonnée
    9 novembre 2005 11 h 10
    Le piège du courage
    Je trouve, pour ma part, que Jack Layton a su utiliser au maximum le pouvoir conféré par ce gouvernement minoritaire. Si nous avions un mode de scrutin proportionnel mixte (modèle allemand), tous les votes compteraient et ce genre de coalition se feraient plus souvent. C'est sain, et c'est démocratique.

    Gouvernement corrompu, oui. Mais battre ce gouvernement avant le rapport aurait été une erreur. Et en plus, on se retrouvera avec quoi ? Les conservateurs ? C'est Ralph Klein qui va être content. Au moins, Layton aura contribué à tirer le dernier budget vers la gauche.
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  • Roland Berger - Abonné
    9 novembre 2005 16 h 10
    À bas le NPD !
    En d'autres mots, heureusement que la population continue de rejeter ce parti de mousquetaires ! Le texte de monsieur Sansfaçon sent le parti-pris.
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  • Pierre Bergeron - Inscrit
    9 novembre 2005 19 h 26
    Lettre Ouverte à Pauline Marois
    Chère Madame Marois,

    Je suis désolé de vous faire tenir ce message.

    Il faut maintenant, dans l'intérêt de la cause comme on dit, que vous compreniez que votre image et votre impopularité auprès de la population signifient que vous n'avez plus rien à contribuer à l'avenir politique du Québec, du moins en tant que députée et (bientôt) ex-candidate à la chefferie.

    C'est dommage, mais vous êtes beaucoup trop associée au passé. Pour un, nouveau membre, je ne pourrais pas supporter que vous remportiez la chefferie. Je vous fais grâce d'un long argumentaire qui ne doit pas être nécessaire. Jamais nous ne gagnerons le pays tant que la vieille garde du parti restera au devant de la scène. Voilà l'un des messages du 33% des voix de la dernière fois. Comme le note fort pertinemment Jean-Marc Léger (de L&L Marketing), la population a davantage confiance en "des vendeurs de chars usagés, que nos politiciens". C'est vous ça, Madame Marois.

    Jacques Parizeau avait compris à sa manière. Bernard Landry aussi. René Lévesque aussi. Je vous en prie, voyez les choses en face. Soyez responsable, pour l'avenir du Québec. Partez.

    Cordialement

    Pierre Bergeron,
    Économiste


    PS: Ayant travaillé 7 ans sur les marchés financiers à New-York; rassurez-vous, les marchés ne seront jamais énervés pendant 5 ans ! Un tel tourment ne s'est jamais produit pour des raisons politiques dans une démocratie moderne.
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  • Hubert Desbiens - Abonné
    10 novembre 2005 13 h 42
    En payer le prix ... ou obtenir un prix ?
    "Le parti qui provoquera ces élections en paiera le prix, ..."
    D'où vient cet énoncé que certains nous présentent dans les médias comme un vérité absolue !!!
    En décembre 1979, Trudeau a renversé le gouvernement conservateur. Les élections ont eu lieu le 18 février 1980 et Trudeau a été élu avec son parti libéral. Il a donc plutôt "obtenu un prix" que "payer le prix".
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